Audrey Chabot avait noyé et congelé ses deux nouveau-nés : 13 ans et non plus 23. Pourquoi ?

Bonjour

Brexit ou pas, qu’est-ce qu’une juste peine ? C’est par exemple ce que  réclamait, en appel, Audrey Chabot. Elle a été entendue : la cour d’assises du Rhône l’a condamnée, vendredi 24 juin, à treize ans de réclusion pour avoir noyé puis congelés deux de ses enfants. Ils avaient été découverts dans son congélateur en 2013. Audrey Chabot avait déjà été condamnée, avec sa mère, pour la mort de l’un des ses nouveau-né. Il est des parcours difficiles à suivre.

Cette fois Audrey Chabot avait avoué avoir noyé dans son bac de douche deux nouveau-nés, l’un en 2011, six jours après sa naissance, et l’autre en 2012. Son aveu avait suivi la découverte des deux corps dans son congélateur, en mars 2013.

La cour a suivi l’avocate générale en assortissant la condamnation d’un suivi socio-judiciaire de dix ans – assorti de cinq ans de prison en cas de non-respect de ce  même suivi. Elle s’est aussi montrée plus clémente que l’avocate générale qui avait requis vingt ans de réclusion criminelle contre cette ancienne serveuse de 36 ans. Plus clémente également que la cour d’assises de l’Ain qui l’avait condamnée à vingt-trois ans de prison en première instance, en 2015.

Récidive légale

Audrey Chabot était d’autre part jugée en récidive légale après un premier infanticide en 2002. Le Parisien avait raconté le premier acte en mars 2013. Il faut, si l’on veut comprendre, relire ce papier : «  Le glaçant passé de la triple infanticide ».

« ‘’Elle a recommencé comme une mécanique’’, constate aujourd’hui Me Cécile Berton, l’avocate qui avait défendu Audrey Chabot, condamnée par la cour d’assises de l’Ain en 2005 pour un premier infanticide. La jeune femme vient d’être mise en examen pour avoir congelé, en octobre 2011 et novembre 2012, deux autres fœtus après sa sortie de prison.

Lorsque Audrey Chabot, 32 ans, a commis son premier infanticide il y a tout juste onze ans, le 28 mars 2002, elle était déjà mère d’un garçon de 2 ans. A cette époque, la jeune femme, célibataire, vivait chez ses parents à Ambérieu-en-Bugey (Ain) où son père, un militaire de carrière, était stationné sur la base aérienne. C’est là aussi qu’Audrey travaillait, serveuse au mess comme employée civile.

« Aidée » par sa mère

La veille de son accouchement, elle portait encore une jupe cintrée. Ce soir-là, elle dit à ses parents avoir mal au ventre et accouche dans les toilettes d’un autre garçon. Désemparée, Audrey appelle sa mère Jocelyne P…, 58 ans aujourd’hui. Cette dernière coupe le cordon ombilical, étrangle le nouveau-né avant de le cacher dans le garage puis dépose le cadavre dans un lieu qu’elle n’indiquera jamais à sa fille. Jocelyne prévient son mari qu’Audrey a « fait une fausse couche » et « a une hémorragie ». Aux urgences, le médecin comprend qu’il y a eu accouchement et non fausse couche.

C’est le médecin qui fera un signalement judiciaire, le bébé décédé sera inscrit sur le livret de famille sous le nom de Vincent. Le père de l’enfant ne sera jamais identifié. « Au procès, on avait dans le même box la mère et la fille, c’était la particularité de ce dossier », se souvient l’avocate qui décrit Audrey comme « vivant sa vie sexuelle sans avoir à l’esprit qu’elle pouvait tomber enceinte».

Affaire Courjault

L’instruction démontrera que la jeune femme n’avait jamais consulté un médecin ni pris de contraceptif. « Nous n’avons jamais eu d’explications de sa part. Elle ne s’est jamais réellement défendue, elle subissait. Elle n’a même pas voulu faire appel », poursuit l’avocate.

« Cette femme était dans le déni de grossesse absolu », soutient Me Berton qui a dû faire face à des experts psychiatres qui « ont balayé cet argument au prétexte qu’une femme ayant déjà eu un enfant ne pouvait être dans le déni ». ‘’On était avant l’affaire Courjault’’ malheureusement », se souvient l’avocate. Le jury ira au-delà des réquisitions de l’avocat général : la fille écopera de quinze ans au lieu des douze réclamés et la mère de dix-huit ans au lieu des quinze requis. Jocelyne, toujours détenue, ne sera libérable qu’en 2015. Sa fille, retournée en prison, risque désormais la perpétuité. »

Psychologie et fatalité

Résumons. Quinze ans de réclusion pour un premier infanticide qu’elle n’a pas commis et pour lesquels elle n’avait pas fait appel. Huit années derrière les barreaux. Deux infanticides avoués. Nouveau procès. Condamnée à vingt-trois ans. Appel et condamnée à treize années. Au final cette peine est « hors norme » si on la compare à d’autres condamnations pour infanticides.

« Nous sommes très satisfaits, car nous avons le sentiment d’avoir été entendus et compris », s’est félicité son avocat Me Jean-François Canis. Dans son réquisitoire, l’avocate générale Sophie Taupin avait également refusé de « faire des comparaisons » avec d’autres affaires d’infanticide. Elle  a toutefois déploré les mensonges d’Audrey Chabot qui a fait croire, en 2010, qu’elle respectait son « suivi psychologique » après sa sortie de prison, en 2010. « Elle a fait des choix raisonnés dont elle connaît les conséquences », a estimé l’avocate générale. Selon elle « ses grossesses n’étaient pas une fatalité, et la mort des nourrissons non plus ».

Qui, dans les enceintes de justice, manie le trébuchet de la fatalité ?

A demain

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