Sages-femmes : les obstétriciens dénoncent désormais les publicités de Marisol Touraine

Bonjour

Après quelques anicroches, quelques noises, on croyait le soufflé retombé. On avait tort. Les responsables de six structures professionnelles des gynécologues-obstétriciens français 1 viennent, dans un communiqué commun, de dénoncer les « récents actes du gouvernement » visant à étendre les compétences des sages-femmes à la pratique de la gynécologie et de l’obstétrique ». Plus encore ils dénoncent la « récente campagne publicitaire sur le site du ministère de la santé » – une campagne « pour inciter les femmes à consulter les sages-femmes ».

Cette campagne est d’importance, matérielle et politique : « Marisol Touraine lance une campagne d’information nationale sur le rôle et les missions des sages-femmes » (4000 affiches et 483 000 dépliants présentant les missions des sages-femmes dans toute leur diversité disponibles dès le 24 juin dans les plannings familiaux, les centres de planification et d’éducation familiale, les maternités, les centres périnataux de proximité, les centres de protection maternelle et infantile ; forte présence sur Internet  relayée sur les réseaux sociaux)

Normales et pathologiques

Les protestataires appellent aussi leurs « instances professionnelles »  à réagir publiquement. Réagir « face à cette tentative supplémentaire de monter deux professions l’une contre l’autre » (sic) alors même que ces deux professions « ont toujours travaillé en complémentarité et en bonne entente » (ce qui, sur la longue durée, n’a pas toujours été l’exacte vérité).

Brexit ou pas, il faut revenir ici aux directives européennes :

« L’exercice de la profession de sage-femme comporte la pratique des actes nécessaires au diagnostic, à la surveillance de la grossesse et à la préparation psychoprophylactique à l’accouchement, ainsi qu’à la surveillance et à la pratique de l’accouchement et des soins postnataux en ce qui concerne la mère et l’enfant.

« L’examen postnatal ne peut être pratiqué par une sage-femme que si la grossesse a été normale et si l’accouchement a été eutocique. L’exercice de la profession de sage-femme peut comporter également la réalisation de consultations de contraception et de suivi gynécologique de prévention, sous réserve que la sage-femme adresse la femme à un médecin en cas de situation pathologique.

Les sages-femmes sont autorisées à concourir aux activités d’assistance médicale à la procréation, dans des conditions fixées par décret. »

Compétence et assurance

En d’autres termes les compétences des sages-femmes concernent donc la « physiologie », les « problèmes pathologiques gynéco-obstétricaux » ayant quant à eux vocation à être traités par des médecins. Ceci posé les contestataires rappellent qu’au cours des derniers mois, « ce gouvernement » a pris une série de mesures qu’il justifie par le besoin de faciliter l’accès aux soins (notamment dans les zones rurales).

Le résultat de ces mesures est pour le moment : qu’il n’y a aucune garantie que les déserts médicaux seront comblés par les sages-femmes à qui seraient dévolus les soins primaires des femmes et des enfants (frottis, vaccinations, échographies, examens du nourrisson, accouchements, contraception, ivg, pose de stérilet) ; que « ce gouvernement » suggère que de consulter une sage-femme est identique en termes d’accès aux soins à consulter un médecin, alors que le niveau de formation et de compétence sont loin d’être les  mêmes ; que le niveau de responsabilité, notamment sur le plan assurantiel, entre médecin et sage-femme n’est pas le même.

Dégénération spontanée

On peut le dire autrement: « si une erreur ou une faute est commise par une sage-femme dans le parcours de soin proposé, ce sera aux médecins de corriger, réparer, et le cas échéant d’en prendre la responsabilité alors que la dégénération de la situation ne sera pas de leur fait ». Soit une « perte de chance » pour les femmes.

Plus politique encore, les protestataires « mettent en garde les autorités contre toute manœuvre politicienne visant à contourner les étapes de la qualification médicale ».  Il faut aller jusqu’à la fin du communiqué pour en saisir l’origine sinon la quintessence : « L’assurance du médecin, acquitté par ce dernier n’a pas pour vocation de venir couvrir une situation  générée par une sage-femme ». Soit, in fine, une polémique aux frontières de la compétence, de la politique et des assurances.

A demain

1 CNGOF (Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France) FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale) SFG (Société Française de Gynécologie) SGM (Syndicat des Gynécologues Médicaux) SGOL (Syndicat des Gynécologues et Obstétriciens Libéraux – SML) SYNGOF (Syndicat des Gynécologues Obstétriciens Français)

 

 

Une réflexion sur “Sages-femmes : les obstétriciens dénoncent désormais les publicités de Marisol Touraine

  1. « On peut le dire autrement: « si une erreur ou une faute est commise par une sage-femme dans le parcours de soin proposé, ce sera aux médecins de corriger, réparer, et le cas échéant d’en prendre la responsabilité alors que la dégénération de la situation ne sera pas de leur fait ». Soit une « perte de chance » pour les femmes. »

    Les délais, parfois de plusieurs mois, avant de décrocher un rendez-vous chez l’un de ces médecins spécialistes, n’est lui, absolument pas une « perte de chance » bien évidemment.

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