Bioéthique : le Conseil d’Etat entrouvre gentiment la porte à la pratique de la GPA en France

 

Bonjour

La loi française interdit la pratique des mères porteuses (deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende). Le Conseil d’Etat a, mercredi 3 août,  pris une décision qui, de facto, entrouvre la porte à cette pratique – une pratique dans lequel le législateur voit un nouvel esclavagisme. Mandé du Palais-Royal:  « Enfant né à l’étranger et autorisation d’entrer sur le territoire ».

L’histoire est plus qu’édifiante. La voici :

« Mme A., ressortissante française, a demandé à l’ambassade de France en Arménie un laissez-passer consulaire pour lui permettre de regagner le territoire français en compagnie d’un enfant, né en Arménie le 24 juin 2016, et dont l’acte de naissance, établi par le service d’état-civil arménien, indiquait qu’elle était sa mère. L’ambassade a refusé de délivrer le laissez-passer consulaire après avoir estimé que cette naissance résultait d’une convention de gestation pour autrui et que, dès lors, Mme A. ne pouvait être regardée comme mère de l’enfant.

Mme A. a alors saisi le juge des référés du tribunal administratif de Paris, par la procédure d’urgence dite du référé-liberté, pour qu’il ordonne la délivrance d’un document de voyage permettant l’entrée de l’enfant sur le territoire français. Le juge des référés du tribunal administratif de Paris a ordonné la délivrance d’un laissez-passer consulaire par une ordonnance du 26 juillet 2016. Le ministre a fait appel de cette ordonnance devant le Conseil d’État.

La procédure du référé liberté, prévue par l’article L. 521-2 du code de justice administrative, permet au juge d’ordonner, dans un délai de quarante-huit heures, toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une administration aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Pour obtenir satisfaction, le requérant doit justifier d’une situation d’urgence qui nécessite que le juge intervienne dans les quarante-huit heures.

Le juge des référés du Conseil d’État a d’abord constaté l’existence d’une telle situation d’urgence, dès lors que la requérante doit pouvoir revenir en France dans les plus brefs délais pour y exercer sa profession libérale et que son départ d’Arménie y laisserait l’enfant, âgé de six semaines, sans personne pour en assumer la charge. »

Intérêt supérieur de l’enfant

Ici, comme l’on voit, les deux parties s’opposent sur la nationalité française de l’enfant. En principe, un laissez-passer consulaire est délivré à une personne démunie de titre de voyage après vérification de sa nationalité française. Dans ces conditions, le juge des référés du Conseil d’État a estimé que le litige soulevait une question sérieuse de nationalité qu’il n’appartient pas au juge administratif de trancher. Il a donc infirmé, sur ce point, l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Paris et a statué sans se prononcer sur la nationalité de l’enfant.

En l’espèce, le juge des référés du Conseil d’État a relevé qu’il résulte de l’acte de naissance arménien que la requérante exerce l’autorité parentale sur l’enfant né le 24 juin dernier dont elle assume seule la charge.

Estimant que l’ » »intérêt supérieur de l’enfant » impliquait, dans les « circonstances particulières de l’espèce », de ne pas séparer l’enfant de la requérante, le juge des référés du Conseil d’État a enjoint au ministre des Affaires étrangères et du Développement international de délivrer, à titre provisoire, à l’enfant un document de voyage lui permettant d’entrer sur le territoire national en compagnie de Mme A.

Bonneteau et chantage adminsitratif

Où l’on voit qu’un jeu de bonneteau administratif et de chantage affectif permet de ruiner une disposition législative et éthique anti-esclavagiste. Le marché arménien des mères porteuses ne s’en portera que mieux. C’est là une première et le Conseil d’Etat ne rechigne pas à faire des premières, comme on l’avait vu dans l’affaire Vincent Lambert. On retiendra cette phrase :

« Le Conseil d’État ordonne au ministre des Affaires étrangères de laisser rentrer sur le territoire un enfant né en Arménie, quand bien même sa naissance résulterait d’une convention de gestation pour autrui. »

L’articulation du « quand bien même » est admirable. Elle permet de tout autoriser. Tout autoriser en se voilant la face pour ce qui est des conséquences, symboliques et matérielles. Car le Conseil d’Etat se garde bien d’empiéter sur le domaine du législateur. « La solution retenue réserve donc entièrement la question de la filiation juridique entre la requérante et l’enfant ainsi que celle de la nationalité de ce dernier » explique-t-il.

Oublions Salomon. Rien de changé, au fond,  depuis Ponce Pilate et le jugement que l’on sait.

A demain

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