Manuel Valls: désavoué par le Conseil d’Etat il se noie entre les interdits du burkini et de la GPA

 

Bonjour

Tout serait autrement plus simple, dans l’affaire burkini,sans les sorties récurrentes de Manuel Valls soutenant les plus extrêmes de la droite. On y verrait plus clair si le Premier ministre, au nom d’une « laïcité de combat », ne s’était pas laissé enferrer,  jouant contre son propre camp. C’est là une situation d’autant plus absurde, d’autant plus paradoxale, que dans un autre dossier sociétal essentiel, celui de la GPA, le même Premier ministre avait toujours su tenir une ligne claire : respect de la loi et condamnation absolue de cette nouvelle forme d’esclavagisme  dans laquelle certains ne veulent voir qu’une sorte de fraternité féminine. 1

Burkini. Hier nous avions cru percevoir un air comme plus léger. Puis venue de la droite les nuages politiques se sont amassés. Roulements des tambours, montée des oriflammes, le sang dans les sillons etc. L’extrême est aux anges et la confusion est générale. On peine à entendre les voix de gauche qui en appellent à la raison. Aucune référence à Voltaire.

Mare nostrum

Comment se faire comprendre quand on veut dire que l’on est opposé à toute forme d’enfermement vestimentaire et religieux du corps de la femme mais, pour autant, qu’il n’est pas acceptable que des maires interdisent à des femmes d’être sur une plage de leur commune dans une tenue dénommée burkini ? Comment se faire entendre quand on dit, simplement, que l’on est « contre le burkini » mais que l’on fera tout pour que l’on ne puisse pas décréter, ainsi, que le burkini est interdit  sur le sable et dans la mer commune.

L’air plus léger était venu de la place du Palais Royal à Paris, siège depuis des siècles du Conseil d’Etat recréé en 1799 par Napoléon Bonaparte sur l’héritage d’anciennes institutions ayant, sous la Monarchie, porté ce nom. Rappelons la phrase solennelle retoquant la volonté des maires d’interdire le port des burkinis au nom d’une atteinte (supposée) à la laïcité et d’un trouble (postulé) à l’ordre public :

« (…) une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

Schizophrénie de l’exécutif

« Comment « apaiser » tout en continuant à alimenter soi-même le débat ? » interroge, perfide, Le Monde. L’air n’est pas plus léger et le gouvernement est gravement fracturé. Le ministre de l’Intérieur tente de calmer le jeu quant le Premier ministre met toujours un peu plus d’huile sur le feu : il fait savoir, par une tribune publiée sur sa page Facebook, que l’ordonnance du Conseil d’Etat « n’épuise pas le débat » sur le burkini. Eentendre que le combat continue. Quant au locataire du Palais de l’Elysée, faute de pouvoir, cette fois, ciseler une synthèse, il  reste coi. Les ministres Najat Vallaud-Belkacem (Education nationale) et Marisol Touraine (Santé) ont publiquement pris leurs distances quand Laurence Rossignol (Doits des femmes) colle à la ligne Valls.

Alors que la droite et son réclame une loi « anti-burkini sur les plages » l’exécutif, pour l’heure s’y refuse. « Le Premier ministre sait que proposer en urgence un projet de loi sur le sujet, quelques mois à peine après le débat délétère sur la déchéance de nationalité, risquerait de provoquer une crise gouvernementale d’ampleur, observe Le Monde. Plusieurs ministres pourraient décider de partir, au premier rang desquels celui de l’Economie, Emmanuel Macron, qui n’attend qu’une occasion politique pour se lancer dans la course pour la présidentielle. »

Laïcité « de combat »

« Nous n’y couperons pas. Nous allons revenir à une laïcité de combat, assure l’historien et philosophe Marcel Gauchet dans Les Echos.  Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un combat antireligieux. La République n’a pas fermé les églises hier ; elle ne va pas fermer les mosquées aujourd’hui. Nous allons plutôt nous trouver à devoir faire pression sur l’islam pour l’obliger à se déterminer par rapport aux principes fondamentaux de l’existence démocratique, pour autant qu’il est aujourd’hui une composante de notre société. Comme la République l’a fait, d’une certaine façon, à l’égard de l’Eglise catholique. La difficulté est que la religion musulmane n’est pas organisée comme elle. Tous les ministres de l’Intérieur rêvent d’une « église musulmane » avec un interlocuteur unique, mais on ne l’a pas. »

Manuel Valls n’est plus ministre de l’Intérieur. Il est le chef du gouvernement de la France. Désavoué par le Conseil il apparaît, en cette fin du mois d’août 2016,  comme perdu entre son interdit du burkini et celui de la GPA.

A demain

1 « Scoop dans « La Croix » : Manuel Valls en harmonie avec Nicolas Sarkozy pour condamner la GPA » (Journalisme et santé publique, 3 octobre 2014). Manuel Valls : « Il faut affirmer des positions claires : la GPA est et sera interdite en France. C’est le choix très ferme du président de la République et de son gouvernement. La France n’a jamais varié sur ce sujet. Elle est opposée à la légalisation de la GPA qui est, il faut le dire, une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes. »

 

 

 

 

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