Que répondra Marisol Touraine aux questions soulevées par les infirmières suicidées ?

Bonjour

C’est une règle qui ne souffre généralement aucune exception : le journaliste est bienveillant avec les infirmières, fussent-elles en colère. Elles le sont et tous les médias généralistes tendent, avec compassion, leurs oreilles et leurs micros. Tous sont à Martigues (Bouches-du-Rhône), à l’appel de la Coordination nationale infirmière (CNI) que préside Nathalie Depoire. Hier, personne n’écoutait cette dernière. Tous veulent l’entendre aujourd’hui.

Cela fait des années que la CNl parle dans le désert médiatique : détérioration de la situation à l’hôpital… austérité budgétaire …  cadences effrénées… flux tendus… directions climatisées….. perte de l’identité de la mission hospitalière… tarifications débridées plus ou moins associées à on ne sait quelle activité… patients aux aguets… creusets des agressivités… Les journalistes étaient ailleurs.

Cascade de suicides

Puis vinrent les suicides infirmiers de cet été dont nous avons tenu, sur ce blog, la lancinante et tragique chronique.  Depuis juin, cinq morts à Toulouse, au Havre (Seine-Maritime), à Saint-Calais (Sarthe) et à Reims (Marne). Jusqu’à présent, seul le suicide à Toulouse a été reconnu comme un accident du travail ; on enquête pour les autres. Il faut ici entendre le Pr Philippe Halimi, chef du service de radiologie à Georges-Pompidou (AP-HP). Le Pr Halimi est aussi président de l’association Jean-Louis Mégnien 1, en mémoire du cardiologue qui s’est suicidé par défenestration dans l’hôpital où on le harcelait :

« Cinq infirmiers dans toute la France, un aide-soignant à Saint-Antoine (Paris), un agent à Adélaïde Hautval (Villiers-le-Bel), deux internes à Marseille et à Bordeaux et d’autres portent à une douzaine le nombre de décès d’hospitaliers depuis ce printemps. Cette cascade de suicides, souvent commis dans des conditions de travail très dégradées, témoigne d’un problème de harcèlement institutionnel généralisé. »

Brassards noirs

L’infirmière en chef, Nathalie Depoire :

 « Le rassemblement à Martigues, où se tient cette semaine notre réunion nationale, est prévu pour permettre aux uns et aux autres d’exprimer leur douleur et leur solidarité envers les familles.  Et nous appelons au niveau national tous les soignants à porter un brassard noir sur leur lieu de travail pour demander que la lumière soit faite sur ces suicides et que des mesures soient prises. ».

Où était Marisol Touraine cet été ? Pourquoi, elle si prompte à diffuser d’innombrables tweets et autres communiqués de presse, n’a-t-elle pas dit un mot face aux suicides ? Cela lui fut assez vertement reproché 2. Puis, il y a quelques jours, un entrefilet exclusif au site professionnel Espaceinfirmier.fr . L’annonce, « pour l’automne d’une série de nouvelles mesures, qui s’appuieront notamment sur les travaux actuellement menés par l’Inspection générale des affaires sociales ». Que ne l’a-t-elle annoncé avant l’été ?

A demain

1 L’association a entre ses mains une cinquantaine de dossiers « très documentés » d’hospitaliers qui se disent victimes de harcèlement sur leur lieu de travail. 90 % des plaintes émanent de praticiens, dont un tiers de PU-PH.

Selon les informations du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez), ces dossiers témoignent notamment de mises au placard ou de mutations (sous couvert de recherche d’affectation) inappropriées, punitions utilisées par certains directeurs pour faire taire ou éloigner des médecins qui refusent de rentrer dans le rang en cas de nouvelle gouvernance ou de réorganisation de l’activité médicale.

« Cela peut arriver avec l’appui complice de praticiens que j’ose à peine appeler collègues, qui œuvrent pour leur cause personnelle, précise le Pr Halimi. Parfois, le point de départ de la situation de harcèlement est un conflit entre médecins, mais le directeur d’établissement ne se positionne pas toujours au-dessus de la mêlée. »

L’association devrait  mettre en ligne dans les prochains jours sur son site Internet (en cours de construction) une carte nationale des hôpitaux « harceleurs ». « Nous ne sommes pas dans une logique de diffamation, nous voulons alerter le plus possible le public et les autorités, insiste le Pr Halimi. Il faut introduire des modifications réglementaires et législatives pour opposer un contre-pouvoir aux directeurs ».

2 « Un seul burkini et cinq suicides d’infirmiers. Marisol Touraine accusée de manquer d’empathie » (Journalisme et santé publique, 2 septembre).

Une réflexion sur “Que répondra Marisol Touraine aux questions soulevées par les infirmières suicidées ?

  1. Le pire étant l’ennemi du mal la parole se libère enfin , vous aviez raison cher confrère la prise de conscience se développe enfin …alors que les suicides de médecins se multiplient depuis seize ans dans les hôpitaux.

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