Menaces, agressions, armes : pourquoi tant de haines, même dans les hôpitaux de Genève ?

 

Bonjour

On y verra de symptôme d’un mal contagieux qui n’épargne nullement la France 1.  Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont aujourd’hui confrontés à une augmentation des menaces et agressions contre ceux qu’ils nomment leurs « soignants » et « autres collaborateurs ». Cela sonne un peu mieux que « personnels ». Se lamenter ? Désespérer en regardant le Lac ? Ce n’est pas le genre de la maison.

Les HUG viennent de faire savoir qu’ils mettent  mettre en place un certain nombre de mesures visant à réduire la fréquence et la gravité des faits. En pratique : « sensibiliser les collaborateurs à ce qui peut être entrepris pour diminuer la violence à leur encontre » et « agir à l’égard des personnes qui commettent des actes répréhensibles ».

Vieille cité calviniste

Le nombre d’actes de violence à l’encontre des soignants a progressé entre 2013 et 2016. Se situant aux environs de 20 à 23 par an en 2013 et 2014, il est passé à 32 en 2015 et se monte déjà à 23 pour les seuls mois de janvier à juillet 2016. De quoi s’agit-il ? Réponse :

« Les violences  vont des menaces verbales à l’agitation grave avec voie de fait et agression à l’arme blanche. Sur la période de janvier 2013 à juillet 2016, 60% des cas sont classés dans le plus haut degré de gravité. Celui-ci nécessite une intervention physique de notre service Prévention-Sécurité-Surveillance (SPSS)  afin de calmer la personne ou de permettre la poursuite des soins. Durant cette période, 99 collaborateurs ont été victimes de violence et/ou agressions. Le SPSS est intervenu à 87 reprises et la police a été appelée une dizaine de fois. L’endroit où les événements ont été les plus nombreux a été le site de Belle-Idée (70), puis le service des urgences adultes (15). »

Une leçon pour l’AP-HP

A Genève, vieille cité calviniste, on entend des mots qui, pour un peu, apparaîtraient désuet à Paris. « L’une de nos valeurs chères, aux HUG, est le respect, nous explique-t-on. C’est la raison pour laquelle nous ne tolérons ni menaces, ni agressions, ni discrimination de quelque type que ce soit à l’égard de nos collaborateurs, des patients, de leur entourage et de toute personne dans l’enceinte de ses bâtiments. » Pourquoi ne parle-t-on pas aussi simplement dans cette cathédrale devenue laïque qu’est l’AP-HP ? Nous en sommes encore à nous le demander.

A compter de ce 1er septembre 2016 les HUG renforce leur dispositif de lutte contre la violence et d’accompagnement des victimes. Voici comment :

« Les structures existantes, dont les principales sont le SPSS et ses vingt-neuf  agents assermentés, ‘’l’Espace médiation pour patients et proches’’2, ainsi que différents dispositifs d’appel en renfort, sont et seront complétées. Les améliorations mises en place consistent en une information plus claire des collaborateurs, un programme de soutien aux collaborateurs victimes, une révision des quatre directives institutionnelles pour renforcer le soutien aux victimes, un programme soutenu de formation continue à la violence et à sa prévention, une sensibilisation des patients et proches par voie d’affichettes internes, ainsi qu’une assistance juridique, médicale et RH accrue aux victimes. »

Pourquoi ?

Et désormais, sauf cas exceptionnels, les HUG déposeront systématiquement plainte en cas d’agression sur un collaborateur.

Pourquoi tant de violences, tant d’incivilités ? L’hôpital est certes par nature un lieu où s’expriment la souffrance, la maladie et l’anxiété. Certes, dans certains cas, ce contexte génère de la tension qui se traduit parfois en menaces, en gestes, voire en agressions des patients ou de leurs proches à l’égard des soignants ou d’autres collaborateurs. Autant de choses proprement inadmissibles.  Qu’est-ce qui a changé pour que ces situations soient plus fréquentes que jamais ?

A demain

1 Le fait est officiellement confirmé dans le dernier rapport annuel de l’Observatoire national des violences en santé (ONVS). En 2014, 14 502 signalements d’atteintes aux personnes et aux biens ont été recensés auprès de 337 établissements sanitaires et médico-sociaux. Les chiffres sont en hausse de 17 % par rapport à l’année précédente qui avait vu 12 432 cas de violences rapportés à l’ONVS. L’Ile-de-France est la région la plus touchée avec 30 % des signalements, mais la statistique est à relativiser puisque ce territoire concentre à lui seul 61 établissements. En 2014, près de la moitié des violences contre le personnel hospitalier concernait une agression physique, et 32 % des injures ou insultes. Les faits les plus graves sont en légère hausse pars rapport à l’année 2013. On compte notamment 5 041 cas de violences volontaires. Dans la grande majorité des cas, c’est le personnel de l’établissement qui est visé (85 %).

2 Depuis 2007, les HUG se sont dotés d’un « Espace médiation » qui est à disposition des patients et de leurs proches. Trois médiatrices les reçoivent, sur quatre sites, afin qu’ils puissent exprimer les difficultés et problèmes rencontrés lors de leur passage à l’hôpital. Elles s’efforcent de favoriser la communication entre les patients et l’institution, de renouer le dialogue et de restaurer la confiance. L’Espace médiation consulte sans rendez-vous durant les horaires de permanence, sur rendez-vous hors de ces horaires ou par téléphone.

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