Truvada® «à la demande» : l’efficacité chez les homosexuels séronégatifs démontrée. Et après ?

 

Bonjour

C’est un message mandé de Durban (Afrique du Sud)  où se tient la 21ème Conférence internationale sur le sida (AIDS 2016). Un message qui clôt une période problématique sinon polémique et qui en ouvre une autre. Résumons : la dernière phase de l’essai ANRS IPERGAY confirme que la prophylaxie pré-exposition (PrEP) « à la demande » est une méthode très efficace de prévention du risque d’infection par le VIH, chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et déclarant des comportements à haut risque.

On se souvient que la Prophylaxie Pré-exposition (PrEP) consiste à proposer un traitement antirétroviral non plus en thérapeutique mais de manière préventive à des personnes non infectées par le VIH. Est-ce efficace ? On ne peut ici que se référer aux essais cliniques, et en particulier sur les résultats de deux études : PROUD, réalisée en Angleterre, et l’essai franco-canadien ANRS IPERGAY 1 mené avec l’association AIDES. Ce dernier est un essai de PrEP « à la demande », la PrEP c’est-à-dire « au moment de l’exposition aux risques sexuels ».

Double aveugle

Cet essai a été mené chez des hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et ayant déclaré des comportements à risque dans les six mois précédant l’inclusion. Cet essai a connu plusieurs phases. Lancée en 2012, la première phase d’ANRS IPERGAY a été réalisée en double aveugle (la moitié du groupe a pris par voie orale un antirétroviral associant TDF-FTC (Truvada®) au moment des rapports sexuels, l’autre un placebo). Elle a montré que pris au moment des périodes d’activité sexuelle, le Truvada® diminuait de 86 % le risque d’être infecté par le VIH (Molina et al. New England Journal of Medicine Dec 3, 2015).

Depuis novembre 2014 cet essai est entré dans sa seconde et dernière phase : tous les participants de l’étude ont reçu le Truvada®. Objectif: s’assurer du maintien du bénéfice de la PrEP « à la demande » et de sa tolérance sur une plus longue période et vérifier également son impact sur les comportements sexuels. Ce sont les résultats définitifs de l’essai, dans sa dernière phase (dite « en ouvert »), qui sont présentés à Durban 2.

« 362 volontaires (333 ayant participé à la phase randomisée + 29 nouvelles recrues) ont été suivis entre novembre 2014 et juin 2016. Les résultats présentés aujourd’hui sont encore plus spectaculaires que ceux de la première phase : 1 seule personne, qui avait en fait interrompu la PrEP, a été infectée par le VIH dans la phase « en ouvert ». L’incidence (le nombre de nouveaux cas) est en conséquence de seulement 0,19 infection pour 100 personnes-années de suivi. Cette incidence était de 0,91 % dans le bras Truvada® pendant la phase en double-aveugle.

« ‘’Les résultats de la phase de l’essai « en ouvert » confirment la très bonne efficacité et la très bonne tolérance de la PrEP à la demande pour prévenir le risque d’infection chez des HSH à haut risque. Ces résultats devraient favoriser une plus large utilisation de la PrEP dans les populations à risque, dans les pays où la situation de l’épidémie le justifie’’, déclare le Pr Molina.

« Le Pr Jean-François Delfraissy, Directeur de l’ANRS salue la décision française d’avoir autorisé (avec une recommandation temporaire d’utilisation, RTU), fin 2015, la PrEP et son remboursement, « La question n’est plus aujourd’hui de savoir si la PrEP est efficace et doit être utilisée, mais comment la mettre rapidement à disposition des personnes les plus à risque » affirme-t-il.»

 Préservatif « pierre angulaire »

Reste la question, essentielle, de l’usage du préservatif – « préservatif qui reste la pierre angulaire de la prévention contre l’infection par le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles ».

«  Une étude sur les comportements réalisée pendant la phase ouverte de l’essai révèle une légère baisse de l’usage du préservatif, en particulier chez les personnes identifiées comme en étant fortement utilisatrices lors de la phase en double aveugle. Cette diminution est compensée dans la grande majorité des cas par le recours à la PrEP.

« ‘’La diminution de l’utilisation du préservatif dans l’essai « en ouvert » n’est pas inquiétante pour l’instant, déclare le Dr Bruno Spire. Les participants de l’essai étaient sûrs d’être protégés par la PrEP, qu’ils savaient efficace. Il existe cependant une petite minorité de participants n’utilisant ni la PrEP ni le préservatif. Nous devons essayer de comprendre quels sont les freins à la prévention chez ces personnes. Il semble désormais important de parler de prévention diversifiée, où on laisse la liberté de choix, plutôt que de prévention combinée, car il est assez illusoire d’imaginer qu’une majorité de personnes pourront utiliser plusieurs moyens de prévention en même temps.’’».

Et maintenant ?

Ce sont là des propos à la fois réalistes et inquiétants Et maintenant ? Et après ? L’ANRS va prochainement lancer un « ambitieux programme de recherche opérationnelle » qui sera mené en Ile-de-France auprès d’environ 3000 personnes à haut risque d’infection par le VIH (HSH, personnes transgenres, et personnes migrantes principalement). « ANRS PREVENIR » vise à réduire le nombre de nouvelles infections par le VIH, et mesurera le bénéfice d’un accompagnement communautaire sur l’observance et le maintien des participants dans la PrEp à long terme. De nouvelles questions sanitaires, virologiques et économiques ne tarderont pas à être soulevées.

A demain

1 L’essai ANRS IPERGAY a été réalisé en étroite collaboration avec l’association AIDES qui a assuré l’accompagnement des volontaires tout au long de l’essai et a participé activement à leur recrutement. Il a été mené à Paris (Hôpital Saint-Louis et Hôpital Tenon, AP-HP), ainsi qu’à Lyon, Nice, Tourcoing et Nantes. Il a été mené en parallèle à Montréal (CHUM) en partenariat avec l’association Rezo.

2  “Efficacy of on demand PrEP with TDF-FTC in the ANRS IPERGAY open-label extension study”

J.-M. Molina1,2, I. Charreau3, B. Spire4, L. Cotte5, J. Chas6, C. Capitant3, C. Tremblay7, D. Rojas-Castro8, E. Cua9, A. Pasquet10, C. Bernaud11, W. Rozenbaum2, C. Delaugerre12, V. Doré13, S. Le Mestre13, M.-C. Simon13, J.-F. Delfraissy13, L. Meyer3,14, ANRS IPERGAY Study Group

1University of Paris Diderot, INSERM UMR 941, Paris, France, 2Hospital Saint-Louis, APHP, Infectious Diseases Department, Paris, France, 3INSERM, SC 10-US 19, Villejuif, France, 4INSERM, UMR 912, Marseille, France, 5Hospices Civils de Lyon, Infectious Diseases Department, Lyon, France, 6Hospital Tenon, APHP, Infectious Diseases Department, Paris, France, 7Centre de Recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal, Canada, 8AIDES, MIRE, Pantin, France, 9Hospital de l’Archet, Infectious Diseases Department, Nice, France, 10Hospital Gustave Dron, Infectious Diseases Department, Tourcoing, France, 11CHU Hôtel Dieu, Infectious Diseases Department, Nantes, France, 12Hospital Saint-Louis, Virology Department, Paris, France, 13INSERM-ANRS, Paris, France, 14INSERM, Paris 11 University, Kremlin Bicêtre, France

“Reported changes in PrEP and condom use in MSM during the open-label extension of the ANRS IPERGAY study”

  1. Sagaon-Teyssier1,2,3, M. Suzan-Monti1,2,3, D. Rojas-Castro4, M. Danet4, N. Hall5, L. Fressard1,2,3, M. Di Ciaccio1,3,6, C. Capitant7, V. Foubert7, C. Chidiac8, V. Doré9, C. Tremblay10, J.-M. Molina11, B. Spire1,2,3, ANRS IPERGAY Study Group

1INSERM, UMR_S 912, Sciences Economiques & Sociales de la Santé et Traitement de l’Information Médicale (SESSTIM), Marseille, France, 2Aix Marseille Université, UMR_S 912, IRD, Marseille, France, 3Observatoire Régional de la Santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marseille, France, 4AIDES MIRE, Paris, France, 5CHU, Nantes, France, 6GREPS, Université Lyon 2, Lyon, France, 7INSERM SC 10 US 19, Villejuif, France, 8Hôpital de la Croix Rousse, INSERM U 1052, Department of Infectious Diseases, Lyon, France, 9ANRS, Paris, France, 10Research Center of the Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal, Canada, 11Hospital Saint-Louis, Department of Infectious Disease, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Paris, France

 

Une réflexion sur “Truvada® «à la demande» : l’efficacité chez les homosexuels séronégatifs démontrée. Et après ?

  1. Ah Messire que vous utilisez un français soutenu et exquisément désuet !
    « Mandé » de Durban.
    Mazette !
    Pourqui d’ailleurs « mander » a-t-il sombré dans l’obsolescente désuétude d’un oubli immérité alors que « mandar » et « mandare » sont contemporains en portugais, espagnol et italien ?

    Gageons que vous cherchez là à équilibrer le sabir de la page en lien où un paresseux du dictionnaire pense que la traduction de « to implement » est « implémenter » (« programmes d’implémentation »).

    Implémentation de poils dans la main sans doute. « Implémentation » a bien été admise dans un laxiste dictionnaire pour l’informatique…. comme si « mettre en place  » ou « mise en place » sonnait mal.
    Pouah !

    A propos du Truvada® en prévention primaire, il faudra suivre sa future mise à disposition (implémentatoire ! ) et l’échappemet éventuel de souches multi-résistantes. Gaudeamus et croisons les doigts.

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