L’histoire de la journaliste qui gagne en justice contre un seigneur-vigneron de Saint-Emilion

 

Bonjour

Il faut connaître Hubert de Boüard de Laforest pour savoir ce que Bordeaux veut dire. L’élégance, le savoir-vivre, le château et ses vignes, le chef de culture et le maître de chais, une réputation mondiale dans un univers clos : Bordeaux. L’argent ruisselle mais on ne l’entend pas. Il est sous-jacent.

Hubert de Boüard de Laforest est l’une des quintessences de Bordeaux. Moins le Médoc, assez nouveau riche, que l’intérieur des terres : Saint-Emilion où l’on fait des grands vins depuis les gallo-romains. Si l’on osait on parlerait de seigneur. Souriant et abordable. Jusqu’à un certain degré. Au-delà la fermentation devient incontrôlée.

Détestation

Isabelle Saporta est journaliste – journaliste atypique dans le monde du vin. Elle a signé un livre en 2014. Le genre même de livre que l’on ne peut souffrir à Bordeaux : « Vino Business » (Albin Michel). Elle y décrivait Hubert de Boüard de Laforest sous des traits assez peu amènes : comme « le petit Machiavel du vin », « le renard » ou « un parvenu » des vignes. Aucun vigneron au monde n’aurait goûté un tel traitement. Le propriétaire de Château Angélus a proprement détesté.

Mme Saporta n’en était pas restée là : elle osait traiter des enjeux du nouveau classement (2012) des grands crus de l’appellation – un classement entériné par l’Institut national des origines et de la qualité (Inao), dont certains membres auraient « des liens » avec Hubert de Boüard. Une sorte d’affaire de conflit d’intérêts a minima. Le fruit d’un journalisme d’investigation au cœur de Saint-Emilion.

Millions à foison

La journaliste expliquait, pour résumer, que le Château Angélus (« un grand vin ») avait été opportunément couronné par ce nouveau classement en 2012. Et de détailler les conséquences financière résultant de ce classement  – un classement que certains vignerons recalés contestent devant la justice administrative et pénale.

« Quand vous êtes ‘’grand cru’’ votre hectare de vignes vaut 1,5 million. Quand vous êtes ‘’premier grand cru’’ c’est 4 ou 5 millions. Quand vous n’êtes plus classé c’est 600.000 euros. » C’est certes encore beaucoup, mais c’est quand même nettement moins. L’Angélus c’est (environ) trente-neuf hectares de merlot et de cabernet franc. Sans compter le prix du vin (compter entre 250 et 500 euros la bouteille, millésime récent).

James Bond ne dit jamais non

Et Mme Saporta de s’interroger, aussi, sur certains des critères du fameux « classement », qui semblaient selon elle taillés sur mesure pour M. de Boüard. Exemple : un vin sera d’autant mieux classé qu’il est déjà célèbre, or le vigneron a déjà placé son Château Angélus est systématiquement présent au cinéma, un verre dans la main de James Bond, l’autre dans celle de sa conquête.

On le voit a minima dans le dernier Bond : Spectre. C’est dans la voiture restaurant du train du désert. On peut voir, pendant une demi-seconde, la moitié d’une étiquette (millésime invisible) de Château Angélus. Placement de marque? «Nullement, nous avait déclaré, pour Slate.fr 1 la fille de M. Hubert de Boüard de Laforest, aujourd’hui à le tête de ce prestigieux domaine (trente-neuf hectares de merlot et de cabernet franc). Nous sommes amis avec Barbara Broccoli et Michael G. Wilson (co-producteurs du film) et il n’est ici aucunement question d’argent entre nous. Nous sommes très heureux de cet échange.»

Non à la diffamation

Ce qui devait arriver arriva : Hubert de Boüard de Laforest attaqua Isabelle Saporta. Il défendit la révision du classement et assuma son rôle de premier plan : « Je revendique le fait d’être actif et d’être un entrepreneur mais je revendique aussi mon honnêteté ». Il avait réclamait 50.000 euros – plus 10.000 euros au titre des frais de justice. Que croyait vous qu’il arriva ? Le tribunal correctionnel de Paris a considéré que si les écrits ironiques et polémiques de la journaliste donnent du viticulteur « une image extrêmement péjorative », « aucun des propos retenus ne peut être considéré comme diffamatoire ». Les guillemets sont du fait de l’AFP qui a pu consulter la décision de justice.

Pourquoi L’Angélus dira-t-on ? Une coquetterie.  les ouvriers agricoles du vignoble ont la chance de pouvoir y entendre sonner  les clochers des trois églises environnantes: la chapelle de Mazerat, l’église de Saint-Martin-de-Mazerat et celle de Saint-Émilion. D’où le nom.

A demain

1 « Claude Evin a-t-il eu raison de James Bond ? » (Slate.fr, 22 novembre 2015)

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