Bernard Cazeneuve reconnaît que le meurtrier de Nice était un « individu déséquilibré »

 

Bonjour

Tuerie de Nice : l’enquête « avance » et « se déploie ». Certes, mais vers quoi ?  Nous sommes quatre jours après l’attentat sans précédent perpétré sur la Promenade des Anglais cette enquête n’a pas encore permis d’établir l’existence de liens entre le tueur, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, et l’organisation djihadiste Etat islamique (EI). C’est pourtant l’hypothèse qui avait, d’emblée été retenue par le pouvoir exécutif.  Une hypothèse renforcée par la revendication formulée par l’EI mais qui, en elle-même, ne prouve rien.

Nous sommes le lundi 18 juillet et Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, vient de s’exprimer sur RTL :  « Il faut savoir maintenant quels sont les liens entre celui qui a commis cet attentat abject et les réseaux terroristes. Pour l’instant ces liens n’ont pas été établis par l’enquête. » Seule certitude le mode opératoire de l’attentat de Nice « emprunt[ait] totalement à ce que sont les messages de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] ».

« Traits de caractère »

Le ministre de l’Intérieur a ajouté : « On ne peut pas exclure qu’un individu déséquilibré et très violent, et il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère, ait été à un moment, dans une radicalisation rapide, engagé dans ce crime absolument épouvantable ». Il avait déjà évoqué l’hypothèse d’une « radicalisation très rapide » sans apporter plus de précision quant à cette rapidité.

Où l’on voit que deux grilles de lecture sont en présence. La première est policière, matérialiste : établir de manière factuelle des liens entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et l’organisation djihadiste Etat islamique. La seconde est d’essence plus psychiatrique : elle fait un lien entre le déséquilibre pathologique du meurtrier et l’environnement socio-médiatique qui a pu nourrir un délire aigu ou chronique.

Dans le premier cas l’arsenal policier et politique peut se déployer et œuvrer. Dans le second nous sommes sur le terrain des spécialistes de la psyché et de la maladie mentale. Les conséquences politiques seront radicalement différentes selon le scénario qui, in fine, prévaudra. Pour l’heure on attend, à mi-chemin de ces deux grilles, les résultats de la toxico-biologie 1.

Racines délirantes

Dans tous les cas on reviendra utilement aux racines du délire et de sa logique. On peut d’ores et déjà  s’intéresser (avec grand profit)  à  « Logique du délire » du Pr Jean-Claude Maleval (Presses Universitaires de Rennes, Editions Masson) :

« Souligner l’existence d’une logique inhérente au délire ne passe plus aujourd’hui pour un paradoxe : la thèse freudienne selon laquelle il constitue une tentative de guérison n’est pas ignorée. Un paradoxe subsiste pourtant, rarement soulevé, il réside dans la conviction, presque unanime, selon laquelle ce travail autothérapeutique doit être contrecarré, réduit, jugulé.

« À l’encontre de cette approche, cet ouvrage propose un plaidoyer pour un respect, voire pour un accueil, du travail subjectif à l’oeuvre dans le délire. Plutôt que de morceler l’étude du délire en diverses formes indépendantes, plutôt que de privilégier un moment, il invite à sa saisie globale, considérant qu’une prise en compte de toutes les phases de son évolution constitue la condition du dégagement de sa logique.

« Quand le sujet s’engage sur la progression de l’échelle logique des délires, un travail défensif d’atténuation de l’angoisse s’accentue. Il témoigne des ressources créatrices dont dispose le sujet de l’inconscient. En un temps où certains placent l’avenir de la psychanalyse dans la neurobiologie, il n’est pas inutile de souligner l’incompatibilité du travail du délire ave des modèles explicatifs issus de la clinique neurologique. »

La deuxième édition est  enrichie d’un nouveau chapitre intitulé : « Thérapier le délire ? ». Le néologisme ne doit pas effrayer. C’est un chapitre d’une tragique actualité.

A demain

1 « Quand connaîtra-t-on les résultats des analyses toxicologiques de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ? » (Slate.fr, 17 juillet 2016)

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s