Adama Traoré : le président de SOS Racisme dénonce le procureur de la République.

Bonjour

Plus qu’une tribune c’est une attaque violente en forme de lettre ouverte. On peut la lire dans Libération : « La deuxième mort d’Adama Traoré »  Elle est signée Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Où l’on revient sur la mort de ce jeune homme de 24 ans, diagnostiqué mort  le 19 juillet 2016 dans une gendarmerie quelques minutes après son interpellation mouvementée par les forces de l’ordre.

Mensonges

Dans sa « lettre ouverte à Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise », Dominique Sopo reprend les grandes lignes des éléments désormais bien connus : une série de tâtonnements diagnostics médico-légaux associés à une communication parcellaire et contradictoire de M. Jannier.

« Quasi instantanément, comme pour orienter avec vigueur les regards vers la responsabilité de la victime elle-même et d’un malheureux concours de circonstances médicales, se produisit un schéma malheureusement habituel : la communication déployée en direction des médias, de façon anonyme ou de façon ouverte par vos soins, sombra dans ce qu’il est convenu en bon français de qualifier de mensonges, fussent-ils pour certains le fruit d’omissions. »

Pour M. Sopo (et d’autres) tout semble s’être passé comme si le procureur de la République avait, d’emblée, voulu écarter, autant que faire se pouvait, la question de la responsabilité des gendarmes ayant procédé à l’interpellation.  Il fallait, pour cela, ne pas évoquer l’hypothèse à laquelle avaient immédiatement songé les différents légistes que nous avions contacté, celle de « l’asphyxie positionnelle ». Ce qui fut fait. Une position qui allait vite se révéler « intenable » : celle du procureur « accusé de ne pas dire la vérité ».

Ecrans médiatiques de fumée

La lettre ouverte de M. Sopo est lourde, excessive diront certains :

«  Un homme est mort pendant le temps où il était aux mains de la gendarmerie – c’est-à-dire aux mains de la République – et vous vous précipitez devant la presse pour créer un écran de fumée entre la vérité d’un côté et la famille tout autant que l’opinion publique de l’autre.

 « Adama Traoré, mort dans des circonstances troubles qui commandaient une investigation guidée par la rigueur, le respect et la vérité, est en quelque sorte mort une seconde fois lorsque vous avez parlé du haut de votre autorité de représentant de la République.

« Votre attitude est peut-être le fruit d’une panique liée aux émeutes que le décès d’Adama Traoré a entraînées. Mais une panique peu admissible lorsque l’on occupe vos fonctions. A moins que cette attitude ne reflète un mépris insupportable : le mépris de celles et de ceux qui estiment que la mort de certains fait partie des aléas de l’interaction entre les forces de l’ordre et des jeunes de quartiers populaires d’origine maghrébine ou subsaharienne.  Nous ne savons pas si Adama Traoré est mort d’être un Noir de quartier mais votre communication entretient un rapport brutalement caricatural avec ces caractéristiques du défunt. »

Anomalie cardiaque ?

Puis M. Sopo pose une série de questions. Les voici : « Pourquoi Adama Traoré s’est-il enfui à la vue de gendarmes ? » ;  « Pourquoi les gendarmes ont-ils couru derrière Adama Traoré alors qu’il n’était pas concerné par l’opération en cours ? » ; « Quel est le fondement de l’interpellation d’Adama Traoré ? – Le fait de courir est-il dans notre pays constitutif d’un délit nécessitant une interpellation aboutissant à un menottage à l’issue de l’utilisation de la technique du plaquage ventral ? ».

Reste l’essentiel, qui est du ressort du  médico-légal:  de quoi Adama Traoré est-il mort ? Le procureur de la République a annoncé que les résultats des dernières expertises (toxicologiques et anatomopathologiques notamment) étaient attendus « courant août ». Mais Dominique Sopo anticipe :

« S’il se confirmait qu’Adama Traoré était frappé d’une anomalie cardiaque ayant provoqué une crise cardiaque puis l’asphyxie, cause du décès, c’est avec appréhension que je vous imagine dans le triomphe malsain de celui qui aurait eu d’emblée raison d’écarter – même de façon subliminale – la responsabilité des gendarmes. »

Plus qu’une tribune, plus qu’une lettre ouverte, c’est une charge politique.

A demain

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