Tuerie de Nice, mensonges et « complotisme »: la réponse de Libération à Bernard Cazeneuve

 

Bonjour

C’est un affrontement violent et sans précédent. Sous réserve d’inventaire on n’a jamais vu, en France ces cinq dernières décennies, un ministre de l’Intérieur accuser dans la plus extrême des urgences un quotidien généraliste d’imprimer des « contre-vérités » – un ministre de l’Intérieur s’interroger sur la déontologie de ses journalistes et faire référence au « complotisme ». C’est précisément ce que vient de faire, nuitamment, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Aucune ambiguïté sur les termes : M. Cazeneuve l’a fait sous la forme d’un communiqué officiel : « Communiqué de presse de Bernard Cazeneuve suite aux publications du quotidien Libération le 21 juillet ».

« Alors que la préfecture des Alpes-Maritimes a fourni aujourd’hui à sa demande au journal Libération l’ensemble des réponses à ses questions, M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, s’indigne des contre-vérités que le journal a publiées dans son édition datée du 21 juillet. Ces méthodes interrogent la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles. Ces procédés, qui empruntent aux ressorts du complotisme, sont graves, car ils laissent penser que le Préfet des Alpes-Maritimes, le Ministre de l’Intérieur et le Premier Ministre auraient cherché à travestir la vérité là où ils se sont résolument engagés dans une démarche de totale transparence, dans le respect dû aux victimes et dans la responsabilité qui est la leur devant la Nation meurtrie. (…) ».

L’indignation du ministre sourd des lignes qu’il signe. Et ses propos sont graves, notamment quand il évoque des « procédés qui empruntent aux ressorts du complotisme ». Sans nullement céder à la paranoïa, il y a raisonnablement là matière à inquiétude. On a vu que, depuis, le président de la République s’est exprimé et qu’une enquête a été demandée par le ministre à la « police des polices » en charge de faire, sous huitaine, la transparence et d’obtenir, sans l’aide de la justice ou des parlementaires, la manifestation de la vérité vraie. Dans l’attente Libération répond à Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. C’est un éditorial signé de Johan Hufnagel.

Temps troublés

C’est un texte important à verser à ce dossier inédit qui dit beaucoup des temps troublés que, tous, nous vivons.  Nous cédons ici la place à notre confrère :

 « Monsieur Bernard Cazeneuve, votre réponse à l’enquête de Libération sur les flous de Nice publiée dans notre édition de jeudi n’a pas tardé. Permettez-moi de vous dire qu’elle est hors de propos. Vous mettez en cause «la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles» et dénoncez des «procédés qui empruntent aux ressorts du complotisme, [et] sont graves, car ils laissent penser que le préfet des Alpes-Maritimes, le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre auraient cherché à travestir la vérité». Non, monsieur le ministre, les journalistes de Libération n’ont pas versé dans le complotisme. Ils n’ont fait que leur travail, dans le plus grand respect de la déontologie : enquêter sur des faits ; débusquer les contradictions dans le flot des déclarations ; recouper les informations ; poser des questions ; donner la parole à tous, y compris ceux qui ont été mis en cause. Ce travail, vous savez que nous l’avons fait puisque nous avons été en contact toute la journée de mercredi avec vos services.

« Derrière l’injure, qui nous blesse et qui ne correspond pas à celle d’un homme d’Etat de votre stature, vous avez validé l’intégralité de cette enquête tout en nous accusant de publier des «contre-vérités». Etrange schizophrénie. Vous avez en effet pointé, dans ce communiqué, ce que nous nous sommes dit mercredi lors de nos échanges téléphoniques avec vos services, et notamment que les premières voitures de la police nationale se trouvaient dans la soirée du 14 juillet environ 400 mètres après le début de la zone piétonne de la promenade des Anglais. Là où il n’y a qu’une zone piétonne le 14, en voici désormais deux : une qui commencerait au point d’entrée, gardée par deux policiers municipaux dont vous ne parlez pas pour ne pas polémiquer avec les élus locaux, et une autre, couverte par la police nationale, qui débuterait devant les grands hôtels niçois et qui est de votre responsabilité…

« Nous nous félicitons d’ailleurs que notre enquête, une semaine après l’attentat, ait aidé à ce que vous consentiez à une «évaluation technique du dispositif de sécurité» par l’Inspection générale de la police nationale. Il aura fallu une semaine. Mais le problème n’est pas là, et vous le savez. Nous n’accusons personne de manquements au dispositif de protection des Niçois, validé par les élus locaux et les services de l’Etat. Ce dispositif, nous ne le critiquons pas. Nous espérons simplement que l’enquête de vos services ira jusqu’au bout et qu’elle nous permettra de comprendre les différentes explications, contradictoires, que les services de l’Etat ont fournies. Je vous rappelle vos propos du 16 juillet :«Des véhicules de police rendaient impossible le franchissement de la promenade des Anglais.» Ce n’est plus ce que vous dites dans votre communiqué. Nous n’imaginons pas un mensonge délibéré de votre part, bien sûr. Mais un dysfonctionnement dans les transmissions d’informations qu’il convient de pointer et de régler, pour justement éviter le complotisme et les accusations infondées.

« Le retour d’expérience est nécessaire à tous. C’est valable pour les services de police et de renseignement, mais aussi pour Libération, qui en permanence s’interroge sur ses pratiques et reste ouvert à la critique de son travail.Libération ne mène aucune campagne contre «les préfets, les forces de l’ordre et les services de renseignement qui luttent contre la menace terroriste»,comme vous nous en accusez, sous le coup d’une colère peu républicaine.Libération ne mène pas de «campagnes politiques ou de presse qui visent à atteindre le ministère de l’Intérieur dans sa réputation, faisant fi du travail considérable accompli par ces femmes et ces hommes de devoir», comme vous nous en accusez sous le coup d’une poussée de complotisme.

« Le complotisme, monsieur le ministre, propose de «donner une vision de l’histoire perçue comme le produit de l’action d’un groupe occulte agissant dans l’ombre». Libération n’agit pas dans l’ombre. Nous posons les questions et demandons de simples réponses sur les circonstances de l’attentat de Nice, en toute honnêteté et transparence. Nous sommes d’accord avec le Premier ministre quand il déclare qu’«il faut que la vérité soit faite mais qu’on respecte l’Etat et sa parole publique». Sans injure et sans arrogance, avec humilité et une seule demande : comprendre. »

A demain

Une réflexion sur “Tuerie de Nice, mensonges et « complotisme »: la réponse de Libération à Bernard Cazeneuve

  1. Et afin d’alimenter VRAIMENT le complotisme, la justice exige de la mairie de Nice qu’elle efface 24h d’enregistrement de vidéo surveillance.

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