Dépakine®: voici revenu le temps des mea culpa, des accusations et des nouvelles équations

 

Bonjour

Dépakine® ? Le Dr Dominique Martin s’exprimait ce matin sur Europe 1. Il y était présenté, lapsus,  comme le « directeur régional de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé » (ANSM). Europe 1 est une radio dans les difficultés et le Dr Dominique Martin ne l’est pas moins. On peut le voir et l’entendre ici.

Le directeur général de l’ANSM développe, au lendemain de la publication du dernier rapport officiel sur le sujet, les propos qu’il esquissait il y a quelques jours au « Téléphone sonne » de France Inter. « Il faut reconnaître que c’est un drame et qu’il faut participer à la recherche de la vérité. Les risques sont connus depuis longtemps, ils ont été introduits progressivement dans les documents destinés aux médecins, plus progressivement dans ceux destinés aux patientes. Il y a eu un défaut de précaution pendant très longtemps et sans doute une insuffisance d’information.

« Encore pire »

Selon Dominique Martin, le scandale de la Dépakine® n’a rien de comparable avec celui du Médiator®, comme l’avait affirmé quelques heures plus tôt la pneumologue Irène Frachon, sur Europe 1. Dépakine® versus Médiator®… la comparaison ne manque pas d’intérêt 1. Dr Irène Frachon :

« Dans les deux cas, il y a des dégâts sanitaires absolument épouvantables et irréversibles », répond, dans un premier temps, Irène Frachon. Dans le cas du Mediator®, c’était ce que j’avais appelé de la ‘pharmaco-délinquance’ relevant d’un véritable crime organisé par le laboratoire Servier. Dans le cas de la Dépakine®, on est dans la ‘pharmaco-négligence’ et d’une certaine façon c’est encore pire », poursuit-elle.

En effet, si la pneumologue reconnait que la Dépakine® est « un vrai médicament, qui est nécessaire pour traiter des maladies graves comme l’épilepsie », elle dénonce le silence « du laboratoire, des autorités de santé, des médecins, du monde médical dans sa globalité » qui connaissaient les risques du médicament pour l’enfant chez la femme enceinte et qui se sont tus. « Personne n’a informé pendant des dizaines d’années ces femmes des risques qu’elles prenaient », affirme-t-elle. « Ce sont ces femmes qui font émerger cette alerte. C’est le monde à l’envers », conclut-elle. »

Félicitations

Dr Dominique Martin : « Cela n’a rien à voir avec le Médiator®. La Dépakine® est un médicament essentiel, ce n’était pas le cas du Médiator. Dans certaines situations, on doit encore utiliser la Dépakine®, y compris si la femme est enceinte.  Le Médiator® est un problème franco-français, la Dépakine®, c’est européen. » Et le directeur général de l’ANSM d’ajouter, peu amène pour le passé de son institution mais se félicitant, une nouvelle fois, des décisions de l’actuelle ministre de la Santé :

« Il y a certainement eu un défaut d’information pendant longtemps mais sous l’autorité de la ministre et depuis 2013, les autorités ont a mis en place beaucoup de choses, des mesures importantes de prescription et de délivrance qui sont extrêmement contraignantes. Ma préoccupation majeure est que ces mesures soient entendues et mises en œuvre. »

Et maintenant ? Déconseiller un médicament efficace dans des indications essentielles n’est pas tout.  Les autorités sanitaires françaises entendent tirer une nouvelle fois les leçons des failles du système de sécurité du médicament dont elles ont entièrement la charge. Pas de responsables. Elles cherchent aussi (et c’est heureux) à mettre en lumière des éléments qui pourraient, aujourd’hui, conduire à ne nouvelles précautions.

Information éclairée

Il n’en reste pas moins que les deux pathologies concernées (l’épilepsie et les troubles bipolaires) existent et doivent être traitées par voie médicamenteuse. Le rapport qui vient d’être rendu public établit ainsi qu’entre 2007 et 2014 la baisse des prescription de Dépakine® – acide valproïque a, chez les femmes enceintes, été suivie d’une augmentation de prescriptions d’autres médicaments : notamment la Lamotrigine (on est passé de 1 340 à 2 116 femmes enceintes traitées par an), le lévétiracétam (270 à 819), l’aripiprazole (323 à 823) et la quétiapine (0 à 481). Quels bénéfices ? Quels risques ? Où sont les experts, les sociétés savantes ?

La question peut, d’ores et déjà être raisonnablement posée de savoir si toutes les femmes enceintes concernées ont reçues (reçoivent) une information éclairée des risques potentiels auxquels, du fait de leur traitement, étaient (sont) exposés leur enfant.

A demain

1 « La Dépakine n’est pas une nouvelle affaire Mediator » (Slate.fr, 24 août 2016)

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