Boissons sucrées : interdisez-les aux plus pauvres nous dit l’Organisation Mondiale de la Santé

 

Bonjour

Interdire. Interdire faute de savoir expliquer pour convaincre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’appeler tous les gouvernements de la planète à « taxer les boissons sucrées ». Ce serait, selon elle la seule méthode permettant de  combattre les épidémies croissantes d’obésité, de diabète de type 2, et de caries dentaires. Où l’on retrouve les délices de la fiscalité comportementale qui fait le miel de quelques sénateurs français. Il s’agit ici, pour faire court, de « recourir à la fiscalité pour influencer les comportements jugés à risque en matière de santé publique ». On sait ce qu’il en est de l’alcool et du tabac. La menace se rapproche aujourd’hui du sucre, cette autre source d’ addiction, bien présente dans nos gène 1.

Vies sans douceurs

Encore absent des médias généralistes français le sujet est traité par la BBC : “Tax on sugary foods and drinks backed by World Health Organisation”.  Tout résulte ici d’un nouveau rapport de l’organisation onusienne : « L’OMS préconise l’application de mesures au niveau mondial pour réduire la consommation de boissons sucrées ».

Selon ce rapport, intitulé Fiscal policies for Diet and Prevention of Noncommunicable Diseases, les politiques fiscales nationales conduisant à une augmentation minimale de 20%  du prix de vente au détail des boissons sucrées conduiraient à une baisse proportionnelle de la consommation de ces produits. Et une baisse de la consommation de boissons sucrées a effet une réduction de l’apport en «sucres libres» et de l’apport calorique global – soit  un recul du nombre des cas de surpoids, d’obésité, de diabète et de carie dentaire.

«Si les pouvoirs publics taxent les boissons sucrées, ils peuvent éviter des souffrances et sauver des vies. Ils peuvent aussi faire baisser les dépenses de santé et faire augmenter les recettes pour investir dans les services de santé» explique, depuis la Suisse, le Dr Douglas Bettcher, Directeur du Département Prévention des maladies non transmissibles de l’OMS.

Précarité et sucreries

Le Dr Bettcher n’est pas le seul à monter au créneau. Il y a aussi le Dr Francesco Branca, Directeur du Département Nutrition pour la santé et le développement de l’OMS. Ecoutons-le :

«Le sucre n’est pas nécessaire du point de vue nutritionnel. Nous recommandons de maintenir l’apport éventuel en sucres libres à moins de 10% des besoins énergétiques totaux et de le ramener à moins de 5% si l’on veut obtenir des bienfaits supplémentaires sur le plan de la santé. C’est l’équivalent d’un seul verre de 250 ml de boisson sucrée par jour.»

Dans sa sagesse le rapport de l’OMS signale aussi que les plus pauvres sont les plus sensibles à l’évolution des prix des boissons et des denrées alimentaires et sont donc celles pour qui les bienfaits sur la santé seront les plus grands. Rien n’est dit sur les plaisirs que le sucre peut fournir aux plus démunis. Rien n’est dit, non plus, sur les inégalités inhérentes à une telle mesure: pourquoi laisser les riches exposés aux risques sucrés? On attend, sur ce sujet aussi, les propositions des candidats à la direction de l’OMS – parmi lesquels, on le sait, Philippe Douste-Blazy.

A demain

1 A lire, sur le site The Conversation : « Une histoire du sucre, ce produit inutile que nous chérissons ». Ce texte est signé Mark Horton (professor in Archaeology, University of Bristol), Alexander Bentley (professor and Chair of Comparative Cultural Studies, University of Houston) et Philip Langton (Senior Teaching Fellow in Physiology, University of Bristol).

2 réflexions sur “Boissons sucrées : interdisez-les aux plus pauvres nous dit l’Organisation Mondiale de la Santé

  1. Et oui, cf hier le colloque sur le « gouvernement des conduites » à Science Po, et les travaux sur les « marchés contestés », la santé publique se heurte aux modes de vie, et s’enferme dans le nouveau binôme « soigner ou sanctionner »… et l’action par le marché/les prix. A suivre donc

    >

  2. « Rien n’est dit sur les plaisirs que le sucre peut fournir aux plus démunis. Rien n’est dit, non plus, sur les inégalités inhérentes à une telle mesure: pourquoi laisser les riches exposés aux risques sucrés?  »

    Certes. Mais quant aux déplaisirs des conséquences d’une alimentation sucré, les « riches » peuvent toujours se faire refaire les dents par exemple, alors que les pauvres….
    L’obésité n’aura pas les même conséquences sur une femme pauvre célibataires avec des enfants à charges, que sur cette même femme qui a les moyens de se payer du personnel pour palier ses éventuelles déficiences auprès de ses enfants…

    Maintenant, on sait pertinemment que ce type de sucre est un poison ni plus ni moins, pourquoi ne le crie t on pas sur les toits ? Tiens ! Ça me rappelle un partenariat industrie sucrière/écoles d’où était sortie un petit film d’animation absolument fantastique en tant qu’illustration de la manipulation sous peinture de bonne éducation alimentaire..

    Quant au plaisir donné par le sucre…. pourquoi ne parle t on pas du plaisir donné par l’alcool ? Par le cannabis ? Etc. ? On a les plaisirs auquel on s’est habitué. Facile de s’habituer au plaisir du sucre lorsque à longueur de pub on vous le vante, lorsque le moindre repas se doit de terminer par une note sucrée, lorsque on est regarder comme pince-sans-joie si on refuse ce dessert pour soi ou pour ses enfants (gare à la mère abusive !!!).

    Allons plus loin ( un peu capillotracter mais …). Le lait maternelle est sucrée naturellement parce que ça correspond aux besoins du bébé. Pourquoi garder ce gout là ? Est ce un genre de tentative (besoin ?) de rester en enfance ? Si oui, pourquoi encourager cet enfantillage ? On a besoin d’adulte, pas de grands enfants.

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