Vacciner les enfants contre l’addiction aux créatures volantes sur leurs écrans ?

 

Bonjour

Non, ce n’est pas une nouvelle chasse aux papillons. Avec Pokémon Go® nous entrons massivement dans la réalité dite « augmentée ». Résumons, comme on vient de nous le résumer : voilà un jeu qui, chez les moins de 40 ans, pourrait devenir une addiction. Certains en doutent (« Pourquoi la folie Pokémon va retomber ») mais l’objet, pour l’heure, bat déjà tous les records de téléchargement aux Etats-Unis comme dans certains pays du Vieux Continent.

C’est une forme moderne de jeux de piste et de chasses au trésor – mais sans vraie piste et, bien sûr, sans trésor. Soit partir à la recherche de pokémons virtuels (pléonasme). Pokémons ? Il ne s’agit nullement du verbe poker à la première personne du pluriel. Ce sont des elfes-papillons vivant (plus ou moins) en harmonie avec les humains réels – des choses improbables ne vivant pas dans des vrais lieux, dans la vraie vie. Quoique.

Objectif : les capturer, les chasser, les dresser, les couver, faire éclore virtuellement leurs œufs virtuels.

Faits aux pattes

Voilà donc le dernier fruit de l’ingéniosité humaine,  millésimée 2016 : un jeu, gratuit, uniquement téléchargeable sur téléphone, fonctionnant grâce aux données de géolocalisation et à l’appareil photographique du mobile. Résumons encore : à l’approche d’un Pokémon (qui n’existe pas), le téléphone se met à vibrer et lorsque la néo-créature apparaît virtuellement sur l’écran. Viser (avec l’appareil photo du smartphone) et lancer une Poké Ball® –non pour l’abattre mais pour l’attraper…La capture de Pokémons et la récolte d’objets dans des « PokéStops® » permettent de changer de niveau et de participer à des compétitions. C’est ainsi, sans jamais avoir lu Fiodor Dostoïevski, que le joueur est fait aux pattes.

Fiodor courait l’Europe des casinos en quête de lui-même. Aujourd’hui les joueurs/dresseurs parcourent des kilomètres à la recherche des petites créatures. « Ils augmentent ainsi leur niveau d’activité physique et leur taux de vitamine D ! Aussi, la chasse aux Pokémons pourrait, selon joueurs et experts, améliorer l’humeur grâce au lien social qui se créé entre les joueurs et à l’activité physique, deux paramètres connus pour diminuer l’anxiété, la dépression et améliorer les fonctions immunitaires » résume, sans rire, le site Medscape.fr : « Fièvre du Pokemon Go : 5 conseils pour protéger les enfants de la réalité ‘’augmentée’’ » (Aude Lecrubier, Brenda Goodman, Tim Locke).

Pot de beurre

Pour autant  l’affaire n’est pas exempt de dangers comme jadis pouvait l’être le transport d’un petit pot de beurre à sa grand-mère en traversant la forêt. Au Royaume-Uni, la National Society for the Prevention of Cruelty to Children  a réagi rapidement et a publié quelques recommandations à destination des parents 1. Où l’on voit que l’interdiction brute de jouer n’est pas une option pouvant être envisagée. Et qu’il n’y a pas de limite (inférieure) d’âge. Extraits :

« Si un enfant va trouver quelques Pokémons près de chez lui, il devra probablement parcourir quelques kilomètres de plus pour en trouver d’autres…Il est donc recommandé de lui préciser jusqu’à quelle distance il peut s’éloigner du domicile. En outre, les Pokémons peuvent apparaître dans des lieux privés où il n’a pas le droit d’entrer (certains délits ou actes de vandalismes ont d’ailleurs été commis dans des propriétés privées sous prétexte de chasse aux Pokémons). Enfin, dans les endroits non-familiers, il est préconisé de jouer avec des amis et/ou en famille, de respecter les lois locales et les lieux visités. (…)

Le jeu peut rassembler plusieurs joueurs autour des lieux où les Pokémons sont « présents ». La NSPCC met donc en garde contre de possibles mauvaises rencontres, notamment entre enfants et adultes. Attention également aux vols de portables sur les lieux où se trouvent les Pokémons. »

Canards du Luxembourg

Pokémon Go® et état d’urgence ? En France, les attroupements dans certaines zones sensibles sont déconseillés. Le Figaro précisait il y a quelques jours que le Sénat avait déjà interdit une gigantesque chasse aux Pokémons organisée entre les gentils canards des bassins du Jardin du Luxembourg. C’était la veille de la tuerie de Nice … La gendarmerie nationale a d’ores et déjà tweeté : « Conducteurs, ne jouez pas à Pokémon Go®. Piétons, redoublez d’attention ». Le sang versé, ici, n’aurait rien de virtuel.

Attention au caractère chronophage de l’affaire. Savoir que si le jeu est téléchargeable gratuitement des crédits supplémentaires payants permettent d’augmenter votre niveau. Soit 95 euros le bonus de 14 500 Pokécoins® virtuels. Comme dans les tous les casinos.

A demain

1 “Pokémon Go: a parent’s guideTips and advice for keeping children safe on Pokémon Go”. Pour l’heure les institutions sanitaires françaises ne semblent pas s’être saisies de ce dossier. Cela ne saurait tarder.

 

 

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