Nouveau en France : une carte du harcèlement et de la maltraitance dans les hôpitaux

Bonjour

Ne plus subir. Ou, du moins, ne plus subir dans l’ombre. « La peur doit changer de camp ». Au lendemain des nouvelles et accablantes révélations sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré 1 c’est un communiqué de presse qui n’a pas fini de faire parler. Il fait suite à la première assemblée générale de l’Association Jean-Louis Mégnien 2 – « association de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public ».  Cette assemblée s’est tenue à Paris le 10 septembre dernier, date qui coïncidait symboliquement avec la « XIVème Journée Mondiale de Prévention du Suicide ». Une centaine d’adhérents présents.

Depuis la réunion fondatrice de mars 2016 (trois mois après le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien) les différentes actions ont sans aucun doute permis de mettre en lumière le problème du harcèlement moral à l’hôpital public. « La cascade récente et sans précédent de suicides touchant toutes les catégories de personnel, en lien avec des conditions de travail dégradées, est un signe très inquiétant, observent les responsables.  Le grand nombre de dossiers, souvent très documentés, qui nous sont parvenus témoigne de l’ampleur et de la gravité des phénomènes de maltraitance dont sont victimes les médecins hospitaliers et les autres personnels – et ce alors même que leur valeur professionnelle n’est nullement en cause. »

Contre-pouvoir aux directeurs

D’où cette initiative sans précédent : une carte des hôpitaux signalant des situations présumées de harcèlement sera bientôt éditée sur le site de l’Association et régulièrement mise à jour. « Nous ne sommes pas dans une logique de diffamation, nous voulons alerter le plus possible le public et les autorités, assure le Pr Philippe Halimi chef du service de radiologie de Georges-Pompidou (AP-HP) et président de l’association. Il faut introduire des modifications réglementaires et législatives pour opposer un contre-pouvoir aux directeurs ». L’autre risque, évidemment, est celui des possibles conséquences des phénomènes de délation.

Ce n’est pas tout :

« L’association dénonce les abus de pouvoir répétés émanant des directions hospitalières, relayés par les ARS (Agences Régionales de Santé) et le CNG (Centre National de Gestion) qui se traduisent par :

– des suspensions d’activité arbitraires, sans contrôle ni limite de temps ;

– des rapports uniquement à charge pour discréditer et isoler la personne harcelée ; 

– des « propositions » dégradantes et humiliantes pour le médecin mis en recherche d’affectation ;

– des procédures d’insuffisance professionnelle totalement injustifiées ;

– le non-respect de l’Etat de droit quand une décision de justice demandant la mise en œuvre de la protection fonctionnelle est ignorée des directions ou quand la demande de réintégration d’un médecin suspendu à tort est contournée au travers de mutations, de fermetures d’unité, de signalements au parquet sans le moindre début de preuve. »

 Sanctionner les harceleurs

L’association s’étonne que le rapport d’étape de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien et sur « la situation de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou » n’ait pas encore été rendu public – et ce en dépit des engagements de Marisol Touraine, ministre de la Santé et de l’expression affichée de sa volonté de transparence. Le chemin qui reste à accomplir est long :

« L’Association fera des propositions d’ajustements réglementaires pour modifier le fonctionnement des organismes de tutelle (ARS, CNG). Elle exigera l’application de sanctions administratives exemplaires contre les harceleurs, quels qu’ils soient.

« Elle œuvrera pour des modifications de la loi HPST et des lois de santé qui ont suivies, dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’hôpital. En effet, ces lois ont exagérément renforcé le pouvoir des directeurs et affaibli les contre-pouvoirs, avec les dégâts humains qui en résultent dans tous les corps de métier de l’hôpital. »

« Dégâts humains »…

A demain

1 Après le récit du premier secouriste, récit  publié par la nouvelle émission « Quotidien «  (TF1-TMC) et que Libération a consulté, c’est Le Monde (Julia Pascual) qui complète les données quant à l’inaction aux conséquences potentiellement mortelles des gendarmes – données courageusement détaillées par un membre des pompiers appelé sur les lieux :  « Mort d’Adama Traoré : un pompier contredit la version des gendarmes ». On attend toujours la version définitive du procureur de la République de Pontoise.

2 Il y a neuf mois, le 17 décembre dernier, le Pr Jean-Louis Mégnien, père de cinq enfants, se donnait la mort en se jetant par la fenêtre de son bureau du 7e étage de l’Hôpital européen Georges-Pompidou, vitrine et navire-amiral de l’Assistance publique (AP-HP).

 

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