Jouer avec sa peau. Qui dira aux grands tatoués qu’ils sont (peut-être) en grand danger ?

 

Bonjour

L’Euro, puis les J.O. de Rio : sur la peau et les écrans le tatouage ne cesse de gagner du terrain. Les déshabillés de l’été ne font que confirmer : discrets ou pas les tatoué(e)s dont légion. La presse écrite imprimée sur papier suffoque, les encres d’imprimerie s’injectent désormais sous le derme des connectés. C’est parfois charmant, souvent de mauvais goût, repoussant, inquiétant. Une humanité en deux parties : les tatoués-percés  volontaires et les autres. Les Eglises semblent ne rien dire à ce sujet tandis que les clients fidèles de la laïque SNCF savent que bien des contrôleurs  sont, désormais, concernés.

« Body Art » et féminisme. Sur les plages : épidémie de tatouages affichés versus burkinis interdits. Cela pourrait être le feuilleton de l’été. Expansion sans fin de l’individualisme cutané opposé au dernier symbole en date du communautarisme…. A la veille de l’Assomption Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret) abordait le sujet cutané sous l’angle sanitaire : « Alerte aux tatouages ! Un rapport pointe les risques cancérigènes ».  Un sujet d’été également traité par The Mirror : Tattoo inks can give you cancer – and one colour is the most dangerous

Les regrets des tatoués

Le « rapport » ? Il est européen, commandé par la Commission à son « Joint Research Centre ». C’est un sujet sur lequel l’Union s’est penchée, 12% des Européens étant tatoués (20% des Français de 25 à 34 ans) : “Safety of tattoos and permanent make-up: Final report”. Les inquiétudes croisent, désormais, avec celles générées par l’usage de produits toxiques interdits dans les cosmétiques (hydrocarbures polycycliques -HPA, métaux lourds, amines aromatiques etc.).  Or les produits de tatouages (injectés sous la peau) peuvent contenir des substances potentiellement dangereuses… Que font les polices sanitaires ? Où sont les sociétés savantes de dermatologie  1 ?

Le Journal du Dimanche rapporte, précisément, le combat mené par une dermatologue belge : la Dr Christa De Cuyper qui évoque les regrets des tatoués prenant conscience des risques auxquels ils se sont exposés (voir sa vidéo ici). Le relais est assuré, en France, par le toxicologue André Cicollela, président du Réseau environnement santé inquiet de la présence de chrome, de nickel ou d’HPA :

« C’est du grand n’importe quoi : ces substances sont impliquées dans le risque de cancer en général et certaines sont des perturbateurs endocriniens, on fait encore comme si le risque chimique n’existait pas.»

Les encres dans la peau

Le risque cancérigène avait été analysé l’an dernier dans une publication du Lancet reprise sur ce blog : « Tattoos, inks, and cancer » :

« L’introduction dans le derme de pigments et de colorants exogènes pour obtenir un design permanent (tatouage) représente une situation unique in vivo, où une grande quantité de sels métalliques et des colorants organiques restent dans la peau pour la durée de vie du porteur. Les effets cancérogènes locaux et systémiques potentiels de tatouages et encres de tatouage restent flous. 

« Plusieurs études ont mis en lumière la présence de produits cancérigènes ou pro-carcinogéniques potentiels dans les encres de tatouage. Nous avons longuement examiné la littérature et constaté 50 cas de cancer de la peau sur les tatouages: 23 cas de carcinomes à cellules squameuses et kératoacanthome, 16 cas de mélanome, et 11 cas de carcinome basocellulaire. Le nombre de cancers de la peau résultant de tatouages est apparemment faible, et cette association doit être considérée à ce jour comme une coïncidence. »

Responsabilités

On peut le dire autrement : «Il n’y a aucune preuve que ces ces ingrédients soient sans risque pour le corps», prévient le Dr Andreas Luch (Department of Product Safety at the Federal Institute for Risk Assessment (BfR), Berlin).

Qui dira aux grands tatoués qu’ils sont (peut-être) en grand danger ? Où se situent, dès aujourd’hui, les (éventuelles) responsabilités ? Prenons-nous goût à nous effrayer pour un rien ?

A demain

1 Lire ici la mise au point du dermatologue finlandais Nicolas Kluger en réponse au syndicat national français des dermatologues-vénérologues:

http://www.sfdermato.org/media/pdf/libre-opinion/taoo3-5e84bb1e7efe2bf8abc585af4b715bac.pdf

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