«Réseaux sociaux» : les temps sont-il venus où nous ne nous lirons plus jamais comme avant ?

Bonjour

Brexit ou pas, cet été, songer à lire « Puissance des images » (Esprit, juin 2016). Nous sommes de retour dans les siècles des images, des abymes, des icônes. Corollaire : pour ce qui est de l’écrit nous avons dépassé le résumé. Nous entrons dans le résumé du résumé, le résumé au carré. C’est la dérangeante leçon tirée des quelques lignes offertes sur écran par Slate.fr : « Une majorité d’articles sont partagés sur les réseaux sociaux sans même être lus » (Cyril Simon).

L’histoire fera peur à qui la lira jusqu’au bout. Tout commence le 4 juin 2016. Le site The Science Post publie alors un article au titre appétissant : «Étude: 70% des utilisateurs de Facebook lisent seulement le titre des papiers scientifiques avant de les commenter».  Au final 46.000 personnes ont partagèrent ce papier – un papier qui n’en était pas un, rapporte The Washington Post. 

Journaliste exténué

Le contenu : du faux-texte, du lorem ipsum comme on écrivait  encore au siècle dernier. « À l’initiative de ce canular, un journaliste de la rédaction, exténué de voir défiler sur son écran d’ordinateur des dizaines et des dizaines de fausses études naïvement partagées, rapporte Slate.fr. Ce phénomène tend à se généraliser, et il serait même en train de supplanter celui du ‘’piège à clics’’».

Poursuivons un instant notre lecture. Les gens sont plus enclins à partager un article qu’à le lire, résume dans le Washington Post, Arnaud Legout, co-auteur d’une étude menée par l’université de Colombia et l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). Conclusion : les twittos ne lisent pas 59% des liens que l’on poste sur Twitter. » Trop pressés… pas envie… déjà twittant… déjà ailleurs…  «C’est typique de la consommation d’information moderne, analyse Arnaud LegoutLes gens se forment une opinion basée sur un résumé, ou un résumé de résumés, sans aucun effort d’approfondissement.»

Cloaque démoralisant

Durant un mois (été 2015), ces chercheurs ont analysé une série de tweets contenant un lien court vers cinq sources d’information. Il en est ressorti que les contenus les plus viraux ne sont pas forcément les plus lus. Les utilisateurs ne prennent même plus le temps de cliquer. La culture quasi industrielle du canular et la BuzzFeedification des médias expliquent en grande partie cette tendance au partage sans lecture, selon le Washington Post. Le journal n’hésite d’ailleurs à afficher son pessimisme devant une telle étude. Ce type de comportement reflèterait «le cloaque souvent démoralisant qu’est la culture internet».

 Faut-il, à Washington, être démoralisé pour en venir à de telles extrémités digestives…

Il y a les tweets et puis, à revers, sous les mots, les surlignant, il y a les liens, ces tiroirs infinis ouvrant sur les infinis de la Toile. Avant que l’attention ne s’évanouisse, ce petit exemple offert par un auteur assez connu qui, né à Tours, travailla longtemps à Saché (à Saché) :

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vielle femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marcel. Cette pension, connue sous le nom de la maison Vauquer, admet également des hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que jamais la médisance ait attaqué les mœurs de ce respectable établissement. Mais aussi, depuis trente ans, ne s’y était-il jamais vu de jeune personne, et, pour qu’un jeune homme y demeure, sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension (…). »

Honoré revisité:

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vielle femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marcel. Cette pension, connue sous le nom de la maison Vauquer, admet également des hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que jamais la médisance ait attaqué les mœurs de ce respectable établissement. Mais aussi, depuis trente ans, ne s’y était-il jamais vu de jeune personne, et, pour qu’un jeune homme y demeure, sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension (…). »

A demain

A demain

 

 

2 réflexions sur “«Réseaux sociaux» : les temps sont-il venus où nous ne nous lirons plus jamais comme avant ?

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