Après le pain de Jean Valjean, la boîte de sauce tomate de la caissière d’Auchan, à Tourcoing

 

Bonjour

Victor Hugo avait tout inventé, à l’exception  de la CGT. C’est elle  qui, aujourd’hui accuse la direction d’Auchan City de Tourcoing après le licenciement d’une caissière. Elle aurait selon la direction de l’entreprise « intentionnellement fraudé ». Le syndicat ouvrier  conteste cette version et s’indigne d’une telle sanction au regard du préjudice : 85 centimes d’euros

L’employée est âgée de 41 ans. Elle est  préposée aux caisses-minute –là où les innombrables clients scannent eux-mêmes, gratuitement, leurs achats.  L’affaire vient d’être révélée par le quotidien Nord-Eclair : « Hôtesse de caisse d’Auchan « licenciée pour 0,85 € » : symbole de l’oppression ou de la fraude ? ». Les faits datent du 8 juillet dernier.

Préjudice financier

Selon Habib Hamdoud, délégué syndical CGT à Auchan City (interrogé par l’AFP) une cliente aurait, lors de son passage devant les caisses-minute  « volé » une boîte de sauce tomate, d’un montant de 85 centimes, avant d’être interpellée par le personnel de sécurité à la sortie de ce magasin de centre-ville.

« Cette cliente a tout mis sur le dos » de l’employée, qui a été mise à pied à titre conservatoire pour faute grave, rapporte le responsable syndical. Puis elle a été licenciée, ainsi que l’a confirmé à l’AFP un porte-parole de la direction. Ce dernier affirme au contraire que l’employée s’est livrée « à une série de manipulations frauduleuses, comme l’utilisation non appropriée de bons de réduction, l’annulation de paiement de certains produits et le non-enregistrement d’autres ».

La direction ne chiffre pas précisément le préjudice financier, évoquant seulement « quelques euros ». Elle ne « spécule pas » non plus sur une éventuelle complicité. Une employée, 41 ans, trois enfants, syndiquée CGT, « caissière à temps partiel » « aucun antécédent », « n’a jamais été en arrêt maladie », « ne pouvait avoir l’œil sur toutes les caisses ». La CGT « ne voit pas l’intérêt pour une hôtesse de risquer de perdre son boulot pour une boîte de sauce tomate ». Le syndicat  « exige sa réintégration dans ce magasin ou un autre ».

Engraissement

Il faut, ici, lire Nord Eclair. Extraits :

« Certains voient là l’attitude du grand patronat oppresseur des plus faibles. Les Mulliez en prennent pour leur grade et certains en appellent au boycott des magasins comme Régis G, Michel G. ou Philippe D. «  Faites comme moi, répertoriez les enseignes et arrêtez de les engraisser  », clame Chantal D. ou Abdelmadjid M.

Les défenseurs de la caissière pointent aussi les caisses automatiques. «  Il faut arrêter de vouloir faire du chiffre en mettant des caisses minute partout. Cela crée le chômage : une personne pour surveiller six caisses  », dénoncent François-Xavier W. et Serge P. Enfin, le dernier carré des défenseurs voit dans cette affaire une illustration de la loi travail, combattue au printemps par plusieurs syndicats. «  Ça ne fait que commencer  », prophétise Nelly B.

 Les détracteurs de la caissière citent le proverbe. « Qui vole un œuf vole un bœuf. » Voici ce qu’écrivent plusieurs internautes comme Grégory B ou Jean-Paul L. Pour Bunchil, «  un vol reste un vol. Si on laisse faire pour 0,85 €, dans dix ans on dira la même chose pour 100 €.  » Même sentiment pour Pascal L. «  Peu importe le montant, c’est le geste qui compte. Elle est mise en arrêt maladie avant l’entretien. Nous comprenons donc que son employeur perde confiance en cette salariée, le licenciement est donc bien justifié.  »

Le plus sage affirme Nicolas597871 est de s’en remettre à la justice. «  Le tribunal des prud’hommes va écouter les deux versions, les vérifier et rendre un jugement. S’il s’agit d’une erreur de 85 centimes, bien évidemment, Stéphanie aura gain de cause ». »

Les prud’hommes n’existaient pas au temps de Victor Hugo, pas plus que les Auchan City ni que l’Association familiale Mulliez.  En 1795 Jean Valjean a 26 ans et vit non loin de Tourcoing. L’hiver, glacial, va condamner sa famille à la mort par disette :

Bras ensanglantés

« Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l’église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu’il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d’un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l’emporta. Isabeau sortit en hâte ; le voleur s’enfuyait à toutes jambes : Isabeau courut après lui et l’arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C’était Jean Valjean. »

Il y a deux cents ans un homme arrivait à Montreuil-sur-Mer et sauvait deux enfants d’un incendie. On ne lui demande pas ses papiers d’identité. On connaît la suite. Qui sera, à Tourcoing, le Javert de la caissière ? Et pour qui, aujourd’hui, travaille-t-il ?

A demain

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