Quatre Français sur dix se sentent «en deuil». Comment, pourquoi ? C’est à lire dans La Croix

 

Bonjour

On y verra un nouveau marché. Ou un symptôme-valise exprimant tous les chagrins de notre temps. Cet après-midi,  au plus beau de Paris, s’ouvriront les « 1res Assises du funéraire ». Au Palais du Luxembourg, et sous le patronage des ministères de la santé et des familles : « Mieux accompagner le deuil: un enjeu majeur de notre société ». Un évènement organisées par la Chambre syndicale nationale de l’art funéraire, qui regroupe les « industriels du secteur » (cercueils, plaques, monuments, urnes, soins aux défunts, etc.).

Nul ne s’étonnera que La Croix se penche sur le sujet. Le quotidien catholique (Marine Lamoureux) y consacre une page et quelques chiffres d’une étude inédite du Crédoc consacrée aux rapports des Français à la mort et au deuilun deuil qui s’avèrerait d’autant plus difficile à vivre, aujourd’hui, que notre société en aurait supprimé la « dimension sociale ». Les chiffres, troublants :

« Quatre Français sur dix se sentent « en deuil » (particulièrement les 45-54 ans). Un tiers des deuils datent depuis plus de cinq ans. 35% des personnes endeuillées ont vu leur santé altérée, notamment par un épuisement physique. 56% des actifs ont dû interrompre leur activité professionnelle (dont 29% d’une durée de plus d’un mois) ».

Dissolution de la collectivité

La Croix a cherché à comprendre. Et le quotidien met en lumière un paradoxe aveuglant : si les « effets psychiques » du deuil sont bien documentés, les études sociologiques « sont rares » et les pouvoirs publics ne semblent guère « s’y intéresser ». « Souvent, l’item n’est pas reconnu comme tel dans ces bases de données statistiques » d’organismes officiels » observe remarque le sociologue Tanguy Châtel. Notre société a perdu sa capacité à porter collectivement le deuil ». Pourquoi ? Le recul des pratiques religieuses… la médicalisation de la fin de vie.. l’accélération permanente de tout et de rien… l’obsession de l’efficacité… etc. « On en a fait un no man’s land et renvoyé les personnes endeuillées à leur solitude ou à l’injonction d’aller mieux, et vite, estime le sociologue. En réalité, le deuil est une épreuve à traverser, qui prend du temps et dont la dimension sociale demeure irréductible. »

« Savoir qu’il s’agit d’un processus long est important, relève le Dr Christophe Fauré, psychiatre assez présent dans les médias généralistes 1. Trop souvent, au bout de quelques mois, on considère que les personnes ont basculé dans un deuil pathologique, alors que leur parcours est tout à fait normal. Et l’on prescrit des antidépresseurs alors que ce n’est pas nécessaire. »

Implication thérapeutique

Le Crédoc observe quant à lui que les décès survenus à l’hôpital sont souvent plus mal ressentis par les proches. Avec, là encore, un paradoxe : l’hôpital peut aussi « soulager (…) par sa capacité à prendre en charge la souffrance physique du malade devenu incurable ». Autre facteur clé : l’implication dans les obsèques aide à mieux « vivre le deuil ». La Croix :

« L’autre intérêt de l’enquête est de mettre au jour les conséquences sociales du deuil, largement méconnues. 35 % des personnes endeuillées ont vu leur santé altérée, notamment par un épuisement physique, 56 % des actifs ont dû interrompre leur activité professionnelle. Les auteurs précisent que dans 42 % des cas, l’arrêt n’a pas excédé une semaine ; mais que dans 29 %, il a duré plus d’un mois.»

« On voit bien que l’entreprise doit se saisir de cette problématique et accompagner ses salariés lorsqu’ils perdent un proche»  estime le Dr Christophe Fauré.

C’est là une question d’importance : l’entreprise doit-elle, vraiment, « se saisir de cette problématique » et « accompagner ses salariés ? ». Le marché doit-il, aussi, entrer dans cette intimité ?

A demain

1 Dernier ouvrage (avec la participation de Stéphane Allix) : « Accompagner un proche en fin de vie », Albin Michel, 15,90 €.

2 réflexions sur “Quatre Français sur dix se sentent «en deuil». Comment, pourquoi ? C’est à lire dans La Croix

  1. Si l’entreprise cessait de déclencher suicides et deuils ce serait déjà un grand progrès…Et la vitesse des prises de conscience est inversement proportionnelle à l’accélération du rythme de vie ..

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