Le capilliculteur du président de la République et l’histoire des « Deux Corps du Roi »

Bonjour

La référence à l’Histoire permet, parfois, de dépasser la tristesse du quotidien. Aujourd’hui, veille de la Fête nationale millésimée 2016, Le Canard Enchaîné, hebdomadaire centenaire, fait une révélation qu’il pourrait qualifier de décoiffante. C’est aussi une histoire qui alimentera les humoristes et qui pourrait ne pas être sans conséquences. On sait la place du follicule dans l’éventail des inconscients.

Ainsi donc la France découvre, quelques heures avant le défilé, que le coiffeur-barbier du président de la République française perçoit 9 895 euros de salaire brut mensuel – et ce depuis le 16 mai 2012. Le Canard apprend ainsi à ses lecteurs-électeurs l’existence  d’Olivier B., « coiffeur personnel du chef de l’Etat ». Son CDD stipule qu’il est « recruté en qualité d’agent contractuel (…) pour la durée du mandat présidentiel en cours », poursuit l’hebdomadaire. Il précise que son « CDD de cinq ans lui vaut une rémunération brute cumulée de 593 700 euros ». Selon la feuille satirique ces émoluments  s’accompagnent « d’éventuelles “indemnités de résidence” et autres “avantages familiaux” ».

Amplitudes horaires

Contacté par l’Agence France-Presse, la présidence de la République n’était pas joignable à l’heure où les rotatives commençaient à tourner  pour réagir à ces révélations. Mais, le satirique palmipède affirme que « l’Elysée confirme sur toute la ligne ». Et le Palais de se justifier : Olivier B. « commence très tôt sa journée de travail, avec une grande amplitude horaire : il recoiffe le président tous les matins et autant de fois que nécessaire, à chaque prise de parole publique », dimanche compris. 

Interrogée par l’hebdomadaire, l’avocate du coiffeur (sic) n’est pas en reste : il s’agit d’un contrat d’exclusivité, ce qui signifie que son client a dû fermer son salon situé dans le 17e arrondissement parisien. « Il est à la disposition du président 24 heures sur 24, il ne se fait jamais remplacer par des extras. Il a raté la naissance de ses enfants, leurs bras cassés, leurs opérations… » plaide-t-elle.

Contagions virales

Soucieux des textes Le Canard enchaîné cite également l’article 5 de ce contrat de travail peu banal : le coiffeur « s’engage à observer, pendant et après l’expiration de son contrat, le secret le plus absolu sur les travaux qu’il aura effectués ou les renseignements qu’il aura recueillis ».

Les contagions virales étant ce qu’elles sont on en viendra immanquablement, et vite, à s’interroger sur les pratiques précédentes : Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Charles de Gaulle, René Coty, Vincent Auriol, Albert Lebrun, Paul Doumer, Gaston Doumergue, Alexandre Millerand, Paul Deschanel, Raymond Poincaré, Armand Fallières,  et Emile Loubet. Sans oublier la mémoire de Félix Faure qui mourut au crépuscule du siècle.

Pour en rester à la Vème on s’intéressera ensuite à l’origine des rémunérations des capilliculteurs des Premiers ministres, des ministres et de leurs directeurs et chefs de cabinet. L’affaire pourrait vite se révéler désastreuse, comme le fut, à une autre extrémité, celle dont souffrit il y a deux ans Aquilino Morelle, ancien conseiller politique de l’actuel président de la République, alors accusé par Mediapart.

Terrestre et immortel

Prendre de la distance ? On peut, pour cela, se pencher sur « Les Deux Corps du Roi » (Essai sur la théologie politique au Moyen Âge – The King’s Two Bodies. A study on medieval political theology)  publié en 1957 par Ernst Kantorowicz. A partir de l’étude des Tudor, de la monarchie française, de Richard II de Shakespeare  ou des effigies de cire des rois l’auteur montre comment les historiens, théologiens et canonistes du Moyen Âge concevaient et construisaient la personne et la charge royales.

Pour résumer, le roi possède un corps terrestre et mortel, tout en incarnant le corps politique et immortel, la communauté constituée par le royaume. Cette double nature, humaine et souveraine  du « corps du roi », explique l’adage « Le roi est mort, vive le roi ! » (apparu  lors de l’enterrement de Louis XII en 1515), le corps du souverain ne pouvant précisément mourir, ni  pécher.

On connaît la suite, réductrice et républicaine.  C’est elle qui, demain, sera célébrée sur les Champs Elysées en présence du chef de l’Etat et des Armées.

A demain

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s