«Réécrire la vie»: vers la fin du destin génétique. Le risque de l’eugénisme face au PDG de Cellectis

 

Bonjour

Le « grand public » ne connaît pas André Choulika, et c’est bien dommage. Un jour, c’est sûr, il le  rencontrera. Fondateur et PDG de Cellectis (entreprise de biopharmacie) l’homme est un surprenant pédagogue, un enseignant en or qui vous raconte l’ADN comme s’il l’avait forgé. Ce n’est pas le cas, mais depuis trente ans il s’attache à le comprendre, à le disséquer, à le transformer. De lui son éditeur (Hugo Doc) dit qu’il est un « chercheur-entrepreneur » devenu « homme d’affaire avisé ». Il arrive, aussi, que les éditeurs disent vrai.

André Choulika présentait aujourd’hui, 21 septembre 2016, son ouvrage 1. Salon d’un hôtel de luxe, près de la place de la Madeleine. Une dizaine de journalistes, nourritures insipides, explications passionnées et souvent passionnantes de l’auteur. Ce docteur en virologie moléculaire n’a rien perdu de ses enthousiasmes de jeune chercheur. Il s’agit, tout simplement, de « réécrire la vie ». Le fil rouge est le même : l’ADN. Et la révolution est bien là : la compréhension du vivant progresse comme jamais, la biologie flirte avec le numérique, le transhumanisme frappe à nos portes et les libertariens se présentent aux élections démocratiques.

Interdits frôlés

« Réécrire la vie – la fin du destin génétique » : pédagogie et autobiographie. Engagements personnels et tentations futuristes. Il faudra, un jour prochain, revenir sur ses espoirs-travaux  thérapeutiques, sur ses champs de végétaux (soja, blé, pommes de terre etc.) dressés pour notre santé, sur la puissance de la science française et son impuissance à donner vie et argent aux concepts qu’elle forge, sur les liens qu’il entretient avec l’Agence nationale de sécurité du médicament…

André Choulika, 51 ans n’est pas philosophe. Mais la passion est là qui le pousse à prendre des risques, à frôler des interdits. Il en frôle plusieurs qui pourraient bien susciter de solides polémiques. Prenons la page 80. Il aborde un sujet qui lui est cher : les liens entre la médecine humaine et le darwinisme (la sélection darwinienne). Il pose que la médecine (celle que nous connaissons) est une succession d’actes anti-darwiniens puisque le médecin-biologiste pallie « toute une série de mutations qui, jusqu’alors, ne donnaient aucune espérance de vie ». Suit un scénario qui voit un « bébé-bulle » guéri et devenu adulte tomber amoureux d’une jeune femme porteuse de la mutation de mucoviscidose mais traitée elle aussi avec succès par thérapie génique.

Lignées germinales insensées

Ce couple de survivants a des enfants. L’un deux a les deux mutations parentales. Soit on l’a éliminé au stade embryonnaire (après diagnostic préimplantatoire) soit on le laisse se développer et naître. On le traite comme on a traité chacun de ses deux parents. Puis ce garçon se marie avec une fille porteuse  d’une myopathie de Duchenne et d’une maladie de Fabri. L’aventure se perpétue.

« Bref, au bout de x générations on peut se retrouver avec des parents qui auront des lignées germinales non viables, mais ces personnes seront tellement ‘’béquillées’’ par des réparations génétiques qu’elles pourront tout de même vivre normalement. Sauf qu’elles transmettront un génome qui aura subi tellement de mutations qu’il sera totalement à bout de souffle. Si on pousse le raisonnement à son maximum, la puissance de la médecine d’aujourd’hui et a fortiori celle de demain poussent à vider notre lignée germinale de son sens. »

Les « techno-nonnes »

Pour nous être déjà intéressé à un tel sujet (amplement abordé il y a un peu plus d’un siècle), on tremble quant aux conclusions que l’on pourrait tirer d’un tel extrait. L’auteur n’en tire pas de conclusions théorisées. « Nous ne nous rendons pas vraiment compte de la direction que nous prenons à long terme. Ce débat est sur la table et il faudra que l’on prenne une décision. De deux choses l’une : soit on fait de l’eugénisme et on sélectionne ; soit on accepte la thérapie au stade embryonnaire. (…) Actuellement la réponse que l’on apporte en France est tranchée : on ne touche pas à l’embryon humain. » Chacun en tirera la conclusion qu’il voudra.

Pour André Choulika l’heure est historique: « l’homme saisit pour la première fois entre ses doigts un stylo qui permet de réécrire le texte de la vie ». Certains n’en sont pas encore revenus qui ne parviennent pas à sortir d’une « incommensurable et troublante ivresse ». On est là dans l’alcool fort, à la lisière du religieux. On entend Rabelais, la science, la conscience, l’âme, la ruine, l’éternité.

L’auteur a des lignes assez réjouissantes sur les « techno-prêtres » et les « techno-nonnes » se posant en pythie du grand temple de la nouvelle génomique. Un temple où foisonnent les marchands. Ce sont, selon lui, ces nouveaux religieux qui réclament des « réflexions éthiques ». En est-il bien certain? Et où a disparu le politique ? Nous n’en savons rien. Mais, pour l’auteur, les dés sont jetés : un homme génétiquement (re)programmé va arriver. Ce ne sera pas en France. Faut-il le regretter ? André Choulika, lui, ne nous le dit pas.

A demain

1 « Réécrire la vie – la fin du destin génétique » André Choulika (avec la participation du journaliste-écrivain  Daniel Carton). Editions Hugo-Doc (253 pages, 17 euros).

 

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