Assoiffées de sang, les moustiques femelles du paludisme ne sont pas insensibles au sucre

Bonjour

Palu, dengue, Zika etc. Les moustiques, voilà bien les ennemis du genre humain…. Et ce d’autant plus que l’entomologie est une discipline en voie de disparition. Les rares entomologistes encore en exercice vous le diront.

Et puis, ici ou là, une découverte qui laisse entrevoir l’Eldorado médical et scientifique que constituent les milliards de milliards de moustiques. Aujourd’hui c’est la publication d’une étude internationale, conduite par des chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), du CNRS et de l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS, Burkina Faso). On trouve cette publication dans PLOS Pathogens 1. Elle révèle que les sources naturelles de sucre contenues dans les plantes et les fruits consommés par les moustiques influencent la transmission du paludisme. On comprend dès lors que ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives dans la lutte contre ce fléau mondial (plus de 430 000 décès prématurés chaque année, dont 90 % sur le continent Africain.

Banquets sanguins

Chacun sait que ce ne sont pas les moustiques qui font le paludisme, mais bien un parasite, (le plus souvent Plasmodium falciparum ) – un parasite transmis à l’homme uniquement par des moustiques femelles vectrices du genre Anopheles. Ces moustiques femelles en charge de la reproduction de leur genre se nourrissent de sang (humain et animal). De ce point de vue leurs piqûres ne sont que des « banquets sanguins » contagieux  2.

« Mais ces mêmes insectes piqueurs se repaissent aussi de sources naturelles de sucres végétaux, comme le nectar des plantes, nous explique l’IRD.  Des études récentes ont montré que cette alimentation sucrée avait un impact sur la durée de vie des moustiques. Cependant, la manière dont la diversité des plantes affecte la capacité des moustiques à transmettre le paludisme (en agissant sur les interactions hôte/pathogène) demeurait jusqu’à présent peu connu. »

Nectars de Bobo Dioulasso

Les auteurs du travail publié aujourd’hui dans PLOS Pathogens se sont intéressés à l’alimentation du moustique Anopheles coluzzii, (cousin germain d’ Anopheles gambiae) un des vecteurs majeurs de Plasmodium falciparum en Afrique subsaharienne. Ils ont étudié l’incidence des sources naturelles de sucre contenues dans différentes plantes sur les interactions entre le moustique et le parasite responsable du paludisme.

En laboratoire, les chercheurs ont nourri des moustiques avec des sucres naturels, issus de nectars de plantes ornementales (Barleria lupilina et Thevetia neriifolia) et de fruits (mangue et raisin sauvage) collectés dans les jardins et parcs de la superbe cité de Bobo Dioulasso (Burkina Faso). Ecoutons les chercheurs nous expliquer :

« Un groupe de moustiques témoin a quant à lui reçu une solution d’eau glucosée à 5 %. 24h après, les moustiques se sont vu offrir un repas de sang infecté par Plasmodium falciparum. Pendant 14 jours (durée de développement du parasite dans le moustique), nous avons poursuivi leur alimentation avec l’une des sources de sucre (fleur, fruit ou solution glucosée).

« Des observations microscopiques combinées à une modélisation épidémiologique nous ont révélé que l’alimentation en sucres naturels influençait significativement le développement du parasite, la fécondité des moustiques ainsi que leur longévité. Ainsi, les vecteurs nourris à base de nectar de T. neriifolia ont montré une baisse de 30 % de leur capacité de transmission du paludisme, alors que ceux gorgés de nectar de L. microcarpa et de B. lupilina voyaient leur potentiel de transmission augmenter respectivement de 30 et 40 %. »

Moustiques diabétiques

Cette étude montre selon eux, pour la première fois, que les sources naturelles de sucres peuvent moduler les « interactions vecteurs-pathogènes ». Les mécanismes d’actions précis sont certes encore inconnus, mais les auteurs sont déjà sur une piste : des composés métabolites secondaires toxiques pour le parasite pourraient être impliqués. Les travaux se poursuivront sur une plus large gamme de plantes – et ce afin d’identifier des espèces qui pourraient potentiellement bloquer la transmission du parasite.

Les chercheurs envisagent également des études complémentaires : sur les préférences comportementales des moustiques (sains et infectés) pour différentes plantes ayant des propriétés antiparasitaires variées. Plus généralement ces résultats laissent entrevoir de nouvelles stratégies de lutte contre le paludisme, comme par exemple la plantation « d’espèces végétales qui affectent négativement la capacité vectorielle des moustiques ».

On peut le dire autrement : remplacer, dès que possible, les banquets sanguins par un banquet sucré. L’humanité y a, globalement, toujours gagné.

A demain

1Plant-Mediated Effects on Mosquito Capacity to Transmit Human Malaria

Published: August 4, 2016 – http://dx.doi.org/10.1371/journal.ppat.1005773

Domonbabele F. d. S. Hien , Kounbobr R. Dabiré, Benjamin Roche, Abdoulaye Diabaté, Rakiswende S. Yerbanga, Anna Cohuet, Bienvenue K. Yameogo, Louis-Clément Gouagna, Richard J. Hopkins, Georges A. Ouedraogo, Frédéric Simard, Jean-Bosco Ouedraogo, Rickard Ignell, Thierry Lefevre

2 Lire, sur ce blog « Moustiques: le mystère de leur attirance pour certains humains en passe d’être résolu » (25 avril 2015)

Une réflexion sur “Assoiffées de sang, les moustiques femelles du paludisme ne sont pas insensibles au sucre

  1. Je ne vois pas d’application de cette science fondamentale à moins de faire d’impossibles gigantesques c…ies écologiques dont personne n’a les moyens.
    Quelqu’un voit ?

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