Burkini : en l’autorisant le Conseil d’Etat déclente une fronde politique sans précédent

 

Bonjour

Comme un fumet de sédition…. La solennité d’une décision du Conseil d’Etat n’a plus le poids espéré dans un état de droit. 26 août. A 15 heures le Conseil d’Etat retoquait les arrêtés anti-burkinis.  L’Angélus n’avait pas sonné que l’on ne comptait plus les réactions politiques s’indignant de ce jugement. Des responsables, élus de la République, soudain en guerre ouverte contre la plus haute juridiction administrative du pays.

Sous réserve de relecture des archives nationales l’événement est sans précédent. Que va faire le gouvernement dont le chef avait cru pouvoir soutenir ces arrêtés (tout en précisant qu’il ne souhaitait pas légiférer) ? Force est bien de constater que le Premier ministre a lourdement trébuché. Pour autant il persiste 1. Le président de la République prendra-t-il la parole ? Pour délivrer quel message aux Français ?

Gouvernement ouvertement déchiré

Il faut ici rappeler la clef de voûte de la décision  du Conseil d’Etat :

« L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

A l’heure où nous écrivons ces lignes les ministres gardent le silence. Sous les ors du Palais de l’Elysée, les éléments de langage peinent à être trouvés pour les membres d’un gouvernement ouvertement déchiré. Seuls quelques rares députés socialistes se sont réjouis de la décision du Conseil d’Etat. « La République a gagné », a tweeté Mathieu Hanotin (Seine-Saint-Denis). « Le Conseil d’Etat dans son rôle. Loin de l’hystérie et de la politicaillerie », écrit Arnaud Leroy (5circonscription des Français hors de France).  A ses côtés la sénatrice des Bouches-du-Rhône Samia Ghali.

Penser librement

Interrogé par Le Monde, Benoît Hamon, candidat à la primaire du PS :

« Il s’agit d’un désaveu vis-à-vis de la position exprimée par Manuel Valls. Je suis frappé que le premier ministre ait ignoré que les arrêtés anti-burkini portent une atteinte grave et manifestement illégale, comme l’a rappelé le Conseil d’Etat, aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

A droite l’ire gagne. Guillaume Larrivé, député de l’Yonne et porte-parole du parti Les Républicains. « Ce n’est pas le Conseil d’Etat qui gouverne et qui fait la loi en France. Les islamistes veulent faire reculer la République ; c’est la République qui doit faire reculer les islamistes ». Il annonce préparer avec Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et futur porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy « une proposition de loi pour sécuriser les décisions des maires interdisant le burkini », qui sera présentée à l’Assemblée nationale en septembre. Sur Twitter, Christian Estrosi a également diffusé une lettre adressée au premier ministre dans laquelle il lui demande de « prendre des mesures législatives pour lutter contre le burkini ». Jean-François Copé et deux soutiens historiques de Nicolas Sarkozy (Christian Estrosi et Éric Woerth) estiment que cette décision impose  l’adoption d’une loi pour clarifier la situation. Tel n’est pas le point de vue de Juppé 2.

Soumission et vêtement d’apartheid

A l’extrême-droite on s’étouffe, on appelle aux armes. Nicolas Bay secrétaire général du Front national : « Le Conseil d’Etat a fait le choix de la soumission face aux pressions islamistes. Une décision consternante. Au peuple de reprendre la main ». Pire on attaque nommément les magistrats. Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont : « Le Conseil d’Etat, otage du juge socialiste Stirn, recule face au communautarisme. Il est temps de réarmer la République ! ». Habituellement plus calme, Florian Philippot, vice-président du Front National : « Face à la faiblesse du Conseil d’Etat, au législateur maintenant d’être responsable et d’interdire ce vêtement d’apartheid ! ».

Et puis les snipers souverainistes. Nicolas Dupont-Aignan estime que la décision du Conseil d’État ouvre la voie à l’instauration de la « charia »… :  « La tenue du burkini est incompatible avec nos mœurs, et plus précisément avec l’idée que l’on se fait en France des rapports entre les hommes et les femmes.  Ce n’est pas seulement sur les plages de Cannes et de Villeneuve-Loubet mais sur l’ensemble du littoral et du territoire que le port du “burkini” comme celui de la burka doit être proscrit ».

Fiers de la France

Et Robert Ménard, ancien reporter sans frontières aujourd’hui enfermé dans sa mairie de Béziers ? Il tweete jusqu’à plus soif, parle d’un « état de drame » et accuse le Conseil d’État d’ouvrir la voie à l’« islamisation ».

Aux antipodes de la mairie de Béziers, le Conseil français du culte musulman : « Cette décision de bon sens va permettre de décrisper la situation, qui était marquée par une tension très forte parmi nos compatriotes musulmans, notamment chez les femmes. C’est une victoire du droit, de la sagesse, de nature à favoriser le vivre ensemble dans notre pays. » Quant à la grande mosquée de Lyon elle appelle les musulmans à être « fiers de la France ». Lyon, Lugdunum, l’antique capitale des Gaules.

A demain

1 Manuel Valls persiste et signe. Selon lui  la décision du Conseil d’Etat de « n’épuise pas le débat qui s’est ouvert dans notre société » sur cette question. « C’est un débat de fond, qui vient après d’autres : il y a trente ans, la question du foulard dans les écoles, puis la loi de 2004 sur le port de signes religieux, et celle de 2010 sur le voile intégral dans l’espace public », ajoute le Premier ministre sur sa page Facebook, ajoutant que « rester silencieux, comme par le passé, c’est un petit renoncement. Une démission de plus ».

2 Dans un long entretien au Figaro à paraître demain 27 août  Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, se dit opposé à une loi « de circonstance » interdisant le burkini. Aux antipodes de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé déclare : « Résistons à la tentation d’exiger des lois de circonstance au fil des polémiques médiatiques », afin de ne pas « jeter de l’huile sur le feu ».

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