Lyrica® : antalgique, anxiolytique, trop souvent utilisé comme euphorisant. Qui fait quoi ?

Bonjour

A Saint-Denis, dans l’ombre immense du Stade de France et de la petite basilique : l’ANSM, environ 1000 salariés et 2000 experts réguliers. Depuis le boulevard Haussmann Le Figaro nous affirme que cette jeune agence indépendante et publique en charge de la sécurité nos médicaments est en effervescence. C’est bien possible mais rien ne filtre, aucune buée sur les vitres, les clameurs ne viennent que du stade où, bientôt, le Portugal affrontera la France. Ou l’Allemagne qui, au final, gagnera.

A échéance régulière l’ANSM publie des communiqués très techniques, souvent illisibles par les Français consommateurs de médicaments. C’est sa fonction, presque sa raison d’être. On trouve ces textes dans la colonne de gauche de son site, sous la rubrique « actualités ». Prenons celui, passionnant autant que dérangeant, en date du 30 juin. Il traite du Lyrica® et des génériques de la prégabaline. Et plus précisément des risques « d’abus, de mésusage et de dépendance » de ce médicament commercialisé en France depuis très précisément 11 ans. Officiellement dans les « douleurs neuropathiques », « l’épilepsie partielle » et le « trouble anxieux généralisé ». C’est là un éventail assez large qui en dit assez long sur les ambiguïtés quant à son mode d’action.

A visée récréationnelle

Dans certains pays ce médicament est également autorisé pour aider les personnes souffrant de fibromyalgie – ce qui fait polémique en France. C’est aussi une substance bien connue dans les milieux spécialisés pour être de plus en plus consommée (non sans danger) à des fins qualifiées d’ « euphorisantes » ou « récréationelle »  1 – lire sur ce point cette édifiante publication britannique de l’Emergency Medical Journal datée de 2013 :  “LYRICA NIGHTS–RECREATIONAL PREGABALIN ABUSE IN AN URBAN EMERGENCY DEPARTMENT”.

Qu’en est-il en France ? L’ANSM nous précise que les premiers « signalements d’abus » ont été notifiés en Europe en 2010, et au réseau français d’addictovigilance en 2011. Elle ajoute qu’en raison de l’utilisation croissante de ces médicaments et des signalements de cas d’abus, de dépendance et de mésusage  un suivi national d’addictovigilance est effectif depuis 2013. Le dernier bilan du suivi national d’addictovigilance date de mai 2015 (les documents, passionnants, sont disponibles sur le site). Il a mis en évidence deux types de « signaux » :

« Le premier est un détournement des prescriptions avec des falsifications d’ordonnance et des cas de nomadisme médical et/ou pharmaceutique. Le second est une augmentation de l’utilisation de la prégabaline au sein de populations à risque (sujets traités par des médicaments de substitution aux opiacés ou présentant des antécédents d’abus), pouvant évoluer vers une consommation à finalité non thérapeutique liée à une obtention illégale. »

Rappel des précautions

Que fait, dans un tel contexte, la direction de l’ANSM ? Elle « souhaite rappeler » (sic) aux prescripteurs « les précautions devant être prises chez les patients qui présentent des antécédents de toxicomanie ». Elle ajoute : « les signes de mésusage, d’abus ou de dépendance à la prégabaline, tels que le développement d’une tolérance, l’augmentation des doses et un comportement de recherche du médicament doivent être surveillés chez ces patients ».

Mais encore? Quels sont les dangers ? Les rapports risques-bénéfices ? N’existe-t-il aucun autre moyen d’action pour la puissance publique ? Comment, en pratique, aider les addictologues, les prescripteurs et leurs patients ? Que font, ici, les fabricants toujours ou presque dans l’ombre ? Le Lyrica® princeps est commercialisé en France par le géant américain Pfizer. Compter 1 euro la gélule de 300mg. Il existe aussi d’innombrables génériques. Médicaments remboursés à 65% par la sécurité sociale. Les volumes de ventes et leurs évolutions sont des données qui ne peuvent pas être communiquées aux prescripteurs, aux journalistes, aux consommateurs. Secret des affaires.

A demain

1 Il ne serait pas inintéressant de connaître la généalogie des décisions qui ont conduit les commerciaux de Pfizer à donner le nom de Lyrica® à ce dérivé du neurotransmetteur γ-aminobutyric acid (GABA). Wikipédia fournit des éléments que ne donnent ni l’ANSM ni la Haute Autorité de Santé : « C’est la Northwestern University qui a inventé la prégabaline et qui en détient le brevet, accordant une licence exclusive à Pfizer pour la molécule. Un véritable blockbuster – avec des ventes dans les milliards de dollars l’université a recueilli, en 2006, plus de 70 millions $ provenant des ventes du Lyrica® .

 

 

 

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