Glunomab®« médicament contre la sclérose en plaques» : l’Inserm nous en dit trop et pas assez

Bonjour

C’est un communiqué destiné à la presse comme l’Inserm en publie tant. Mais celui-ci est titré « Un anticorps-médicament contre la sclérose en plaques ». Scénarisée, l’information est transmise sous embargo (qui sera ou non respecté).

On sait ce qu’il en est de la sclérose en plaques, cette pathologie chronique, cause la plus fréquente d’invalidité neurologique chez l’adulte jeune. On sait les incertitudes physiopathologiques,  les limites étroites des thérapeutiques actuelles, les espoirs récurrents des malades et de leurs proches, la confiance en la science, les rumeurs vaccinales…

De quoi s’agit-il aujourd’hui ? D’un travail réunissant des chercheurs de différents pays et dirigé par le Pr Denis Vivien (Inserm U919 – « Sérine protéases et physiopathologie de l’unité neurovasculaire »). Plus précisément du développement d’un anticorps « possédant des effets thérapeutiques potentiels contre la sclérose en plaques ». Les résultats de ce travail publié dans Brain 1 « ouvre la voie à une nouvelle stratégie pour lutter contre la maladie ».

Au vu des enjeux l’Inserm précise qu’une « demande de brevet a été déposée par Inserm Transfert dans le cadre d’une collaboration avec un industriel de santé ». Nous n’en saurons pas plus, si ce n’est que ce travail a été financé « par la Fondation ARSEP et la Fondation pour la Recherche Médicale ».

AVC chez la souris

On rappelle que  la sclérose en plaques est une maladie considérée comme auto-immune dans la mesure où le système immunitaire, « censé protéger l’organisme des agressions extérieures, attaque ses propres constituants ».

« Les cellules immunitaires (les lymphocytes notamment) entraînent la destruction de la gaine de myéline qui entoure et protège les prolongements (axones) des neurones. Cette démyélinisation, qui marque le début d’une dégénérescence de l’axone, perturbe alors la transmission de l’influx nerveux. Les lésions sous forme de « plaques » sont dispersées au niveau du cerveau et de la moelle épinière. Elles provoquent des symptômes qui varient beaucoup d’une personne à l’autre. Le plus souvent, la maladie se manifeste par poussées, avec l’apparition de troubles moteurs, sensitifs et cognitifs, qui régressent en quelques semaines. Mais au fil des années, ces symptômes peuvent évoluer vers un handicap irréversible. 

« Les traitements actuels réduisent les poussées et améliorent la qualité de vie des patients, mais ne luttent pas contre la progression de la maladie. Pour que les cellules du système immunitaire circulant dans le sang atteignent le système nerveux central, elles doivent franchir la barrière sang-cerveau (barrière hémato-encéphalique) et la barrière sang-moelle osseuse (hémato-médullaire). »

L’Inserm rappelle que lors de travaux antérieurs (sur un modèle d’accident vasculaire cérébral chez la souris) l’équipe de l’unité Inserm 919 avait étudié un acteur participant à l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique : le « récepteur NMDA [N-methyl-D-aspartate receptor] ». Ils avaient alors observé que le blocage de l’interaction de ce récepteur avec le tPA (protéine de la famille des protéases à sérine) avait des effets bénéfiques liés au maintien de l’intégrité de la barrière.

Mystérieux « industriel de santé »

C’est dans ce cadre que les chercheurs ont élaboré une stratégie pour bloquer l’interaction du tPA avec le récepteur, dans le cas de la sclérose en plaques. Ils ont ainsi développé un anticorps monoclonal (Glunomab®) dirigé contre le site spécifique du récepteur NMDA sur lequel se lie le tPA. Résultat ?

« Dans des modèles cellulaires de barrières hémato-encéphalique et hémato-médullaire humaines, l’utilisation de cet anticorps empêche l’ouverture de la barrière en conditions inflammatoires, limitant le passage des lymphocytes. L’équipe a alors testé les effets thérapeutiques de l’anticorps dans un modèle expérimental de sclérose en plaques chez la souris.

« Après une injection intraveineuse du Glunomab®, la progression des troubles moteurs (paralysie partielle ou totale des membres), évaluée par un score clinique, est bloquée. Chez ces souris traitées, cet effet est associé à une diminution de l’infiltration des lymphocytes dans le tissu nerveux, et à une démyélinisation réduite. En prévenant ainsi la destruction de la myéline par les cellules immunitaires, cette stratégie pourrait représenter une thérapie prometteuse pour lutter contre la sclérose en plaques. »

On n’ira pas plus loin. Livraison brute déjà reprise en quelques lignes par les médias généralistes. Rien sur la suite des travaux, sur les essais cliniques à venir, sur les accords financiers avec le mystérieux « industriel de santé ». Rien qui permettrait aux malades et à leurs proches d’en savoir plus, de ne pas nourrir de faux espoirs ou, au contraire, d’espérer raisonnablement dans la suite de cette quête scientifique et médicale. On peut le regretter.

A demain

 

 1 ‘’Neuroendothelial NMDA receptors as therapeutic targets in experimental autoimmune encephalomyelitis
R. Macrez1, M.C. Ortega2, I. Bardou1 , A. Mehra1 , A. Fournier1 , S.M.A. Van der Pol3 , B. Haelewyn4, E. Maubert1 , F. Lesept1,5, A. Chevilley1 , F. de Castro2,6, H.E. De Vries3 , D. Vivien1 , D. Clemente2,7 and F. Docagne1
 
1 INSERM, INSERM-U919, Caen Cedex, F-14074 France; Université de Caen Basse-Normandie, Caen Cedex, F-14074 France; GIP Cyceron, Caen, F-14074 France.
2 Grupo de Grupo de Neurobiología del Desarrollo-GNDe. Hospital Nacional de Parapléjicos – Toledo, Spain.
3 Department of Molecular Cell Biology and Immunology, Neuroscience Campus Amsterdam, The Netherlands.
4 Centre Universitaire de Ressources Biologiques, Université de Caen Basse-Normandie, Caen, France.
5 Present address: Department of Neuroscience, Physiology and Pharmacology, University College of London, United Kingdom.
6 Grupo de Neurobiología del Desarrollo-GNDe. Instituto Cajal. CSIC – Madrid, Spain.
7 Grupo de Neuroimmuno-reparación. Hospital Nacional de Parapléjicos – Toledo, Spain

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s