Terrorisme et religions : Mgr Vingt-Trois parle «déviance des mœurs» et allume la polémique

 

Bonjour

La France est un tissu à vif. Tout irrite. Tout fait écorchure. Tout peut faire saigner. De chaque mot peut sourdre la polémique. Celle qui émerge et gonfle était totalement imprévisible. Elle a trouvé sa source au bord de la Seine, à Paris, au sein de la cathédrale Notre-Dame. Et ce pendant l’homélie prononcée lors de la messe solennelle en hommage au prêtre assassiné la veille pendant une autre messe, à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Algorithmes

Le président de la République assistait à l’homélie et tout semblait s’être passé selon les codes républicains et catholiques. On raconte même que des applaudissements crépitèrent dans l’édifice. Hier 27 juillet, on pleurait un prêtre égorgé devant un autel. D’autres, parfois les mêmes, s’indignaient et dénonçaient cet assassinat en terre républicaine.

Nous sommes aujourd’hui le 28 juillet. Des spécialistes laïcs ont passé le texte cardinalesque au trébuchet des algorithmes. Et cette phrase est apparue, prononcée durant l’homélie :

«  Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation de ces déviances. »

Les gazettes contextualisent. Dans son homélie (un « commentaire de circonstance ») le cardinal archevêque de Paris s’est élevé contre les « peurs » et « silences » de la société française. « C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces », a encore dit Mgr André Vingt-Trois.

A peine voilée

La France est un tissu à vif. Les  propos sur « les déviances des mœurs » sont ici et là interprétés comme une allusion à peine voilée au mariage homosexuel. On rappelle que le cardinal Vingt-Trois a été l’un des opposants les plus actifs au sein de l’épiscopat avant l’adoption de la loi Taubira en 2013.

Corinne Narassiguin est responsable de porter la bonne parole du Parti socialiste. Elle  s’est dite « effarée » que le cardinal « dénonce le mariage pour tous » pendant son « homélie sur l’espérance face au terrorisme ». Esther Benbassa, est sénatrice (Europe Ecologie-Les Verts, Val-de-Marne). Elle a fustigé une « phrase indigne ». Roselyne Bachelot est ancienne ministre de droite, aujourd’hui animatrice de télévision.  C’est « d’une violence inouïe »a-t-elle renchéri. Trois femmes, trois générations, trois indignations.

« Mariage pour tous » ? L’entourage du cardinal archevêque André Vingt-Trois a assuré que cette phrase « visait un ensemble de mesures relatives à la bioéthique, au début et à la fin de vie, à la famille, et se voulait bien plus globale et générale que la question du mariage homosexuel ». Pour certains ces précisions apparaîtront comme encore moins supportables. C’est ainsi que l’on confie, dans son entourage, que le cardinal évoquait là l’ensemble des questions de bioéthiques que soulèvent le début et la fin de la vie humaine. Autant d’abcès sociétaux actuellement observés, sous cloche, par le Comité national d’éthique (où l’Eglise catholique est représentée.

L’Eglise et l’Etat

Il reste pour l’heure, à démembrer la proposition qui associe le «  silence des élites » face à la « déviances des mœurs » et qui poursuit en laissant entendre que ce « silence des élites » est responsable de la « légalisation de ces déviances ». Avec, en toile de fond, les « peurs » et les « silences » d’une société française qui déserte les églises et qui est confrontée à « l’horreur des attentats aveugles» .  Y a-t-il là, prononcée en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris en présence du président de la République et du Premier ministre, un méchant coup porté par le cardinal à la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?

Vincent Neymon est le directeur de la communication de la Conférence des évêques de France. Face à la polémique montante, il défend « le courage d’affirmer ce à quoi on croit » :

« Cette polémique est la parfaite illustration de ce qu’a voulu dire le cardinal : on entend des indignations qui finalement font beaucoup de bruit, alors que si on prenait un peu de recul, on comprendrait que ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Ce n’est pas parce que l’Eglise parle de déviances qu’elle condamne les personnes qui les vivent : elle est même la première à les accueillir. »

 On peut voir, dans ces quelques phrases, une parfaire illustration d’un maniement rhétorique qui n’est pas sans faire songer à la Compagnie de Jésus, cet ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés « jésuites ». Une Compagnie est fondée par Ignace de Loyola et saint François Xavier, dissoute en 1773 et rétablie il y a deux siècles par le pape Pie VII.

A demain

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