Censure: le patron du Football Club de Tours s’en prend personnellement à deux journalistes

 

Bonjour

Au début, avouons-le, on a cru à une forme de plaisanterie corse signée Jean-Marc Ettori. M. Ettori, 65 ans, est président de l’entreprise de tourisme Corsicatours. Il est aussi président du Tours FC, pensionnaire cahin-caha de la de Ligue 2. De 2005 à 2013, il fut  président du club de football de Porto-Vecchio. C’est en juillet 2013 qu’il prend officiellement la succession de Frédéric Sebag à la présidence du Tours FC. Il est alors accueilli comme un messie-mécène sur cette portion royale de la Loire.

Trois ans plus tard le Tours FC est toujours en Ligue 2 mais rien ne va plus avec le titre essentiel de la presse quotidienne régionale qu’est La Nouvelle République du Centre Ouest. Le 29 juillet M. Ettori a refusé à deux journalistes de ce titre  l’accès au match de la première journée de Ligue 2: Tours FC-  AC Ajaccio.

Sanctions exemplaires

L’affaire est reprise par l’Agence France Presse, bientôt suivie par Le Monde. L’Union des journalistes de sport en France (UJSF) a aussitôt réclamé, samedi 30 juillet « des sanctions exemplaires » à son encontre. En ces termes :

« Ce vendredi 29 juillet, lors de la 1ère journée de Ligue 2 de football, deux journalistes professionnels se sont vu refuser l’accès d’un stade et n’ont pas pu librement exercer leur métier d’informer.

Au stade de la Vallée-du-Cher à Tours, avant la rencontre Tours FC – AC Ajaccio, nos confrères de la Nouvelle République du Centre Ouest, Frédéric Launay et Jean-Eric Zabrodsky, ont été interdits d’accès dans l’enceinte du stade par la sécurité, sur ordre des dirigeants du club du Tours FC et particulièrement son président, Jean-Marc Ettori.

La veille déjà, les journalistes de La Nouvelle République du Centre Ouest avaient été refoulés de la conférence de presse d’avant-match.

Ce vendredi, l’UJSF a immédiatement alerté les dirigeants de la Ligue de Football Professionnel pour dénoncer la situation. Cette dernière est intervenue très rapidement auprès de son délégué missionné à Tours. Le délégué a alors pris l’initiative de faire accéder nos confrères dans la tribune de presse.

Mais à quelques minutes du coup d’envoi, les services de sécurité ont expulsé « lâchement » Frédéric Launay, sur ordre du président. Prenant autorité sur la décision du représentant de la LFP sur ce match, qui si près du coup d’envoi, ne pouvait plus intervenir.

« Malaise »

Cette attitude d’un autre âge et d’une autre ère est une entrave grave à la liberté d’informer dans un état démocratique, mais aussi une violation caractérisée de la convention LFP-FFF-UJSF.

Jean Eric Zabrodsky est également le syndic qui représente l’UJSF à Tours depuis plus de 30 ans. Lors de cet incident, juste avant l’intervention du délégué, il a été pris d’un malaise et conduit aux urgences. Un rapport de cause à effet que condamne l’UJSF tout en apportant à nouveau tout son soutien et ses vœux de rétablissement à son syndic.

L’UJSF demande solennellement à la LFP et à son directeur général, Didier Quillot, que non seulement pareils faits ne se reproduisent plus mais aussi, que le la LFP prenne des sanctions exemplaires à l’encontre du Tours FC.

Aussi, l’UJSF transmettra dès lundi le dossier à son cabinet d’avocat pour qu’il étudie toutes suites à donner à cette affaire, dont celle d’engager des poursuites judiciaires. »

Instrumentalisation

Pour sa part M. Ettori met en cause le travail des deux journalistes dans leur suivi du club.  « Pendant six mois, deux journalistes de La Nouvelle République n’ont eu de cesse de salir le club et son président et d’instrumentaliser une rétrogradation (…), ce qui aurait entraîné le dépôt de bilan d’une structure qui fait travailler 300 personnes », explique-t-il. M. Ettori dénonce d’autre part les caricatures diffusées selon lui sur Twitter par l’un des deux journalistes.

Bruno Bécard, rédacteur en chef de La Nouvelle République, assure que « les portraits caricaturaux que Jean-Marc Ettori évoque n’ont pas été réalisés par des journalistes de La Nouvelle République. Le président se trompe quand il les attribue à notre journal. » «  Quant aux articles qui ont évoqué le bilan financier du club, il avait tout loisir de les démentir et peut d’ailleurs toujours s’exprimer dans le journal, s’il veut les réfuter », a ajouté M. Bécard.

Entrer, voir, raconter

Au final, donc, aucune plaisanterie, ni corse ni ligérienne. On pourrait certes sourire de la dimension picrocholine de l’affaire. Soutenir qu’un journaliste peut entrer dans un stade et faire son métier sans être dans la « tribune de presse ». Imaginer que tout cela n’est pas si grave. Que le journalisme sportif n’est pas d’une importance aussi considérable que le journalisme politique. Que le gentil petit stade de la Vallée-du-Cher (à Tours) n’est pas le Palais de L’Elysée (rue du Faubourg-Saint-Honoré).

On aurait tort. C’est ici et là le même métier. Les journalistes doivent pouvoir entrer, pouvoir voir et pouvoir raconter là où la où le droit leur permet. S’y opposer est une entrave à la liberté d’informer. Une entrave contagieuse: une entrave qui assujettit ; une entrave qui, au plus vite et sans cris, se doit d’être levée.

A demain

2 réflexions sur “Censure: le patron du Football Club de Tours s’en prend personnellement à deux journalistes

  1.  » ligérienne »
    Ha ha ! Je vois que le mimétisme s’opère avec le journalisme sportif.
    Les ligériens vont s’ajouter aux bataves, helvètes, lusitaniens et hellènes !
    Seriez-vous taquin ?

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