Mort d’Adama Traoré : la position intenable du procureur accusé de ne pas dire la vérité

Bonjour

Dans l’affaire Adama Traoré le mystère médico-légal le dispute désormais à l’insupportable. La première autopsie de cet homme de 24 ans n’avait pas permis de conclure. Le procureur parla d’ « égratignures » et de plusieurs organes « très infectés ». Puis il renvoya à plus tard. La famille demanda un deuxième et « contre » expertise. On la lui accorda. Le procureur parla à nouveau. Les égratignures disparurent, de même que l’infection des organes. Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise (ancien doyen des juges d’instruction anti-terroristes au Tribunal de Grande instance de Paris) dit alors que la cause de la mort semblait «  « être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours ». Puis il donna rendez-vous en août pour faire la synthèse au vu des résultats complets des analyses biologiques demandées.

La famille du sujet demande désormais une « troisième autopsie », et ce  toujours pour « découvrir la vérité ». Elle est persuadée qu’il y a eu une bavure des gendarmes et que cette vérité, puisqu’elle ne leur est pas dite par la justice, leur est cachée. Me Frédéric Zajac, l’avocat de cette famille,  sétonne que cette contre-expertise (effectuée mardi 26 juillet à l’institut médico-légal de Paris par un collège de trois experts) « n’ait constaté aucune infection » alors que la première autopsie avait mis en lumière « une grave infection touchant les poumons, le foie et la trachée ». « Le problème, c’est que ce jeune homme de 24 ans est mort d’un syndrome d’asphyxie dont les experts ne peuvent pas déterminer les mécanismes », affirme-t-il 1.

L’hypothèse de l’asphyxie positionnelle

« D’abord une crise cardiaque, après une infection et maintenant une asphyxie… Que nous cache-t-on ? Que s’est-il passé ? Depuis le début, les jeunes du quartier évoquent une interpellation qui s’est déroulée de manière violente », ont réagi les proches du jeune homme dans un communiqué. « Mon frère est mort depuis plus d’une semaine et nous ne savons toujours pas ce qui a provoqué son décès. C’est très difficile de faire son deuil dans ces conditions », y écrit Lassana Traoré.

La mort d’Adama Traoré avait entraîné plusieurs nuits de violences dans la petite ville de Beaumont-Sur-Oise, où il a été interpellé ainsi que dans les communes voisines. La famille a appelé à un nouveau rassemblement samedi 30 juillet  à 16 heures, devant la gare du Nord à Paris, pour réclamer « la vérité ». Deux enquêtes sont menées parallèlement par la section de recherches et l’inspection générale de la gendarmerie. Aucune date n’a été fixée quant à la communication de leurs conclusions. Il serait difficilement compréhensible que la communication du procureur de la République de Pontoise se borne à cette valse-hésitation  qui entretient le risque de trouble à l’ordre public 2. Pourquoi ne pas faire la lumière sur la méthodologie observée par les médecins légistes pour, autant que faire se peut, découvrir la vérité sur les causes de la mort d’Adama Traoré retrouvé mort, le 19 juillet, dans une gendarmerie.

A demain

1 On peut ici, selon plusieurs légistes que nous avons interrogés, raisonnablement  avancer l’hypothèse de « l’asphyxie positionnelle »

2 Le procureur Jannier a annoncé  appris, dans l’après-midi du 29 juillet, que la justice avait rejeté la demande de la famille d’Adama Traoré de réaliser une troisième autopsie.   « Manifestement les actes demandés n’étaient pas de nature à apporter des éléments de réponse » supplémentaires sur les raisons de la mort du jeune homme de 24 ans, a déclaré le procureur de la République de Pontoise. Des prélèvements réalisés sur le cœur d’Adama Traoré ont montré qu’il avait une « pathologie cardiaque », qui « est potentiellement la cause directe » de sa mort, a-t-il ajouté.

 

Une réflexion sur “Mort d’Adama Traoré : la position intenable du procureur accusé de ne pas dire la vérité

  1. La seconde autopsie a-t-elle dit qu’il n’y avait as d’infection ou n’en a-t-elle pas parlé ? Ce n’est pas pareil. Ne pas en parler n’est pas le nier.

    L’hyperthermie : hyperthermie ou fièvre ? Pas pareil même si la température est la même. On ne peut savoir si on ne sait pas s’il y a une infection aiguë ou pas. OU si cette fièvre est une hyperthermie d’effort (lutte/résistance physique à l’arrestation, cocaïne, amphétamines, tout cela n’étant que supposition et faisant peine à dire d’un défunt. Sur un plan médical théorique non ne peut l’écarter.

    L’asphyxie positionnelle par contrainte :
    – ne se voit pas à l’autopsie initialement. Je ne sais pas si l’etude microscopique donne des indice , avez vous recherché à ce sujet ?
    – tend à accuser des gendarmes en nombre suffisant de manque de compétence technique. En nombre insuffisant c’est plus difficile sauf à être très très bon en art martiaux, mais avec un agité furieux c’est très difficile. Si toutefois le défunt était agité, ce que je ne sais pas , le savez-vous , un rapport en parle-t-il ?
    – peut (ou pas) indiquer une résistance, illicite et condamnable de l’interpellé à la force publique. Et si c’est le cas c’est là en fait la cause première de son décès suivie d’autres causes.

    Il serait peut être en vie si (liste non limitative):
    – il n’avait pas fui à la vue de la gendarmerie
    – les gendarmes ne l’avaient pas arrêté
    – les gendarmes l’avaient immobilisé plus scientifiquement (sans l’asphyxier)
    – il n’avait pas résisté (au cas où il aurait résisté)
    – il n’avait pas été fragilisé par des affections médicales (si c’est confirmé)

    Je suppose qu’il n’y aura pas une seule et unique cause et on s’écharpera sur la cause première.
    A moins que les légistes aient caché des choses (pourquoi ? ) ou raté des traces de strangulation ou autres cause de mort.

    Le parti pris de la famille est compréhensible mais injustifié. On ne peut humainement leur demander une analyse froide objective, dans leur extrême douleur.
    Le parti pris des casseurs est une autre histoire, non médicale.

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