Bioéthique. Mi-hommes, mi-bêtes : voici bientôt venu le temps des chimères américaines

 

Bonjour

En France, l’heure est toujours aux vagues terroristes. Urgent : Martine Aubry vient d’annuler la grande braderie de Lille. On brade la braderie. Les opinions sont partagées. Victoire de l’Etat islamiste ? Principe de précaution savamment soupesé ? Pourquoi ne revient-on pas, comme aux temps de la vache folle à la dissociation entre l’évaluation scientifique du risque et, ensuite, à sa gestion politique ?

Au Brésil, ouverture des Jeux Olympiques d’été. Premiers JO à l’ombre d’un virus : Zika. Puis, venue des Etats-Unis, un papier du New-York Times et une dépêche de l’Agence France Presse :

« Le gouvernement américain pourrait bientôt débloquer des fonds pour financer la recherche associant des cellules souches humaines à des embryons animaux, une perspective qui soulève une multitude de questions éthiques et scientifiques.

Ils ouvrent d’immenses perspectives médicales, depuis le traitement de maladies dégénératives jusqu’à la création d’organes destinés à des greffes… mais suscitent aussi des questions si profondes que les Instituts nationaux américains de santé (NIH), qui dépendent du ministère américain de la Santé, avaient placé il y a un an un moratoire sur ce type de travaux. Après avoir consulté chercheurs, biologistes et spécialistes du bien-être des animaux, le NIH se propose de lever ce moratoire, ouvrant la porte au financement public de ce type de recherches. »

C’est là une annonce d’une portée éthique considérable : seraient alors autorisées les expériences « où des cellules humaines pourraient apporter soit une contribution substantielle soit une modification fonctionnelle substantielle au cerveau de l’animal » (communiqué des NIH). Et, dans un souci bien compris d’apparence démocratique, ces mêmes NIH ont ouvert une période de 30 jours pour que spécialistes et grand public soumettent leurs commentaires en ligne.  Après cette période, l’organisme décidera ou pas de lever le moratoire.

A dire vrai on pressent bien que les jeux sont faits. Les échanges conduits depuis un an ont, selon les NIH,  « démontré que bien que créer des modèles chimériques comporte des défis importants, il existe un intérêt et un potentiel évident derrière l’idée de produire des modèles animaux avec des tissus humains ou des organes permettant d’étudier le développement humain, les pathologies et les greffes d’organes ».

Cochons avec cortex humains

« Imaginons que nous ayons des cochons dotés de cerveaux humains et qu’ils se demandent pourquoi on conduit des expériences sur eux – ou que nous ayons des corps humains dotés de cerveaux animaux et que nous nous disions alors : eh bien, ils ne sont pas vraiment humains, nous pouvons les soumettre à des expériences et y cultiver des organes » avance Stuart Newman, chercheur au New York Medical College. « Même si la proposition du NIH n’implique pas pour l’instant de travailler à la création d’animaux dotés de cerveaux humains complets, nous n’avons pas de lois dans ce pays permettant de l’empêcher, proclame-t-il. J’envisage des scénarios extrêmes mais le simple fait de créer ces embryons chimériques était considéré comme un scénario extrême il y a encore 15 ou 20 ans. »

L’AFP précise que c’est précisément il y a vingt ans que Stuart Newman avait déposé une demande de brevet sur une chimère humaine-animale : non pas parce qu’il comptait en créer une mais parce qu’il voulait attirer l’attention sur ses dangers potentiels. Il avait donc pris comme une victoire le rejet de sa demande par le bureau américain des brevets en 2005. M. Newman ne voit pas le temps passer.

Panels de chimpanzés et de souris

Et puis il a l’autre camp. « En ce qui concerne la recherche sur la schizophrénie ou Alzheimer et la dépression, nous ne pouvons pas étudier les cellules du cerveau d’humains souffrant de ces maladies car nous ne pouvons pas ouvrir les cerveaux de personnes encore vivantes, observe Robert Klitzman, directeur de programme sur la bioéthique de l’université de Columbia. L’initiative du NIH est donc un grand pas dans la bonne direction » [au vu de] l’immense potentiel d’aider des millions de personnes ».

Mais il est essentiel, selon lui,  que des spécialistes de l’éthique participent au comité de pilotage des NIH. « Nous ne voulons pas d’une souris ou d’un chimpanzé qui disposerait tout à coup de qualités [de type] humaines, car cela poserait des questions morales. »

La consultation des NIH ne prévoit pas de demander l’avis d’un panel de chimpanzés, ni d’un panel de souris. On aimerait pourtant bien connaître leur avis.

A demain

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