Prêtre égorgé. Deux éditoriaux dans une France déboussolée, celle du Figaro et celle de Libé

 

Bonjour

Devant l’autel normand, le sang sèche ;  la tension ne retombe pas. Le président de la République, ton monocorde, a parlé à 20 heures. Sur TF1 on retrouvait le Premier ministre, œil vif, combatif comme à l’accoutumée. « La guerre sera longue ». Quelle guerre ? « On ne touchera pas à l’état de droit ». Y toucher aiderait-il à gagner en efficacité ? Comment lutte-t-on contre un ennemi lointain qui recrute dans le champ du psychiatrique et du délire agissant ? On entendit aussi, sur TF1 le cardinal de Paris qui parla, comme de juste, des souffrances des chrétiens d’Orient.

La nuit passe, ici et là quelques rotatives tournent. La Toile se tisse. A l’aube les éditoriaux paraissent qui disent tout des sensibilités du pays. En voici deux, qui disent beaucoup de la France de cette fin du mois de juillet 2016.

Libération  (Johan Hufnagel) :  

« Nos armes »

« Sans doute saurons-nous bientôt si le lâche assassinat du père Jacques Hamel a été imaginé en Syrie ou si le crime est né dans le cerveau d’un jihadiste local radicalisé par la propagande de l’EI. Peu import1e, après tout. Une nouvelle fois, nous sommes saisis. Ce dernier attentat est pourtant loin d’être aussi sanglant que le précédent, mais il nous sidère encore. Commandité ou pas, douze jours après Nice, l’EI trouve le moyen de s’attaquer, en France, à un nouveau symbole, donnant à chaque mesure antiterroriste imaginée après l’horreur un caractère dérisoire et inutile.

« Depuis 2012, les jihadistes auront donc tué des enfants et des adultes, des juifs, des musulmans et des catholiques, des dessinateurs athées, des militaires et des policiers, des fêtards et des promeneurs du 14 Juillet… Cette succession d’attentats, tous différents, donne l’impression que l’EI nous amène inexorablement sur son terrain, comme si l’organisation dictait la règle du jeu et anticipait les mouvements paniqués de ses adversaires. Ne tombons pas dans les pièges de Daech. A commencer par les politiques, aux affaires ou dans l’opposition, et les médias. Tous ceux qui aspirent à devenir «responsables» savent que le terrorisme ne parviendra jamais à abattre notre mode de vie. Aucune armée ne menace sérieusement notre pays, notre Constitution, nos libertés, nos frontières. Aucune ligne Maginot, encore moins celle qu’on dressera à grands coups de menton et de pseudo-valeurs pour donner l’impression que quelqu’un tient le manche, ne fera preuve de garantie totale.

« Notre autre ennemi, c’est nous-mêmes, c’est l’impatience, l’irresponsabilité de faire croire qu’on peut tout régler en sacrifiant l’Etat de droit, en surfant sur la rhétorique du choc des civilisations. Il faut plus que jamais refuser d’être entraîné sur le terrain de la division et de cette irresponsabilité politique qui consiste à préférer remporter une primaire et une présidentielle à tout prix. Et à croire qu’on peut prendre de vitesse le FN dans cette inepte surenchère, comme l’espère l’EI. Le combat contre le jihad ne se règlera pas d’ici mai 2017. Donner plus de moyens humains aux services de renseignement, les rendre plus performants que jamais, lutter contre l’imaginaire de Daech, conduire des actions sur le terrain contre les réseaux de financement occulte et les commanditaires produira des résultats dans plusieurs quinquennats sans doute. Enfin, il faut cesser de croire que nous sommes seuls à être dans le collimateur de Daech. Les jihadistes ont tué à Paris, à Toulouse, à Nice, en Normandie, mais aussi à Bagdad, à Tel-Aviv, à Beyrouth, à Orlando… La guerre que nous mène l’EI n’est pas qu’une guerre contre la France, c’est une guerre contre la liberté. Ne la cédons pas sans combattre avec nos propres armes.

Le Figaro (Etienne de Montety)

« La prière et le châtiment »

« Un prêtre égorgé tandis qu’il célèbre la messe, des paroissiens pris en otages. Il y a encore quelques mois, ce genre d’information dramatique arrivait de Mossoul ou de Bagdad, suscitant notre compassion pour les malheureux chrétiens d’Orient martyrisés dans leur pays en plein chaos. Cette scène d’horreur s’est déroulée hier dans une petite ville de Normandie. Douze jours après le massacre de Nice, l’État islamique poursuit son sinistre dessein: faire du monde un sanglant théâtre de guerre.

« Le jour de l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse, alors que des millions de catholiques sont réunis en Pologne, l’Église catholique est touchée au cœur, en la personne d’un de ses prêtres, le père Jacques Hamel, qui aura servi le Christ à l’autel jusqu’à son dernier souffle.

« Une église est le lieu de rassemblement des chrétiens, mais c’est aussi un symbole familier du paysage national: toutes les villes, tous les villages en comptent une, les Français y sont attachés. Ce ne sont pas seulement les catholiques, mais la France, incarnée par un clocher comme il y en a tant dans nos régions, que Daech a voulu une nouvelle fois frapper.

À cet acte de barbarie, les catholiques vont d’abord répondre de manière spirituelle. Dans toutes les églises, jusqu’à Cracovie, ils vont prier, au nom de Dieu qui s’est fait homme il y a deux mille ans et a répondu à la violence de la Croix par une phrase: «Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.» Traversés par des sentiments contradictoires après cet acte de barbarie, ils vont s’efforcer d’être à la hauteur de l’inépuisable message d’amour qui est le cœur de leur foi.

Mais leur réaction, pleine de dignité, ne les empêche pas d’attendre des autorités une réponse implacable à la terreur ; le fanatisme islamiste frappe, les tensions couvent, la peur gagne ; le gouvernement doit prendre la mesure de ce qui se passe en France, nommer le mal, le condamner, cela va de soi, mais aussi adopter l’arsenal militaire, policier et judiciaire pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Qu’ils croient au Ciel ou qu’ils n’y croient pas. »

.Les armes, la prière, le châtiment. Les mots tonnent. Comme dans « Saint-Etienne-du-Rouvray : un triple crime » signé de notre confrère et ami Henri Tincq, sur Slate.fr. Le sang sèche, la tension ne retombera pas de sitôt.

A demain

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