Si les «anti-transpirants» sont plus à risque que les «déodorants» pourquoi ne pas le dire ?

 

Bonjour

L’affaire « anti-transpirants-cancer du sein » enfle. Il y a désormais les médias qui « en parlent » et ceux qui s’y refusent, faute le plus souvent de pouvoir véritablement exposer les tenants et les aboutissants, les nuances et les contre-nuances, les embarras des spécialistes et le mutisme des institutions sanitaires spécialisées. Où est l’Institut national du cancer ? Où sont l’Inserm, le CNRS, l’Anses, l’ANSM ? La ministre de la Santé et celle de l’Ecologie ?

Les médias qui en parlent, au risque de panurger. Et les autres qui font une croix sur le sujet. Et puis il y à ceux qui en avaient déjà parlé. C’est le cas du site (inégal mais souvent intéressant) The Conversation. C’était, en l’occurrence le 29 octobre 2015 : « Déodorant, oui, anti-transpirant, non ». Une leçon de pédagogie sous la signature de deux universitaires de Nantes : Céline Couteau (maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie) et Laurence Coiffard (professeure en galénique et cosmétologie).Une leçon reprise par Slate.fr: « Faut-il arrêter de mettre du déodorant? »

Zazie et les sudations

Déodorant ou anti-transpirant ? Nous évoquions pour notre part le temps venir le temps des déodorants assassins. Mmes Couteau et Coiffard préfèrent Raymond Queneau à Julien Duvivier. Le temps des assassins fête ses soixante ans, Zazie et son métro en ont trois de moins. Superbe roman qui commence avec « Doukipudonktan ». Les fragrances des foules parisiennes sont-elles toujours ce qu’elles furent ? Peut-être pas. Si oui pourquoi ?

 « Pour lutter contre les odeurs corporelles, plusieurs catégories de cosmétiques sont disponibles. Produits d’hygiène (savons, gels douche, laits nettoyants…) d’une part, déodorants et anti-transpirants (sticks, roll-on, spray, émulsions) de l’autre. Alors déodorant ou anti-transpirant ? La question relative à ces cosmétiques se pose puisque l’on doit être en mesure de choisir l’un ou l’autre des modes d’action.

« Mais ce n’est pas ce qui se produit : depuis bien longtemps déjà on mélange allègrement les deux notions. On voit ainsi sur le marché nombre de déodorants contenant des sels d’aluminium à propriétés anti-transpirantes. La confusion la plus grande règne dans les esprits et sur le marché. On assiste également à une surenchère des allégations avec des produits présentés comme efficaces pendant 24, 48 ou même 96 heures. Sans commentaires ! »

Bombes olfactives

Qui veut  comprendre la différence entre ces deux catégories de cosmétiques doit se pencher sur les listes de leurs ingrédients. Un déodorant peut être composé d’antiseptiques qui limitent la prolifération des micro-organismes cutanés, d’actifs désodorisants ou « séquestrants » qui se lient chimiquement avec les molécules malodorantes afin de les neutraliser, d’antioxydants qui ont pour but d’éviter le rancissement des corps gras ou bien encore de parfums qui masquent tant bien que mal les odeurs corporelles…

Les deux universitaires ligériennes expliquent qu’un  anti-transpirant, quant à lui, est généralement formulé à base de sels d’aluminium, le chlorhydrate d’aluminium étant l’ingrédient phare des préparations du commerce. Or tous les sels d’aluminium agissent selon le même mécanisme. Molécules irritantes, elles créent une inflammation au niveau de la zone d’application. Celle-ci engendre immanquablement un épaississement cutané. Le pore des glandes sudoripares est progressivement obturé du fait de la multiplication des cellules cornées. On utilise, pour désigner ce phénomène, une expression parlante : c’est la « théorie du bouchon ».

Soit on agit en amont de la production des odeurs (en s’opposant à l’évacuation de la sueur au niveau de la surface cutanée) Soit on prévient la formation des odeurs en utilisant des ingrédients qui réagissent chimiquement avec les petites bombes olfactives (acides gras, ammoniacs…) contenues dans la sueur.

Incontournable

Les deux universitaires focalisaient déjà sur « l’incontournable sel d’aluminium » :

« En ce qui concerne les anti-transpirants, ils contiennent quasi systématiquement un sel d’aluminium. Ces sels d’aluminium sont très nombreux et ne sont pas réglementés (on peut donc en incorporer à volonté dans les cosmétiques…). Le sel le plus efficace, mais également le plus irritant, est le chlorure d’aluminium (AlCl). Boudé par l’industrie cosmétique qui n’y a plus recours, c’est l’actif phare des laboratoires Etiaxil qui ont créé à son intention une catégorie de produits dénommés « détranspirants ». Cette catégorie n’a aucune légitimité réglementaire. Notons que le sel double d’aluminium et de zirconium est, contrairement aux autres sels, réglementé. Du fait de sa toxicité pulmonaire, il est interdit pour une présentation sous forme d’aérosols.

Le chlorhydrate d’aluminium est certainement le sel le mieux représenté dans les cosmétiques anti-transpirants. On le retrouve également fréquemment dans des cosmétiques affichant la mention « déodorant », ce que l’on ne peut que déplorer. Ces sels d’aluminium sont également présents dans les « déodorants  stress protect (innovation Nivea) » permettant de lutter contre la « sueur de stress » particulièrement odorante. Ceux-ci contrairement à ce que l’on pourrait croire possèdent des formules copier-coller des anti-transpirants classiques…

Quant à la pierre d’alun, proposée dans le cadre des cosmétiques biologiques, c’est un sel d’aluminium comme les autres. D’un point de vue chimique, il s’agit d’un sel double d’aluminium et de potassium (KAl(SO)). D’un point de vue toxicologique, tous ces sels, c’est bonnet blanc et blanc bonnet !!! »

Faire la transparence

Pour ce qui est des risques toxicologiques les déodorants sont innocentés.  Il n’en va pas de même  des anti-transpirants.

« Des inquiétudes (de la part du consommateur) existent, ce qui explique pourquoi un grand nombre de formules contenant des sels d’aluminium sont baptisées pudiquement du nom d’« anti-transpirants ». L’utilisation d’anti-transpirants est-elle à mettre en lien avec le risque accru de cancer du sein (le quadrant supéro-externe est la zone la plus touchée et également la plus proche de l’aisselle, zone d’application des cosmétiques permettant d’atténuer les odeurs corporelles).

« Les éléments en faveur de ces allégations sont les suivantes : l’aluminium est considéré comme un perturbateur endocrinien par certains chercheurs (ce n’est pas le seul, à en croire certains auteurs, TOUT revêt un caractère de « perturbateur endocrinien »), la sueur est la voie majeure d’excrétion de l’aluminium systémique (en diminuant le volume de sueur émise, on perturbe le processus naturel de détoxification de l’organisme d’où des conséquences pour la santé), la sueur est une voie d’excrétion de phéromones à noyau androstène (en bloquant la sécrétion, on évite la libération de ces molécules très odorantes qui restent dans l’organisme augmentant ainsi le taux d’« hormones » circulantes). Les éléments en défaveur de ces allégations sont un passage transcutané de l’aluminium extrêmement faible dans le cas d’une peau non lésée, l’implication de nombreux facteurs dans le développement des cancers et celui des maladies dégénératives. Rappelons enfin que l’aluminium n’est pas exclusivement présent dans les cosmétiques, mais qu’on en retrouve également dans l’eau de boisson, dans l’environnement, dans la fumée de cigarette…

En conclusion (et faute de pouvoir trancher définitivement la question du cancer du sein) on peut estimer que du fait même de son mode même d’action (blocage d’une fonction physiologique) l’anti-transpirant n’est pas le cosmétique idéal. Pourquoi, dès lors, ne pas en informer en toute transparence les utilisateurs ?

A demain

 

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