Alertez les bébés ! Leurs babyphones connectés ne sont peut- être pas sans danger. Et après ?

Bonjour

Extrêmes prudences à tous les étages de la maison. Aucune conclusion définitive, mais des recommandations en série visant aux plus grandes précautions. C’est un nouveau rapport qui ajoutera à la confusion faute de pouvoir trancher entre le danger établi et le danger supposé. Une nouvelle source, donc, de polémique ; et une polémique d’autant plus vive qu’elle concerne les enfants – des bébés désormais plongés dans un univers rempli d’ondes, des petits bardés d’objets connectés.

L’affaire, une nouvelle fois, émane de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). A la demande des « pouvoirs publics » elle publie, ce vendredi 8 juillet, un rapport d’expertise sur l’exposition aux radiofréquences et la santé des enfants. Voici un résumé pour les plus pressés :

« Dans ses conclusions, l’Agence souligne que les enfants  peuvent être plus exposés que les adultes en raison de leurs spécificités morphologiques et anatomiques, et notamment de leur petite taille, ainsi que des caractéristiques de certains de leurs tissus. Elle émet une série de recommandations visant à adapter les valeurs limites réglementaires afin de réduire l’exposition des enfants aux champs électromagnétiques, qui commence dès leur plus jeune âge du fait de l’expansion de l’usage des nouvelles technologies. L’Anses recommande dans ce contexte un usage modéré et encadré des technologies de communication sans-fil par les enfants. »

Immanence scientifique

Il faut être plus précis : cette agence évoque « des effets possibles sur les fonctions cognitives et le bien-être ». Tout, ici, est dans le possible. Rien ne dit que cela est. Mais rien ne permet d’affirmer le contraire. C’est là une forme d’immanence du doute scientifique, de bon sens officiel qui ne pourra qu’inquiéter les parents et conforter les inquiets.

A dire la vérité ce n’est pas une première. Il y a trois ans l’Anses s’inquiétait déjà du « développement rapide des technologies sans fil ». Cette fois ses experts se sont penchés sur les effets potentiels des champs électromagnétiques infantiles téléphones mobiles et tablettes tactiles pour enfants, mais aussi jouets radiocommandés (voitures, locomotives, peluches…), robots communicants, talkies-walkies, veille-bébés (les désormais célèbres babyphones) et autres dispositifs de surveillance ( bracelets émettant un signal lorsque le jeune porteur sort du périmètre imposé).

Amplifier la possibilité du danger

Pas de danger avéré, mais une possibilité de danger. Et donc l’absolue nécessité, pour cette Agence, de mettre en garde – ne serait-ce que pour se protéger, pour ne pas être ultérieurement accusée de ne pas l’avoir fait. Mettre en garde en amplifiant la possibilité du danger. Tout est dit dans ces quelques lignes :

« Les conclusions de l’évaluation des risques ne mettent pas en évidence d’effets sanitaires avérés. Certaines publications évoquent néanmoins une possible augmentation du risque de tumeur cérébrale, sur le long terme, pour les utilisateurs intensifs de téléphones portables. Les conclusions de l’expertise sont donc en cohérence avec le classement des radiofréquences proposé par l’Organisation mondiale de la santé (CIRC) comme « cancérogène possible »  pour les utilisateurs intensifs des téléphones mobiles.

 « Par ailleurs l’expertise fait apparaitre, avec des niveaux de preuve limités, différents effets biologiques chez l’Homme ou chez l’animal dont certains avaient déjà été rapportés en 2009 : ils peuvent concerner le sommeil, la fertilité mâle ou encore les performances cognitives. Des effets biologiques, correspondant à des changements généralement réversibles dans le fonctionnement interne de l’organisme, peuvent ainsi être observés, comme dans le cas d’expositions aux différents stimuli de la vie quotidienne. Néanmoins, les experts de l’Agence n’ont pu établir un lien de causalité entre les effets biologiques décrits sur des modèles cellulaires, animaux ou chez l’Homme et d’éventuels effets sanitaires qui en résulteraient.

 « Compte tenu de ces éléments, il n’apparaît pas fondé, sur une base sanitaire, de proposer  de nouvelles valeurs limites d’exposition pour la population générale. »

C’est là un feuilleton sans fin. Prenons, avec les experts, le cas des enfants de moins de six ans et les données disponibles sur l’exposition aux radiofréquences pendant toutes les phases du développement depuis la gestation jusqu’à la fin de l’adolescence. Prenons les travaux menés sur des animaux. Analysons sous toutes les coutures. Cherchons des « niveaux de preuve ». Conclusions : « les données actuelles ne permettent pas de conclure à l’existence ou non d’un effet des radiofréquences chez l’enfant ».  Cela ne signifie bien évidemment pas que de tels effets doivent être écartés. Cela veut simplement dire que l’on ne sait pas s’il y a un danger.

Temps volé au sommeil

On peut aussi élargir le spectre : l’Anses conclut à « un effet possible des radiofréquences sur les fonctions cognitives de l’enfant » (mémoire, capacités d’attention, capacités psychomotrices, maîtrise du langage). Idem pour un « effet possible » sur le « bien-être » des enfants exposés aux ondes. « Bien-être » ? Voilà une notion assez délicate à définir. Il s’agit ici de tout ce qui n’est pas son contraire : absence d’insomnies, de fatigue, de stress, d’anxiété, d’irritabilité ou de céphalées, difficultés de concentration ou maux de tête. Question : ces effets sont-ils liés à l’usage des téléphones mobile ou aux radiofréquences qu’ils émettent ». « Autrement dit, cernes, migraines et problèmes de concentration résultent peut-être tout simplement du temps volé au sommeil par l’usage des portables » résume, pertinemment, notre confrère Pierre Le Hir dans Le Monde.

L’Anses prodigue, avec les plus grandes précautions, un conseil scientifique aux parents : « Inciter leurs enfants à un usage raisonné du téléphone mobile, en évitant les communications nocturnes et en limitant la fréquence et la durée des appels ».

Electro-hypersensibilité

Les opposants déclarés sont écoutés et le feuilleton, désormais, est relancé. « Pour une fois, les choses bougent dans le bon sens, commente Janine Le Calvez, présidente de l’association Pour une réglementation des antennes-relais de téléphonie mobile (Priartem). Le rapport pointe des questions sanitaires que nous soulevons depuis longtemps. Nous avons enfin le sentiment d’être écoutés. Reste à mettre en œuvre les recommandations, à commencer par la suppression des appareils sans fil dans les écoles primaires. »

Reste la question, hautement polémique, de l’existence et des bases biologiques de « l’électro-hypersensibilité » L’Anses nous annonce qu’elle fera « l’objet d’une expertise spécifique qui démarrera dès la fin de cette année ».

A demain

 

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