Pourquoi va-t-on laisser mourir, en France, des toxicomanes d’une overdose aux opiacés ?

Bonjour

On avait cru à une embellie. C’était  fin juillet : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) octroyait une autorisation temporaire d’utilisation(ATU) pour un spray nasal contenant de la naloxone 1. C’était là une demande formulée de très longue date par les praticiens des grandes addictions. On allait pouvoir sauver, assez simplement, des vies. Naloxone ? Ce médicament est commercialisé sous le nom de Nalscue® (par la firme pharmaceutique spécialisée Indivior). Il est destiné « au traitement d’urgence des overdoses aux opioïdes, dans l’attente d’une prise en charge médicale, chez l’adulte et l’enfant ».

Tout cela n’allait  pas sans grandes précautions.  Une « formation à son utilisation » constituera un « pré-requis indispensable avant sa délivrance ». Car cette naloxone « ne se substituera pas aux soins d’urgence dispensés par une structure médicale ». En d’autres termes les secours (15 ou 112) doivent être appelés immédiatement et systématiquement.

Elargir la mise à disposition

Est-ce là pécher par excès ? L’ONG Médecins du Monde le pense qui estime aujourd’hui que cette « victoire » mais elle reste une avancée insuffisante au regard des enjeux posés par les overdoses aux opiacés. Faut-il rappeler que chaque année près de trois cents  personnes en moyenne meurent prématurément d’une telle overdose (données sous-estimées) ? Comment réduire ce nombre de morts prématurées ?

Médecins du Monde préconise (avec d’autres et depuis plusieurs années) une mise à disposition communautaire (auprès des usagers et de leurs proches) de la naloxone pour la rendre véritablement accessible aux personnes concernées. En effet,  un médecin est rarement présent lors d’une overdose.

Or c’est acté : la naloxone sera uniquement délivrée sur prescription médicale dans les quelques CSAPA (Centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie)  inclus dans l’ATU de cohorte. Les CAARUD (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) sont ainsi exclus du dispositif.  Pourquoi s’arrêter ainsi en chemin ? Pourquoi cette frilosité ? Pourquoi cette inégalité face à un risque mortel ?

A échanger ici et là, à écouter les praticiens directement concernés, un scénario se dessine, troublant quant au rôle politique joué par certains dans un dossier sanitaire et technique qui ne devrait chercher que l’efficacité du moindre risque. Tout était prêt pour une mise à disposition communautaire. Tous les acteurs s’y retrouvaient. Puis hors de ce cénacle « on » aurait pris peur. Une prise en charge communautaire dcocoes overdoses aux opiacés ? Prendre ainsi en charge des grands drogués ? Grands Dieux, y songez-vous !

Peur de son ombre

Depuis, plus d’embellie. La gestion compliquée, au quotidien, des contradictions d’un exécutif qui, au-delà des grands mots, a souvent peur de son ombre. Faute, peut-être, de ne pas connaître la réalité vraie.

Ce n’est pas tout.  Médecins du Monde s’interroge aussi, fort justement, sur le coût du kit  Nalscue®  ; aucune information n’ayant été communiquée sur le sujet. Pourquoi ? Pourquoi, une nouvelle fois, ne pas faire preuve de transparence citoyenne ? « A titre d’exemple, un outil similaire, distribué au Royaume-Uni, coûte moins de 25€, précise Médecins du Monde. Combien sera-t-il facturé en France ? La question du financement de ces kits pour les CSAPA inclus dans la cohorte n’est pas non plus évoquée : disposeront-ils de moyens financiers supplémentaires leur permettant d’acheter ? Et sinon ?

Combien d’overdoses mortelles aux opiacés l’an dernier ? Combien cette année ? Et combien l’an prochain ?

A demain.

1 Sur ce thème on peut lire : « Ne pas mourir d’une overdose à domicile, c’est désormais possible » (Slate.fr, 29 juillet 2016)

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