Les pharmaciens pourront-ils «ne pas attenter à la vie humaine» ? Ethique et tremblements

 

Bonjour

C’est une information relayée, détaillée et amplifiée par Slate.fr (Aude Lorriaux). C’est un symptôme évocateur de tensions profondes. Résumons l’affaire. Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens a soumis à ses adhérents un projet de clause de conscience qui stipule que «le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine». Une initiative suivie de la divulgation sur les réseaux sociaux de ce projet de refonte de leur code de déontologie.

Un article alimente un début de polémique. Il est actuellement (et jusqu’au 31 août) soumis à un nouveau vote. Le voici :

 «Sans préjudice du droit des patients à l’accès ou à la continuité des soins, le pharmacien peut refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine. Il doit alors informer le patient et tout mettre en œuvre pour s’assurer que celui-ci sera pris en charge sans délai par un autre pharmacien. Si tel n’est pas le cas, le pharmacien est tenu d’accomplir l’acte pharmaceutique.»

Religions et officines

Comment définir le concept «d’atteinte à la vie humaine» ? Englobe-t-il l’ensemble des moyens de contraception (pilule, stérilet, pilule « du lendemain », dispositifs intra-utérins) ? Slate.fr cite le site spécialisé Le Moniteur des pharmacies, selon lequel «des officinaux pourraient être tentés de s’en prévaloir pour refuser la contraception orale d’urgence ou le DIU, voire la contraception tout court pour des motifs religieux».

Isabelle Adenot, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, interviewée par Les Nouvelles news :

«C’est de la désinformation totale! La problématique de la clause de conscience n’était pas du tout située autour de la contraception mais bien de la fin de vie! C’est une question que les pharmaciens du monde entier se posent. Cet emballement est un comble»,

Un pharmacien, anonyme citoyen :

«Sous une formulation apparemment objective –l’atteinte à la vie– se cache en réalité une interprétation idéologique de cette notion d’atteinte. Autoriser des pharmaciens à refuser d’effectuer des actes pharmaceutiques susceptibles d’attenter à la vie humaine, c’est les autoriser à s’opposer à la délivrance de médicaments qui heurtent leur sensibilité. Les contraceptifs en premier lieu. Mais aussi éventuellement d’autres traitements.

 « Cette notion de susceptibilité d’atteinte à la vie humaine est en réalité un artifice visant à autoriser des pharmaciens à s’opposer à la délivrance de traitements pour des motifs idéologiques. Il n’est pas acceptable que l’Ordre donne carte blanche à des personnes qui déshonorent la profession en se permettant de juger les patients et d’entraver l’accès aux thérapeutiques de leur choix.»

Douleurs rédemptrices

Les scénarios redoutés sont multiples sinon fantasmatiques : les pharmaciens d’officine anti-IVG interpréteraient cette clause selon leurs convictions, d’autres (ou les mêmes) ne voudraient plus délivrer de seringues stériles aux toxicomanes hautement dépendants. Ce serait, qui sait, le refus des antalgiques majeurs au nom de la souffrance rédemptrice…

L’affaire a pris une dimension politique et idéologique. Alors que le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens doit se réunir en septembre pour la délibération finale la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a envoyé un communiqué et demande une «clarification» à l’Ordre :

 «Quel que soit le résultat de cette consultation, le simple fait d’interroger les pharmaciens sur ce sujet nous rappelle que l’accès à la contraception et à l’IVG, en tant que droits à part entière, n’est jamais définitivement acquis. Il serait raisonnable de la part de la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de clarifier l’objet de cette consultation et de réaffirmer l’attachement de l’Ordre à assurer aux femmes leur autonomie et la liberté de choisir leur contraception.»

La confiance de Marisol Touraine

 Et Marisol Touraine, ministre de la Santé a, via son cabinet, fait parvenir à Slate.fr cette réponse :

«Toute remise en cause de la contraception d’urgence ou de l’IVG serait inacceptable pour Marisol Touraine, qui s’est toujours battu depuis 2012 pour renforcer les droits des femmes à l’IVG. Marisol Touraine a pleinement confiance dans la présidente du conseil de l’Ordre, dont elle connaît les convictions et les engagements, pour que le droit à la contraception d’urgence et à l’IVG ne soit aucunement remis en cause.

 « La ministre ne croit pas que l’Ordre ait jamais eu l’intention de porter une proposition qui remette en cause ces droits fondamentaux des femmes. En tout état de cause, cela supposerait un changement du code de déontologie: ce qui doit être validé par la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Celle-ci ne laisserait jamais place à une telle disposition».

Laissons, pour finir, la parole à l’Ordre  qui répond à Mme Rossignol:

«Il n’est évidemment pas question dans cette proposition de texte, de pilule du lendemain, de stérilet ou même de préservatif ! Des pharmaciens se feront un plaisir d’expliquer à Madame la ministre le mode d’action des contraceptifs. Ces propos non documentés de la ministre sont consternants à ce niveau de responsabilité de l’État et créent un climat de désinformation très préjudiciable pour les patients et le public.»

 « Attenter à la vie humaine » ? On attend la réplique à venir de la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

A demain

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