Euro 2016 du pantouflage : José Manuel Baroso (Portugal) rencontre Claude Evin (France)

Bonjour

Aux frontières de l’indécence. Il y avait eu, le matin, ce mot prophétique d’une volaillère sous les Halles de Tours : « J’ai peur: ce soir la France pourrait bien être en deuil ». Comment mieux dire un pays dont les mots perdent leur sens ?  La France en deuil ? En demi-deuil ?Et ce matin, unanime, la presse pleure la défaite des Bleus. Jusqu’à l’Humanité, le vieux journal communiste qui se pique d’un bien triste « Merci pour ce moment ».

Le football, on le sait, peut être un reflet tragique de la vie des hommes. Un poteau rentrant vous sauve un peuple, fait oublier le pain qui manque, vous offre  des fragrances de brioches…

Mais tournons la page. Car cet Euro 2016 (qui a vu la fin des séries nous dit Slate.fr) en cache un autre, celui du pantouflage. En finale José Manuel Barroso (Portugal) contre Claude Evin (France). Fifrelins en cascades. Score sans appel.

Du premier la France ne sait rien ou presque. Des images glacées sur fond de Commission, plus imperméable encore que Ronaldo. Samedi 9 juillet les oreilles lui ont amplement sifflé.  « Sans honte », « indécent », un « bras d’honneur » : on venait d’apprendre que l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso allait rejoindre la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

Goldman Sachs

La France, celle des aubes de gares, celle du Diplo et des comptes en banque se souvient de cet établissement à la réputation sulfureuse. Goldman Sachs, la crise des subprimes en 2008 ; Goldman Sachs qui au début des années 2000, s’était engraissée en aidant la Grèce à masquer ses déficits pour rester dans l’euro.

Premier ministre du Portugal de 2002 à 2004, José Manuel Barroso a aujourd’hui 60 ans. Il a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014, période durant laquelle l’Europe, secouée par la crise financière de 2008, a été perçue comme libérale et sans grand dessein. La banque Goldman Sachs a annoncé l’avoir engagé pour la conseiller au moment de la sortie du Royaume-Uni de l’UE devrait avoir des impacts sur le monde financier.

En France plusieurs voix de gauche, jusqu’au sein du gouvernement, ont protesté contre cette embauche. Il reste, dans l’Hexagone, quelques belles âmes. Le secrétaire d’Etat français au commerce extérieur, le socialiste Matthias Fekl, a qualifié, dans un tweet, le joueur portugais de « représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer ». A l’unisson, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a expliqué, sur Twitter, que la nouvelle n’avait « rien d’étonnant pour ceux qui savent que l’UE ne sert pas les peuples mais la grande finance ».

DLA Pipers

Les eurodéputés PS français ont eux jugé « scandaleux » ce « nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt ». « De quoi Barroso est-il le nom ? » demandent-ils. C’est une bonne question. Les responsables socialistes l’ont-ils posé pour Claude Evin ?

Qui ne se souvient de Claude Evin, 67 ans, ancien élève de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, diplômé de l’École d’éducateurs spécialisés d’Angers, député qui occupa de multiples fonctions au sein du parti socialiste, du gouvernement de Michel Rocard puis du monde hospitalier. On garde de lui le souvenir d’un homme parfois sympathique, souvent compliqué, bien entouré et qui eut la volonté politique de lancer les premières actions de lutte contre le tabagisme et la publicité pour l’alcool. La France se souvient de la « Loi Évin ». Elle sait moins que l’homme est depuis peu avocat (d’affaires) au sein du prestigieux cabinet (américain) DLA Piper . On le retrouve ainsi présenté aux clients, innombrables de l’entreprise. Superbe carnet d’adresse.

On retrouvera l’ancien ministre le jeudi 13 octobre au 27ème rendez-vous de Reavie, le rendez-vous international des assureurs vie et de personnes (Hôtel Majestic, Cannes). Il interviendra sur le thème : « les enjeux du système de santé ; des opportunités pour les assureurs complémentaires ».

Confessionnal

Pourquoi en arriver là ? Michel Frieh, Managing Partner de DLA Piper en France : « Nous sommes honorés de l’arrivée de Claude Evin au sein du cabinet. Sa longue carrière publique nous apporte une expertise inédite pour soutenir idéalement le développement stratégique de notre pratique sciences de la vie et santé en France et en Afrique ».

Michèle Anahory, responsable du secteur Sciences de la vie et Santé de DLA Piper à Paris : « Nous nous réjouissons d’accueillir Claude Evin chez DLA Piper. Claude Evin est un grand personnage public, dont les réalisations majeures dans le domaine de la santé en tant qu’homme politique n’ont d’égales que l’admiration de ses pairs et clients ».

Pourquoi en arriver là ? « Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale », a expliqué José Manuel Barroso à l’hebdomadaire portugais Expresso. Si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique. »

En arriver là ? José Manuel Barroso n’a enfreint aucune règle, puisque au-delà de 18 mois après la fin de leur mandat, rien n’oblige les anciens membres de la Commission à rendre des comptes. Rien n’oblige Claude Evin à se confesser. Personne ne peut, non plus, le contraindre à se justifier. On pourrait, presque, le regretter.

A demain

3 réflexions sur “Euro 2016 du pantouflage : José Manuel Baroso (Portugal) rencontre Claude Evin (France)

  1. N’existe-t-il pas de similitude entre la triste évolution de l’éducation spécialisée vers la vente de la santé aux assurances complémentaires et un autre parcours ?D’Emmaüs France à la collaboration à la casse de l’hôpital public ?

  2. Rassurant de voir les grandes âmes sociales se devergonder avec le grand capital !

    AU fait :

    « Claude Evin occupied various institutional and non-governmental mandates such as President of France’s Hospital Federation from 2004-2009. He is currently President of the « Institut des Hautes Etudes de Protection Sociale » (Higher Institute of Studies in Social Protection) »

    CEt institut crréé à l’initiative du ministère des affaires sociales etc .. santé , en 2009 qu’est-ce vraiment ?
    Une institution utile ?
    Une case à fromages pour recaser les copains ?
    Difficile pour nous les pékins de savoir

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