«Devenir sobre ! Ça, c’est un sacré exploit ! La plus grande bataille de ma vie» (Marianne Faithfull)

 

Bonjour

Il y a ceux, assez nombreux, qui y sont restés. Puis il y a les autres. Bien évidemment seuls les survivants peuvent témoigner dans la durée. Témoigner du paradis de l’entrée, pour commencer. Témoigner des trompettes des anges, de la lévitation sur l’eau, de la création par tous les pores de la peau, des harmoniques explosives. Puis témoigner de la suite, une autre paire de manches… et comme un avant-goût de l’enfer. Le singe en hiver de Blondin ? Ne plus être tenté par l’alcool, mais garder enfin… plus précisément pouvoir enfin ne garder que le souvenir neutralisé de ses ivresses. Une fin d’esclavage.

Ah … les sixties . Un demi-siècle. Chez les créatifs survivants, bien peu sont encore vivants. Et parmi eux ils sont bien peu à parler de l’ivresse et de la création, de la création et des vertiges mortifères. Parmi eux  Marianne Faithfull, née le 29 décembre 1946. Survivante. En concert au Bataclan le 25 novembre prochain. Sortie du nouveau CD « No Exit », best of de la tournée en Europe du 50e anniversaire de sa carrière, assorti d’un DVD d’enregistrements de concerts à Budapest en 2014 et à Londres en 2016.

Antoine Blondin – Jean Gabin

Encore une tournée de promotion… Certes, mais qui revient de bien loin. Elle a glissé quelques mots au Monde (Annick Cojean) : « Marianne Faithfull :  ‘’Devenir sobre, c’est un sacré exploit !’’». Entre les lignes on retrouve Blondin-Gabin, le singe, l’hiver :

« C’est vrai. Tout le monde alors prenait de la drogue, Mick aussi, sans savoir à quel point c’était dangereux. Je n’avais pas du tout l’intention de me détruire, et je pensais que je m’en sortirais. Nous étions nombreux à le penser. Mais quand je suis passée aux drogues dures, le piège s’est refermé. Soudain, je ne voyais plus aucune issue. Ces années 1960 et 1970 furent très dures.

« La source se trouve dans mon enfance difficile. Mais je ne peux pas vous en dire plus, car je chemine encore pour comprendre ce qui s’est passé. La drogue agit comme un aseptique dont on use pour éviter quelque chose de pire. Le suicide, par exemple. En fait, j’ai longtemps été comme une feuille morte ballottée par le vent. Jusqu’à ce que je dise : stop, ça suffit ce bordel. Et que je décide : je ne suis pas une victime ; c’est moi, uniquement moi, qui contrôle mon destin. Cette décision a changé ma vie. C’était en 1985, j’ai entrepris une cure de désintoxication à la clinique Hazelden, dans le Minnesota. Avec un sevrage pour le moins violent, mais efficace. Et je suis devenue sobre. Je me suis redressée. J’ai trouvé ma vraie voix, si différente de celle de mes 17 ans, façonnée par la vie que j’avais vécue, et je me suis investie à fond dans mon travail. Je savais que j’aurais du succès.

Créer défoncé

« [Lorsque je suis devenue sobre] ce fut difficile pour ma mère qui, elle, buvait énormément. Elle regrettait – mais c’est classique – que je ne puisse plus boire avec elle. Du genre : tu étais tellement plus drôle quand tu buvais ! Mon père, lui, qui n’avait jamais beaucoup bu, s’est carrément arrêté lorsque je l’ai fait. C’était un type super.

« Je n’ai jamais arrêté [d’écrire]. On peut être créatif en étant défoncé ! C’est même plus difficile quand vous ne l’êtes pas. Disons qu’il faut travailler davantage. Mais le fait est que mes plus belles chansons ont été écrites après être devenue sobre. Et je continue. J’écris tout le temps. Des pages et des pages. Il y a comme une petite étincelle qui me jette sur le papier. Et quand je me rends compte que les chansons se ressemblent un peu trop, je fais une pause. J’attends. Jusqu’à ce que de nouvelles idées surgissent. »

Travailler le pardon

Il faut lire cet entretien avec celle qui se définit comme « socialiste », qui affirme ne pas être anglaise, dont la mère était austro-hongroise et le père gallois, qui n’a aucun sang anglais (et qui ne pourra jamais retourner vivre dans ce pays), qui vit à Paris (et un pied à terre en Irlande) et qui estime être un quart juive si l’on considère ses différents ascendants (et non la tradition du judaïsme).

Annick Cojean lui demande ce qu’elle considère comme « sa plus belle réussite ». Bonne question :

« A part mon fils ? Devenir sobre ! Ça, c’est un sacré exploit ! La plus grande bataille de ma vie. Et il m’a aussi fallu apprendre à me libérer du regard des autres. Qu’ils aillent se faire voir ! 

« J’ai toujours peur de perdre ma voix. Il faudrait que j’arrête de fumer ! Quant à mon caractère, je tâche de l’améliorer. J’ai travaillé sur la notion de pardon, par exemple, avec laquelle j’ai toujours eu beaucoup de mal. Je médite et je continue de participer à un groupe de parole avec des personnes alcooliques ou dépendantes. Cela m’aide beaucoup. »

Elle ne doit pas être la seule.

A demain

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