Prêtre égorgé : Le Monde dévoile les troublants éléments du dossier psychopathologique d’Adel Kermiche

 

Bonjour

Ce sont des informations essentielles et bien dérangeantes que publie aujourd’hui Le Monde (Soren Seelow et Simon Piel): « Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : Adel Kermiche, entre troubles mentaux et folie djihadiste ». Des informations qui éclairent d’un jour psychiatrique et de manière convergente l’actuelle épidémie de passages à l’acte terroriste.  Où le journalisme, fait notable, est au service de la santé publique.

Les deux journalistes du Monde révèlent les principaux éléments du dossier d’Adel Kermiche, 19 ans l’un des deux meurtriers du prêtre égorgé le 26 juillet dans l’église de Saint-Etienne-du Rouvray.

Le jeune homme est « bien connu de la justice antiterroriste ». Il avait tenté à deux reprises de partir en Syrie, en mars puis en mai 2015. Puis il avait été placé sous contrôle judiciaire le 18 mars 2016, après dix mois de prison, il était assigné à résidence chez ses parents et équipé d’un bracelet électronique quand il a commis son acte.

« Cerveaux retournés »

Quand les services antiterroristes entendent la première fois parler d’Adel Kermiche, ce dernier a 17 ans. C’est en mars 2015. Et un habitant de Saint-Etienne-du-Rouvray, Adel Bouaoun, 26 ans, vient de rejoindre la Syrie, muni de la carte d’identité d’Adel Kermiche. Les deux jeunes hommes ont fait connaissance un mois plus tôt « devant la mosquée » de la commune normande. Adel Kermiche commence tout juste à s’intéresser à l’islam

« J’ai fini par avoir le même mode de pensée que lui, il s’est collé sur moi (…). Il m’a retourné le cerveau, enfin, on s’est retourné le cerveau ensemble », expliquera-t-il plus tard devant le juge, selon des propos cités par Le Monde et rapportés par une source proche de l’enquête. La suite est à la fois édifiante et, au vu des événements, effrayante :

« Ce 20 mars 2015, Adel Kermiche est donc entendu par la police qui enquête sur le départ en Syrie d’Adel Bouaoun, ce nouvel ami à qui il a prêté sa carte d’identité. Trois jours plus tard, le 23 mars, le Franco-Algérien disparaît à son tour. Il est interpellé le soir même à Munich (Allemagne) avec la carte d’identité de son frère dans un car pour Belgrade, sur le chemin de la Turquie.

« Se monter la tête »

« Adel Kermiche fête ses 18 ans en garde à vue. Il explique aux enquêteurs avoir voulu rejoindre la Syrie pour « enseigner le français » ou pour une « visite guidée ». Il explique s’être « monté la tête » avec Adel Bouaoun. Le jeune homme est mis en examen le 28 mars – pour des faits commis durant sa minorité – et est placé sous contrôle judiciaire.

« Adel Kermiche ne tiendra pas longtemps en place. Déterminé à partir, il viole son contrôle judiciaire moins de deux mois plus tard, le 11 mai 2015, et s’envole pour Istanbul avec un ami de 15 ans rencontré deux semaines plus tôt sur Facebook. Nouvel échec. Les deux garçons sont expulsés de Turquie le 13 mai et remis à la justice française. Son contrôle judiciaire révoqué, Adel Kermiche est placé en détention provisoire à Fleury-Mérogis (Essonne) et il est de nouveau mis en examen.

« Hyperactif » et  « traitement médicamenteux »

Il faut ici savoir que durant la période de son incarcération, une enquête de personnalité a été réalisée (entre octobre 2015 et février 2016). La justice apprend alors que de 6 à 13 ans, Adel Kermiche a été suivi dans un centre médico-psychologique. Il est alors décrit comme « hyperactif » et suit un « traitement médicamenteux ». Une appréciation rédigée durant l’école primaire ne manque pas d’interroger : « Ange ou démon ? Selon les jours… Quelquefois enfant modèle, (…) le plus souvent agressif, énervé et pas en état de travailler. »

Le garçon rencontre ensuite des « difficultés » durant l’adolescence : il est exclu de son collège en classe de cinquième pour des « troubles du comportement ». Il est alors hospitalisé à Rouen dans un service spécialisé dans la psychopathologie de l’adolescence ; par la suite il sera suivi  à l’hôpital de jour de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il a alors 12 ans.

Unités psychiatriques

Un an plus tard, considéré comme « ingérable sur le groupe » au point qu’il faut parfois « le contenir dans une pièce fermée », il est placé durant quinze jours en milieu fermé dans l’unité psychiatrique du centre hospitalier spécialisé du Rouvray. Puis il intègre, à l’âge de 13 ans, un institut thérapeutique et pédagogique. Deux ans plus tard, il retrouvera une scolarité normale, en classe de quatrième. Mais en raison de « problèmes relationnels », il est renvoyé quelques jours de son lycée en 2013, ce qu’il vit comme une injustice. Une de ses professeurs rapporte des « violences physiques et verbales envers ses camarades » ainsi qu’un « comportement physique provocateur », tout en constatant un « niveau scolaire supérieur » aux autres élèves. Sa scolarité s’arrêtera à l’âge de 16 ans.

« J’ai l’impression de ne pas arriver à concrétiser mes projets. J’essaye de m’insérer, de travailler, d’avoir une copine, mais à chaque fois il y a une difficulté, et c’est éprouvant », confiera-t-il à l’enquêteur de personnalité.

C’est au début de l’année 2015 (alors qu’il n’est plus suivi par l’institut thérapeutique et pédagogique pour la première fois depuis cinq ans et qu’il est au chômage) qu’il fait la connaissance d’Adel Bouaoun et qu’il se radicalise en moins de deux mois. « Il m’a dit que c’était mieux, beaucoup mieux qu’ici où il n’y a pas de travail, que c’était plus facile là-bas », racontera-t-il au juge.

« Idées suicidaires »

 La magistrate qui suit son dossier ordonne, le 18 mars dernier, son placement sous contrôle judiciaire. Incarcéré depuis dix mois à la suite de son deuxième départ avorté, Adel Kermiche a partagé la cellule d’un Saoudien et fait la connaissance d’un jeune Français ayant passé dix-huit mois en Syrie. La juge, qui veut croire à un avenir possible pour ce jeune homme perturbé. Elle motive son ordonnance par le fait qu’il aurait « pris conscience de ses erreurs », qu’il a eu des « idées suicidaires » durant son incarcération. L’enquête réalisée sur la faisabilité de placement sous bracelet électronique précise que ses parents « avouent qu’ils préfèrent savoir leur fils incarcéré et vivant que libre et en route pour la Syrie. S’ils acceptent de l’accueillir, c’est parce qu’ils pensent sincèrement qu’il sait s’être trompé et qu’il ne tentera plus de partir ».

Le parquet est peu sensible à ces arguments et fait appel de l’ordonnance du juge, qu’il qualifie de « peu convaincante ». Dans son réquisitoire, il estime que les contraintes prévues par le contrôle judiciaire « s’avèrent parfaitement illusoires au vu du contexte du dossier ». « Dans ces conditions, et quoiqu’il fasse état d’une erreur et réclame une seconde chance, il existe un risque très important de renouvellement des faits en cas de remise en liberté », insistele ministère public.

La chambre de l’instruction ne suit pas l’appel du parquet. Reprenant les termes de l’ordonnance, elle considère que le contrôle judiciaire tel qu’il a été défini est « effectivement de nature à permettre de prévenir tout risque de concertation et de renouvellement des faits ainsi qu’à garantir le maintien de l’intéressé à disposition de la justice ».

Bracelet électronique

Adel Kermiche sort de prison. A partir du 18 mars, le jeune homme est assigné à résidence chez ses parents et équipé d’un bracelet électronique. Les modalités de son contrôle judiciaire lui interdisent de quitter le département de la Seine-Maritime, l’obligent à se soumettre à une prise en charge psychologique et ne l’autorisent à quitter le domicile familial qu’entre 8 h 30 et 12 h 30 en semaine. Une messe était célébrée, dans la matinée du 26 juillet, en l’église de Saint-Etienne du Rouvray.

A demain

 

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