Orléans -Zagreb : ou comment devenir médecin sans peine dans l’Union européenne ?

Bonjour

Les chiffres viennent de tomber : plus de 80% de ceux qui l’ont passé sont, déjà, des bacheliers. Plus que l’an passé. Qui en doutait ? Et après ? Combien, parmi eux, de « S » ? Combien, parmi eux, feront médecine ? Et combien seront médecins ? Combien accepteront d’aller visser leur plaque dans les déserts ? Existera-t-il encore des plaques de cuivre ? Et qui dénoncera l’absurdité du système ?

Jadis on faisait ses humanités avant de faire sa médecine. On devenait docteur. Et il n’y avait pas de désert. Il n’y avait pas d’antibiotiques, peu d’antalgiques, des femmes mourraient en donnant la vie et certains professaient encore que la douleur avait une vertu rédemptrice. Jadis ce n’était pas mieux, loin d’en faut. C’était différent et, d’une certaine manière, moins absurde qu’aujourd’hui. C’était, aussi « Les hommes en blanc ». Mais ce n’était pas la simple reproduction bourdieusienne de l’existant. Les ascenseurs étaient républicains et il y avait aussi, mais oui, des médecins fils de paysans, de petites gens (lire : « La lutte des classes »).

« Prépa MOZ »

Les chiffres viennent de tomber et, avec eux, un communiqué qui revient sur un bien joli symptôme. Le communiqué émane de la CSMF et l’histoire se passe (pour partie) à Orléans, bien belle ville entre Beaugency et Notre-Dame de Cléry. Une fois encore la CSMF dénonce, mais elle regarde cette fois plus loin que ses comptes.

Elle nous raconte l’histoire de la « prépa MOZ ». C’est une association loi 1901 installée à Orléans et dont le but est de recruter des étudiants en médecine pour l’Université de Zagreb, en Croatie. Après une année de « prépa » sur les rives de la Loire les quinze premiers étudiants sont ensuite admis à Zagreb. Les frais d’inscription sont de 5000 euros par an. On peut redoubler.

« Médecine Internationale »

L’affaire n’a fait que bien peu de bruit dans les médias généralistes. Quelques lignes, fin juin, dans deux départements limitrophes de La Nouvelle République du Centre Ouest :

« A la demande de la faculté de médecine de Zagreb (Croatie), Orléans ouvrira à la rentrée 2016, une prépa 1reannée de médecine dont les quinze premiers élèves (30 % des effectifs) poursuivront leurs études de médecine à Zagreb. Les candidatures sont ouvertes.

La faculté de médecine de l’Université de Zagreb qui a récemment obtenu un label européen, souhaite développer un vaste réseau de partenariats en Europe et dans le monde. Cette formation permettra aux jeunes médecins qui en seront issus de s’installer dans différents pays d’Europe, dont la France.

La préparation est ouverte aux bacheliers et aux étudiants de profil scientifique en premier cycle. Une inscription universitaire est requise et les frais d’inscription s’élèvent à 5.000 €. La sélection des cinquante étudiants maximum se fera sur dossier, à remplir sur Internet : « Une première en France pour une Médecine Internationale » »

Contourner la sélection

Comme d’autres, médecins et journalistes apprenant la nouvelle, le Dr Jean-Paul Ortiz n’en est pas revenu. « Ce système ressemble fort à ce qui existe en Roumanie ou d’autres pays européens où beaucoup d’étudiants contournent la sélection française puis reviennent en France et se présentent à l’ECN pour faire leur 3e cycle, écrit le président de la CSMF. Le phénomène connait une croissance exponentielle ces dernières années. Alors qu’ils étaient 178 il y a 4 ans, 458 étudiants français en 2016 sont revenus en France pour leur 3e cycle, après avoir fait les deux premiers cycles en Europe. Une année d’étude peut coûter jusqu’à 15000 euros, inscription comprise. Dans certains pays, l’ambassade de France participe même au frais de déplacement de l’étudiant ! »

Quelle lecture peut-on raisonnablement faire de tout cela ? Pour être sans surprise, celle du Dr Ortiz n’est pas sans intérêt :

« Quelle faillite du système universitaire français ! Quelle faillite de l’ascenseur social ! Il est temps que l’Etat prenne des mesures, après concertation et réflexion avec les professionnels concernés, pour garantir à la population que leurs médecins de demain auront la même qualité de formation et partageront la même culture médicale. La réputation des soins en France est à ce prix-là ! »

Erasmus

On pourrait ajouter, à l’attention des plus jeunes, qu’il fut un temps où les prépas n’existaient pas. Un temps où le numerus clausus était inconnu. Un temps où les conférences d’internat étaient gratuites et solidaires. Aucun sociologue n’y avait encore vu l’insupportable reproduction d’un modèle dominant. Les poids de l’ego, les combats acharnés pour la vie professionnelle avaient alors d’autres visages.

On pourrait aussi imaginer d’autres perspectives, non pas le renfermement en deçà des frontières mais bien l’ouverture formatrice des étudiants en médecine dans le plein espace universitaire Vieux Continent. Il suffirait pour cela que les doyens se donnent la main, que les responsables de l’Union européenne se réveillent. Un système existe déjà, qui fait merveille. On lui a donné le joli nom d’Erasmus. Erasmus pour European Action Scheme for the Mobility of University Students.

Ne pas avoir fait ses humanités n’interdit pas de savoir qu’Erasmus était un moine néerlandais, contemporain de Léonard de Vinci. Il a voyagé durant de nombreuses années à travers une Europe renaissante où l’on trouvait, ici et là, des ascenseurs aidant au développement de l’humanisme. Erasme était le fils illégitime d’un prêtre et d’une fille de médecin. Il a écrit, quatre ans avant Marignan, le célèbre Éloge de la Folie. Peut-être célébrera-t-on, dans vingt ans, le demi-millénaire de sa mort.

A demain

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s