Lyme : cent trente malades réclament désormais 65 millions d’euros et menacent Marisol Touraine

 

Bonjour

Mise en scène médiatique proche de la perfection.  Hier une conférence de presse. Ce matin Le Parisien (« Maladie de Lyme: 130 patients réclament 500.000 euros chacun à 5 labos »), Le Figaro (« Maladie de Lyme: 130 patients portent plainte contre des laboratoires ») et déclinaison sur les ondes – jusqu’au journal matinal de France Culture. Les avocats sont d’Epinal. Comme de juste ils sont cités et gagnent brutalement en notoriété nationale (Me Julien Fouray et Me Catherine Faivre).

Les cibles pharmaceutiques sont de notoriété internationale et voisinent déjà dans le box avec Marisol Touraine, ministre de la Santé et l’Etat français.  Sans oublier, surtout, les sommes demandées : 500.000 euros par « patient ».

Gratin du marché

Résumons. Cent trente patients souffrant de la maladie de Lyme viennent d’assigner en responsabilité civile cinq sociétés auxquelles ils reprochent de ne pas avoir informé le public du manque de fiabilité des tests de diagnostic qu’ils commercialisent : il s’agit de l’italien DiaSorin et du français BioMérieux, des allemands Siemens et Euroimmun ainsi de l’américain Bio-Rad. Soit le gratin du marché du diagnostic biologique. Les avocats visent un test de type « Elisa » 1 utilisé en première intention pour porter le diagnostic de la borréliose de Lyme, maladie infectieuse transmise par les morsures de tiques.

Les assignations ont été délivrées devant les tribunaux de grande instance de Nanterre, Paris et Bobigny. Ces plaintes civiles « ont pour but d’obtenir réparation pour les préjudices subis, liés au retard de diagnostic et à l’aggravation des symptômes ». Les plaignants contestent l’efficacité de cette méthode diagnostique.

Fiabilité garantie

« Il y a une responsabilité de ces laboratoires, qui ne sont pas capables de garantir la fiabilité des tests qu’ils commercialisent. Avec plus d’une chance sur deux  d’un diagnostic erroné, c’est avec votre vie qu’on joue à pile ou face » accusent les avocats.

« Les tests dits ‘’Elisa’’, sont réalisés sur un prélèvement sanguin et reposent sur la recherche d’anticorps dirigés contre la bactérie Borrelia, précise Le Figaro. Ce test doit être utilisé en première intention lorsque le médecin suspecte une maladie de Lyme et en l’absence d’érythème migrant, lésion dermatologique spécifique qui suffit à diagnostiquer l’infection. Le test Elisa a été validé par une conférence de consensus datant de 2006  aujourd’hui très contestée, sur la base de directives édictées aux États-Unis. Selon ce consensus, un test Elisa positif doit être confirmé par un autre type de test, le Western-Blott, plus complexe à réaliser car non automatisable. En revanche, le consensus estime qu’en cas de résultat négatif il n’y a pas lieu de le confirmer. »

C’est sur ce brouillard diagnostique que se fonde l’action en justice. Le Figaro rappelle qu’en 2014, le Haut Conseil à la Santé publique avait émis un avis sur la borréliose de Lyme, dans lequel il estimait que «le nombre de réactifs satisfaisant aux recommandations mentionnées en termes de sensibilité et de spécificité est de 13/33 pour les réactifs de dépistage et de 9/13 pour les réactifs de confirmation».

Marisol Touraine visée

Les plaignants avancent que la plupart sont basés sur des souches peu présentes en Europe, négligent d’autres agents infectieux pouvant être en cause, que les anticorps recherchés ne sont pas présents à toutes les phases de l’infection ou que les résultats peuvent être faussés par la prise d’antibiotiques.

Il serait injuste de dire que Marisol Touraine, ministre de la Santé et la Direction Générale de la Santé n’ont rien fait dans ce dossier. D’ailleurs les plaignants et leurs avocats ne le disent pas. Ils soutiennent en revanche, comme on pouvait le prévoir, qu’elle n’a pas fait assez. « La ministre de la Santé a entendu sur le plan formel le cri d’alarme des malades, mais s’en tient à des déclarations d’intention » accusent les avocats qui soulignent qu’aucun budget n’était alloué au plan et qu’aucune mesure provisoire n’était prise pour permettre dès maintenant aux patients d’obtenir un diagnostic et un traitement appropriés.

Errances et abandons

« La responsabilité de l’Etat et de Mme Touraine devra être engagée dans un deuxième temps. On ne peut pas admettre que pendant quatre années, avec des interpellations très claires, on n’ait pas réagi » menacent-ils. Les avocats appellent le ministère à suspendre le protocole de soins actuel, à rembourser les soins non inclus dans ce protocole et à créer un fonds d’indemnisation. Les 130 dossiers déposés ne représentent selon eux qu’une « première vague ». Ils affirment avoir été déjà contactés par environ cinq cents malades.

Fin septembre, présentant son « Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmises par les tiques » Marisol Touraine déclarait :

« Ce plan vise à éviter le sentiment d’abandon et l’errance thérapeutique auxquels sont confrontés des malades de Lyme. Il permet de mieux comprendre la maladie, de soigner plus efficacement les patients et de mobiliser tous les outils disponibles pour prévenir la maladie. »

 « Sentiment d’abandon et errance thérapeutique » : le bon diagnostic était bien posé.

A demain

1 « Elisa » est l’acronyme de l’anglais enzyme-linked immunosorbent assay – littéralement « dosage d’immunoabsorption par enzyme liée ». C’est un  est un examen de laboratoire. Cette méthode est principalement utilisée en immunologie  pour détecter la présence d’un anticorps ou d’un antigène dans un échantillon.

Ce test entre dans le cadre plus général des dosages immuno-enzymatiques (ou EIA pour enzyme immunoassays), dans lequel le dosage est couplé à une réaction catalysée par une enzyme qui libère un composant coloré suivi par une spectroscopie, par opposition aux dosages radio-immunologiques (ou RIA pour radio immunoassays) dans lesquels l’anticorps est marqué par un radioélément et dont le dosage mesure un nombre de désintégrations par seconde.

 

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