Troublant : des centaines de gènes continuent à vivre une fois la mort décrétée. Et après ?

 

Bonjour

Brexit ou pas la vie scientifique continue. Notamment chez nos amis Britanniques. Ainsi, repérée à l’aube par Slate.fr,  cette livraison du New Scientist. Livraison qui ne nécessite guère de traduction:  “Hundreds of genes seen sparking to life two days after death” (Anna Williams).

On trouvera ici le pré-papier original en attente de relecture: “Accurate Predictions of Postmortem Interval Using Linear Regression Analyses of Gene Meter Expression Data”. Un travail dirigé par  Peter Noble et Alex Pozhitkov, des universités de Washington et Seattle.

Lumières sur le Styx

Résumons : ces chercheurs expliquent avoir découvert que quelques centaines de gènes restaient actifs près de deux jours après la mort. Plus précisément ils ont enregistré des « pics d’activité » de 515 gènes sur des cadavres de souris et de 548 gènes sur d’autres, de poissons-zèbres. Parmi ces gènes actifs, certains se seraient « réveillés » immédiatement après la mort; c’est le cas par exemple de ceux en lien avec le développement fœtal, dont l’expression avait par définition commencé avec le premier souffle, la première oxygénation.

Ce n’est certes pas la première fois que l’homme cherche, avec sa raison, à éclairer les deux rives du Styx 1. Assez récemment des processus géniques similaires ont également été découverts sur des corps humains. Des légistes espagnols et curieux  ont en effet prouvé que chez certains défunts des gènes s’exprimant dans le tissu cardiaque et dans les processus de cicatrisation des plaies pouvaient rester actifs une douzaine d’heures  après la mort officialisée : « Studies on RNA integrity and gene expression in human myocardial tissue, pericardial fluid and blood, and its postmortem stability ».

Biologie de la mort

Tout cela ne va pas (n’ira pas) sans faire phosphorer. The New Scientist :

« Ces découvertes ne sont pas anodines: elles pourraient être utiles pour les personnes ayant subi une transplantation. Peter Noble souligne ainsi que le risque d’avoir un cancer augmente chez les personnes ayant reçu un nouveau foie et que cela pourrait s’expliquer non seulement par les médicaments anti-rejets mais aussi par la réactivation, après la mort du donneur, de gènes liés au cancer. Une hypothèse à creuser .»

Cette approche soulève aussi, bien naturellement, quelques questions importantes quant à la définition actuellement acceptée, de la mort. Si des gènes, ces éléments unitaire du vivant, peuvent battre et s’oxygéner spontanément quelles conclusions devons-nous en tirer ? « De toute évidence, l’étude de la mort fournira de nouvelles informations sur la biologie de la vie », confie Peter Noble. Pour l’heure son travail vient, en France, troubler la controverse née de la modification de la loi sur le consentement au prélèvement d’organes : passage du consentement explicitement exprimé au consentement tacitement présumé.

Entités vivantes sans matérialité

Brexit ou pas, on peut aussi imaginer une face inversée de ce bien dérangeant questionnement. Elle vient précisément d’être publiée chez Odile Jacob par trois esprits originaux (Jean-Louis Dessalles Cédric Gaucherel  Pierre-Henri Gouyon ). C’est « Le fil de la vie. La face immatérielle du vivant ». Compter 24,90 euros. Ce sera notre livre de l’été. Extrait :

« Et si certaines entités vivantes n’étaient pas matérielles ? Potentiellement éternelles, en lutte pour la survie, elles évoluent. Elles constituent ce qui unit les êtres à travers le temps. Elles sont le fil de la vie.  Ces entités vivantes immatérielles sont des informations. Elles existent à travers nous, dans nos gènes, dans notre culture, dans nos écosystèmes. La vie produit l’information, lit l’information et se définit par l’information qu’elle porte. Ce livre nous aide à comprendre le monde vivant d’une manière toute nouvelle ! »

Cet ouvrage sera au cœur de la prochaine (et dernière, nous-dit-on) session de Science Publique (Michel Alberganti), sur France Culture. Ce sera vendredi 1er juillet 2016. A partir de 16 heures. Brexit ou pas.

A demain

1 Sur ce thème, lire l’indépassable « Physiologie de la Veuve. Une histoire médicale de la médecine » de Anne Carol. Seyssel ; Editions Champ Vallon 2012.  On peut aussi se reporter à  « Comment faire rendre gorge au docteur Guillotin » (1, 2 et 3) Rev Med Suisse  2012;8:1478-9 et 1526-7 et 1574-1575.

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