Le prix «secret» du Sovaldi® : l’aveu troublant du président du Comité économique des médicaments

 

Bonjour

Brexit ou pas, c’est un scoop entre les lignes. On le trouvera dans le Journal du Dimanche daté du 26 juin. Page 19, troisième colonne. Le papier est titré « Des médicaments, mais à quel prix ? ». C’est un  bon titre et un bien vaste sujet 1. Anne-Laure Barret interroge  Maurice-Pierre Planel, le tout nouveau président du puissant Comité économique des produits de santé (CEPS). Il était, jusqu’à l’an dernier, conseiller technique de la ministre des Affaires sociales et de la Santé en charge des « produits de santé ».

Titulaire d’une maîtrise de droit public à l’université de Nice, M. Planel est un ancien administrateur du Sénat (service des commissions, affecté au secrétariat de la Commission des Affaires sociales en charge du secteur assurance maladie-santé). Inspecteur de l’IGAS, il a aussi occupé les fonctions de conseiller chargé des prestations et des services aux familles au cabinet de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti.

Puissant autant qu’opaque

« Arrivé au cabinet de Marisol Touraine en novembre 2013, il a débuté sa carrière en 1998 au Sénat » précisait Le Parisien dès le mois de septembre 2015 :

« Le tout puissant et très opaque Comité économique des produits de santé (CEPS) est chargé de fixer le prix des nouveaux médicaments, après négociations avec les laboratoires et dans le respect des objectifs de dépenses de santé. S’il rend chaque année un rapport d’activité, les motifs de ses décisions, pas toujours logiques, relèvent, elles, du secret industriel. C’est dire le pouvoir de son président. Nommé pour trois ans par arrêté du 11 septembre 2012, Dominique Giorgi, l’actuel président, arrive au terme de son mandat. Et, selon nos informations, il ne sera pas reconduit. »

M. Planel était personnellement  cité il y a quelques jours par Marisol Touraine. C’était le 26 mai dernier et cela portait sur le prix insensé, indécent, des nouveaux médicaments 1. La ministre de la Santé expliquait qu’elle lui l’avait personnellement chargé du dossier du prix du Sovaldi® un dossier économiquement et politiquement essentiel depuis que la ministre s’est engagé à son « accès universel ». « On ne peut évoquer la question de l’accès universel sans aborder celle du prix du traitement de l’hépatite C, qui a fait et continue de faire l’objet de discussions. Les prix doivent baisser. Il en va de la crédibilité de notre engagement » avait publiquement déclaré Mme Touraine.

Joie des caméras

Nous écrivions alors qu’avec ce transfert de responsabilités (et au vu de l’écho rencontré par la violente campagne médiatique de Médecins du Monde sur ce thème) M. Planel allait « bientôt goûter aux joies des caméras ». Cela ne tardera plus guère. Interrogé par le Journal du Dimanche le nouveau président du CEPS entrouvre brutalement les coulisses. Il explique que le prix affiché d’un médicament n’est pas celui qui est payé à l’industriel. Il existe « un système de remise qui permet en coulisses de faire baisser la facture ». Ces remises sont-elles ce qu’ailleurs on nomme rétro-commissions ? Sinon en quoi se distinguent-elles ?

« Le vrai montant net reste secret. Je ne sais pas ce que paient les Allemands pour le Sovaldi® et vice versa » confie M. Planel. Ce vice versa interroge bigrement. Il impose aussi d’aller plus loin. Serait-il possible, simplement, à un assuré social français de savoir quel est le vrai prix payé par la France à la firme américaine Gilead Sciences pour ce médicament dont le prix affiché est au-dessus 41.000 euros le traitement ? Un prix indécent selon Médecins du Monde 2. On peut le demander autrement : comment M. Planel parviendra-t-il à nous convaincre qu’il est parvenu à faire baisser le prix du Sovaldi® si le prix aujourd’hui affiché n’est pas le vrai ? Pourquoi tant et tant de secrets ?

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter à notre chronique de Slate.fr : « Finissons-en avec l’indécence des firmes pharmaceutiques » 25 juin 2016.

2 Le Sovaldi® est un médicament contre l’hépatite C, qui est efficace à 90% en association avec d’autres molécules pour soigner la maladie. Le Sovaldi® coûte à lui seul 41 680 euros par patient pour une cure de 3 mois (la durée minimale de traitement). Médecins du Monde explique que dans l’absolu, si le médicament n’était pas pris en charge par la Sécurité sociale, « il faudrait gagner au moins 13 666 euros par mois pour pouvoir se permettre de le payer. Or en France seul 1% de la population gagne plus de 13 000 euros par mois. »

Techniquement parlant, le coût est en fait plus élevé, car il faut prendre en compte le prix de la combinaison thérapeutique et la durée de traitement, qui peut-être plus longue que 3 mois. Le prix des combinaisons thérapeutiques actuelles oscille entre 44 000 et 66 000 euros – bien plus donc que les 41 680 euros.

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