Généralistes décimés et avancée des déserts médicaux : où est passée l’intelligence politique ?

Bonjour

Il faut vivre à la campagne avec des personnes âgées souffrantes pour bien saisir l’affaire. Et point n’est besoin de chercher une campagne reculée. Le boulanger peut être remplacé par un distributeur de baguette, pour l’école le car ou les parents feront le nécessaire. La poste, n’en parlons plus.

Mais le médecin. C’est là où on lui donne encore du docteur qu’il se fait rare, qu’il se fait vieux, qu’il s’évanouit, qu’il dévisse, qu’il n’est plus. C’est, un siècle plus tard,  Knock à tête renversée, c’est le désastre d’une médecine qui allait triompher, c’est la condamnation aux urgences, l’abonnement aux régulateurs du Samu.

Soignants exemplaires

C’est aussi, ici et là, des soignants exemplaires, de la bienveillance récurrente avec ou sans tiers-payant, des services hospitaliers (non universitaires) admirables. Nous venons, pour notre part, d’en faire la roborative expérience.

Aujourd’hui 29 juin 2016 Marisol Touraine Ministre des Affaires sociales et de la Santé visitait le CHRU de Brest-Carhaix. Un établissement de longue mémoire. Que serait une visite de ministre sans discours ? Que serait un discours sans extraits ?

« Je dis souvent que la santé, c’est l’affaire de tous. La Bretagne a toujours été attachée à la réduction des inégalités de santé. (…)Me rendre ici, à Carhaix, a donc un sens particulier pour moi. Le faire à cette date l’est tout autant. Vous le savez, dans deux jours, les périmètres des futurs groupements hospitaliers de territoire (GHT) seront rendus publics. C’est une véritable révolution pour nos hôpitaux. En matière d’offre de soins, de présence hospitalière sur le territoire, il y aura un avant et un après. (…) »

Après l’avant

Les politiques en place devraient, à l’avenir, éviter de prononcer au futur l’arrivée d’un avant et d’un après. La formule suit généralement la découverte d’un scandale et qui coïncide avec l’annonce des moyens pour en éviter la répétition (on se souvient de Xavier Bertand et du Mediator®). C’est là une formule qui conviendrait mieux, et de loin, à l’historien. En l’espèce la présence hospitalière, même territorialement groupée, n’est pas une thérapeutique spécifique des avancées désertiques.

Au moment où la ministre de la Santé annonçait « l’installation à Carhaix d’un équipement d’IRM mobile à l’échelle du Nord-Finistère et des Côtes d’Armor »  l’UFC-Que choisir publiait sa dernière étude en date « sur l’offre médicale et l’accès aux soins en France ». « Habitez-vous un désert médical- carte interactive ». Le Monde en donnait les grandes lignes et éditorialisait sur ce marronnier, sur ce « cri d’alarme tellement répété qu’ils semble ne plus être entendu ».

La plaque de Knock

Cri d’alarme ? Entre 2012 et 2016, l’accès à un médecin généraliste est devenu de plus en plus difficile pour plus d’un quart de la population. Selon les calculs de l’association de consommateurs, 14,6  millions de personnes vivent dans un territoire où l’offre de soins libérale est notoirement insuffisante. Le nombre de médecins généralistes a diminué de 8,4  % entre 2007 et 2016. Et l’Ordre annonce « la perte d’un médecin généraliste sur quatre pour la période 2007-2025 ». 

Tout a été dit, et tout progresse comme annoncé. Apparus là ou Knock avait vissé sa plaque, les déserts médicaux n’ont, depuis vingt ans, cessé de progresser. Les banlieues, les cœurs de ville sont touchés. Les nuits sont terribles et les urgences asphyxiées. Tout a été décrypté, depuis l’absurdité des numerus clausus jusqu’à la faible appétence de l’épouse du médecin pour le si joli chef-lieu de canton. Et force et bien de constater que les quelques thérapeutiques proposées ne sont que symptomatiques.

Deux euros pour le service

Les « négociations conventionnelles » entre Assurance-maladie et les syndicats de médecins libéraux ? Passer de 23 à 25 euros la consultation ? Qui ne voit le dérisoire du différentiel ?  Changer de braquet ? Contraindre plutôt que tenter de séduire ? Imposer aux médecins formés gratuitement (ou presque) le lieu de leur (première) installation ? En finir avec le paiement à l’acte de préférence au tiers payant généralisé ? Inventer un mi-chemin entre le libéral qui n’est plus et la soviétisation-faillite. Où sont passées les phosphorescences, le pouvoir, du politique ? Pèse-t-il encore sur ce réel ?

« Depuis des années, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, semblent tétanisés par les médecins et leur pouvoir d’influence, écrit Le Monde. Les uns après les autres, ils ont renoncé à obliger les praticiens à exercer là où on a le plus besoin d’eux. Et ils s’en sont tenus à de timides incitations financières. Face à un système à bout de souffle, alors que la France fait de plus en plus appel à des médecins étrangers, que la population vieillit et que la demande de soins ne sera pas amenée à diminuer, il est grand temps que politiques et médecins reconnaissent l’insuffisance des outils mis en œuvre. Si la cœrcition n’est pas la solution pour la médecine libérale, la responsabilité de tous est de chercher, d’imaginer et de proposer d’autres solutions. Maintenant. Bientôt, il sera trop tard. »

Bientôt il y aura eu un avant. Il n’est pas encore trop tard pour inventer l’après.

A demain

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