Innovation aux Pays-Bas : être légalement euthanasié quand on aura «accompli» sa vie

 

Bonjour

Quels diables habitent donc aux Pays-Bas ? Voulu par Charles Quint, ce pays voyage depuis quelques décennies aux frontières de ce qui pourrait devenir une nouvelle société. Il autorise ou tolère des modifications d’états de conscience (cannabis) qui nous semblent, en France, devoir demeurer hors-la-loi. Il fait de même avec les frontières de la mort : depuis quinze ans l’euthanasie est légale dans ce pays qui entend bien ne pas en rester là.

Les Pays-Bas envisagent désormais d’autoriser l’aide au suicide pour les personnes âgées qui ont le sentiment d’avoir « accompli » leur vie – et ce quand bien même elles ne souffriraient d’aucune pathologie. « Les personnes qui pensent, après avoir mûrement réfléchi, avoir achevé leur vie, doivent, sous de strictes conditions et selon des critères très précis, être autorisées à finir leur vie d’une manière qui leur semble digne », ont assuré les ministres de la Santé et de la Justice dans une lettre adressée au Parlement.

Quels démons au-delà du Quiévrain ? Quelles transcendances ? Avec la Belgique les Pays-Bas ont été, en 2002, le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie. Quelques garde-fous avaient alors été dressés : deux médecins devaient avoir la conviction qu’il n’existait pas d’autre solution « raisonnable » pour la personne – et que sa souffrance était « insupportable et sans perspective d’amélioration ».

« Sinistre mémoire » 

Des garde-fous bien fragiles : ces dispositions légales sont sujettes à de multiples interprétations et font régulièrement l’objet, aux Pays-Bas, de polémiques de nature médicale, éthique, philosophique. Et ne parlons pas du regard porté depuis certains pays étrangers. Peut-on « raisonnablement » interpréter la loi de telle manière que certaines maladies mentales peuvent être considérées comme induisant des « souffrances insupportables » ? Répondre positivement à des enfants (de plus de 12 ans) réclamant d’être euthanasiés ? N’est-ce pas s’engager là vers des pratiques qui, quoique démocratiquement adoptées, font immanquablement songer à certaines de pratiques eugéniques légalisées généralement qualifiées de « sinistre mémoire » ?

« En 2015, les Pays-Bas ont enregistré 5 516 cas d’euthanasie, soit 3,9 % des décès dans le pays, contre 3 136 cas cinq ans plus tôt. Parmi ces personnes, plus de 70 % souffraient de cancer et 2,9 % de maladies psychiatriques ou de démence, précise l’Agence France Presse. Le futur texte, qui sera élaboré après des discussions avec des experts, ne portera que sur les personnes âgées, mais le gouvernement n’a pas évoqué d’âge spécifique. »

En pratique le gouvernement néerlandais assure que les personnes potentiellement concernées « ne voient plus de possibilité pour donner un sens à leur vie, vivent mal leur perte d’indépendance, ont un sentiment de solitude ». « Mais pour pouvoir mettre en place leur fin de vie, elles ont besoin d’aide. » Un « assistant à la mort », une personne avec une éducation médicale et des formations spécifiques, devra autoriser la procédure terminale. Mais ce après avoir exclu qu’un traitement puisse faire disparaître ce « souhait de mort ». Le respect de l’ensemble du  processus sera examiné après le décès par une commission spécialisée.

On retrouve ici, toujours vaillants, les partisans pour le droit à mourir « dans la dignité » Ainsi Robert Schurink, président de l’Association néerlandaise pour une fin de vie volontaire estime que cette procédure « offre une solution ». Il l’affirme au quotidien populaire AD : certaines personnes « étaient contraintes à des mesures drastiques comme le suicide ou arrêter de manger et de boire quand elles ne voulaient plus vivre ».

#voltooidleven (#vieaccomplie)

L’Agence France Presse souligne pour sa part que l’aide au suicide est illégale aux Pays-Bas – mais qu’en 2013, un homme reconnu coupable d’avoir aidé sa mère de 99 ans à se suicider en lui procurant des médicaments n’avait pas été condamné, les juges estimant qu’il « avait agi par amour ». A la différence de la France les partis politiques d’opposition s’expriment sur le sujet. Le Parti socialiste notamment, estime qu’un éventuel texte ne peut que mener à « une pression sur les autres personnes âgées qui vont se sentir de trop dans la communauté ». Certains Néerlandais éprouvent la même inquiétude évoquant « les personnes fragiles, solitaires, désespérées ». Dans le même temps  alors que le hashtag #voltooidleven (#vieaccomplie) était en tête des tendances.

A la différence de la France la ministre de la Santé monte au créneau sur un tel sujet : elle s’est défendue à la télévision publique NOS, assurant qu’il ne s’agissait pas d’une « mort sur commande » : « Il faut organiser un processus très consciencieux. » « Il ne doit pas s’agir ici de personnes qui, par exemple, sont seules ou qui sont dépressives ou dont les problèmes peuvent être résolus d’une autre manière », a-t-elle précisé.

Un sondage publié début 2016 a conclu que 64 % des Néerlandais sont aujourd’hui favorables à la mise à disposition d’une « pilule de fin de vie » pour les personnes âgées qui le désirent. Également interrogé par la NOS, Pieter Jiskoot, 95 ans, essaie depuis plusieurs années de se procurer de quoi mettre fin à ses jours. « J’ai perdu ma femme et ma fille, ma famille ne vient plus me voir et je ne peux plus lire », a expliqué ce lecteur assidu. « Je suis réduit à mes pensées et celles-ci tournent toujours vers le passé, a-t-il ajouté, l’avenir a disparu. » Réduit à des pensées ? Pieter Jiskoot ne nous dit pas si, en mourant, son passé disparaîtra.

A demain

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