Officiel : échec total du Plan anti-tabac gouvernemental ; la cigarette électronique existe

 

Bonjour

Parfois, se pincer. François Bourdillon est Directeur général de « Santé publique France ». Il signe l’éditorial du dernier « Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) » (sa revue) qui, « une fois n’est pas coutume », est entièrement consacré au tabagisme, première cause de mortalité prématurée évitable en France (plus de 70 000 morts par an).

Soyons bref. François Bourdillon dit de 2016 qu’elle est « une année cruciale dans la lutte contre le tabagisme ». Pourquoi ? Parce qu’elle marque « l’aboutissement de la volonté politique de Marisol Touraine d’agir sur le premier déterminant de santé qu’est le tabagisme en France ». Le caractère crucial n’est pas dans le résultat de l’action politique mais dans « l’aboutissement d’une volonté politique ». La nuance est de taille.

Cette volonté a été marquée par le lancement d’un Programme national de lutte contre le tabagisme (en septembre 2014) et le « paquet neutre » dans sa loi de modernisation de notre système de santé. Puis, aujourd’hui le malheureusement plus qu’incertain « Moi(s) sans tabac » (une imitation de la campagne annuelle Stoptober (Stop Tobacco in October) mais sans le savoir-faire ni le contexte britanniques.

« Stabilité désespérante »

Soyons court. Quel bilan de cette volonté politique de la ministre de la santé ? Ecoutons François Bourdillon :

« Le premier constat est qu’en 2015 la prévalence du tabagisme n’a pas baissé en France. Les derniers résultats du Baromètre cancer (INCa – Santé publique France) affichent une stabilité désespérante : le tabagisme concerne 34,6% des 15-75 ans, et le tabagisme quotidien est de 28,8% (33% des hommes et 25% des femmes). »

Désespérer ? François Bourdillon note « quelques embellies ». Tout d’abord chez les lycéens, « pour lesquels le tabagisme quotidien est orienté à la baisse, avec 23% de lycéens fumeurs en 2015 contre 31% en 2011 ». On parle bien de ici de tabagisme quotidien  chez des mineurs que la réglementation est censée protéger d’une addiction sévère aux conséquences hautement délétères.

Des morts à désespérer

M. Bourdillon a trouvé un autre motif de satisfaction (relative) : « Il y a aussi une embellie concernant le tabagisme à domicile, puisque 28,2% de la population déclarait en 2014 que quelqu’un fume au domicile, en baisse par rapport à 2005 (32,8%) (Baromètres santé). Mais, disons-le, ce chiffre reste trop important, en particulier lorsque vivent des enfants au domicile. »

Et puis il y a ce qui noircit, salement, ces deux « embellies » :

« Le second constat est la confirmation du fardeau des décès attribuables au tabac. La dernière estimation réalisée évalue à 73 000 le nombre de décès attribuables au tabagisme pour l’année 2013 (Santé publique France). Mais les données les plus inquiétantes sont les tendances observées entre  2000 et 2013 chez les femmes, pour qui la mortalité a été multipliée par deux, passant d’environ 8 000 à plus de 17 000 décès sur cette période. »

Intérêt électronique

 Il faut lire cet éditorial jusqu’à sa fin. Voici ce qu’écrit le Directeur général de « Santé publique France » :

« Enfin, je note avec intérêt que, désormais, les études intègrent la question de l’usage de la cigarette électronique : dans ce BEH, son usage actuel, avec des données par régions. Il ressort clairement que cet usage est étroitement lié à celui du tabac. Il faudra pour l’avenir établir des définitions précises afin de pouvoir comparer les études entre elles. Nous avons besoin en particulier de pouvoir suivre les usages quotidiens de la cigarette électronique, notion plus restrictive que la notion d’usage actuel. »

M. Bourdillon sait-il pourquoi les autorités et innombrables institutions sanitaires françaises commencent seulement à s’intéresser à la cigarette électronique comme possible levier d’action contre un fléau qui tue de manière prématurée 73 000 personnes chaque année ? Sait-il pourquoi –à la différence notable de l’Angleterre – l’exécutif sanitaire français a toujours regardé comme la peste un outil débarrassé des fumées et des goudrons et à ce titre vraie révolution dans la politique de réduction des risques ? Et pourquoi le Directeur général de « Santé publique France » ne répond-il pas à d’aussi simples questions ?

Inversions courbées

Il n’est pas toujours simple de savoir finir un éditorial. François Bourdillon conclut le sien ainsi :

« À la veille de la grande opération Moi(s) sans tabac, je ne peux qu’espérer voir, dès 2017, se casser la courbe de prévalence du tabagisme et la voir évoluer vers la baisse. »

 Il ne nous dit malheureusement pas ce qui se passera si cette courbe, sans aller jusqu’à se casser, ne s’inverse pas.

A demain

 

Une réflexion sur “Officiel : échec total du Plan anti-tabac gouvernemental ; la cigarette électronique existe

  1. « Nous avons besoin en particulier de pouvoir suivre les usages quotidiens de la cigarette électronique, notion plus restrictive que la notion d’usage actuel. »
    Il faudrait surtout (ou il aurait fallu depuis 2012, c’est à dire pratiquement autant que la durée du PNRT) suivre les arrêts du tabac avec l’usage de la cigarette électronique car malheureusement M. Bourdillon ne saurait répondre à une question aussi simple que « combien de citoyens Français dont on s’inquiète depuis tant d’années du tabagisme ont-ils arrêté de fumer par ce moyen en continuant ou non à vapoter », parce que le fait que les gens vapotent quotidiennement ou pas n’est pas de l’ordre de la santé publique, qui détourne ses trop faibles moyens du seul sujet qui la concerne vraiment dans le vapotage, l’arrêt et la réduction du tabagisme.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s