Le premier «centre français de déradicalisation» est menacé par un vieux testament catholique

 

Bonjour

Formidable rebondissement historique. Les médias généralistes ont amplement parlé, ces derniers jours, du « premier centre français de déradicalisation  ». Ils en ont parlé avant même qu’il ne soit et sans jamais bien le situer. « Au milieu de nulle fart » osa une envoyée spéciale d’une radio publique nationale.

C’était là une erreur majeure : le château de Pontourny, commune de Beaumont-en-Véron possède de bien solides fondations. Quelque part entre Jeanne d’Arc et Saint Martin, Rabelais et Balzac. L’histoire qui suit témoigne de l’épaisseur et de la profondeur de ces racines.

Catholiques et protestants

Dans les milieux intellectuels et politiques la grande question du moment est de détricoter ce qui, dans la construction de la France, est de l’ordre du chrétien (catholique et protestant) et de ce qui ne l’est pas. Le Monde, par exemple, interroge aujourd’hui longuement Philippe Portier, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études ­ (Paris-Sorbonne), où il occupe la chaire Histoire et sociologie des laïcités. Auteur de L’Etat et les religions en France. Une sociologie historique de la laïcité(PUR, 2016), M. Portier expose les fondements de la civilisation française, bâtie entre traditions chrétiennes et cultures plurielles, sans oublier l’apport des Lumières et de la laïcité.

Et voici que le « premier centre français de déradicalisation » est menacé. Alors même qu’il s’apprête à accueillir ses premiers locataires voici qu’un avocat de Thouars (Deux-Sèvres) entend utiliser des clauses religieuses de succession pour s’opposer à une telle utilisation du château. L’affaire est détaillée par la rédaction thouarsaise de La Nouvelle République du Centre Ouest (Dominique Hérault). Il faut pour cela rappeler un peu de l’histoire de ce château qui s’élève à la lisière de l’Anjou et de la Touraine Ce domaine s’est appelé successivement

Pontenarium (1185), Pontournis (XVIIIe siècle, carte de Cassini), puis Pontourny (1792,1837). Puis transformé en asile durant 14-18 ; ancien asile Saint-Joseph ; propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes avant la vague terroriste. Tout ou presque est dit sur ce site dédié.

Soit, aujourd’hui, Me Thierry Dallet, un avocat thouarsais qui défend les intérêts des opposants au projet porté par l’État. Voici l’affaire :

Marie-Alphonse Greban de Pontourny

« Lorsqu’en 1896, Marie-Alphonse Greban de Pontourny, dernier propriétaire du domaine qui porte son nom, établit comme légataire universel [son cousin]Jean-Baptiste Turquet, il précise que « le domaine doit avoir pour mission une œuvre charitable chrétienne avec obligation du culte catholique, un office par semaine », résume Thierry Dallet. Avec, pour chapeauter l’ensemble, une précision attendrie sur son fils décédé avant lui, Joseph : « Que son portrait figure en bonne place dans la maison. » En costume de jeune saint-cyrien, cela va sans dire ! On imagine le décalage avec les prêches laïcs sermonnant les âmes égarées dans des paradis funestes et prosélytes. »

Me Dallet souhaite faire de cette clause un argument de défense des opposants de Beaumont-en-Véron. « En 1902, le légataire a confié les bâtiments à l’Assistance publique en maintenant cette obligation de bienfaisance, explique l’avocat. C’est devenu l’asile Saint-Joseph. La mairie de Paris en a fait un centre pour mineurs isolés. Pour installer ce centre de déradicalisation,  l’État s’asseoit  sur la mémoire des défunts en ne respectant par leurs prescriptions. »

Présence d’un aumônier

Une clause religieuse catholique pour s’opposer à une tentative de thérapie préventive contre une radicalisation  islamiste ? La Nouvelle République estime que l’argument est à double tranchant. Les férus de religion et de laïcités observeront que dans le futur centre de déradicalisation  un aumônier 1 sera présent. Et l’action de l’avocat est  aléatoire : il lui faut encore trouver un successeur du légataire pour engager la procédure. « C’est la première des conditions, car c’est à lui de représenter son parent, sur le plan moral, pour faire valoir les clauses successorales. Et obliger le centre à partir », explique Me Dallet.

Avis de recherche avant poursuites au tribunal de grande instance en matière civile : où sont les descendants de Jean-Baptiste Turquet qui, en 1896, fut désigné comme légataire universel de Marie-Alphonse Greban de Pontourny – dernière propriétaire d’un domaine qui, depuis quelques siècles, porte toujours ce nom ?

A demain

1 Aumônier : Ecclésiastique dont la fonction ordinaire était de distribuer les aumônes de ceux à qui il était attaché, de leur dire la messe, de faire la prière du soir et du matin, etc. Grand aumônier de France. Premier aumônier du roi. Aumônier ordinaire du roi. Aumônier de quartier. Aumônier du commun. Aumônier de la reine. L’aumônier d’un évêque. L’aumônier d’une princesse, d’un grand seigneur. Il se dit aujourd’hui des Ecclésiastiques attachés à certains corps, à certains établissements, pour enseigner la religion et les diriger spirituellement. L’aumônier d’un régiment, d’un hôpital, d’un collège, d’une prison. L’aumônier d’un vaisseau.

 

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