«Boucherie» à Bourges : la justice dira-t-elle ce qui s’est vraiment passé au bloc opératoire ?

 

Bonjour

A quand la vidéosurveillance dans les blocs opératoires du Berry et de France ? L’ex-chirurgien urologue du  Centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges  a été mis en examen le 18 octobre  pour « homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence ». Cette décision fait suite à la mort, en janvier dernier, d’un homme de 60 ans dans un bloc opératoire lors d’une résection transurétrale de la prostate.  Ce chirurgien âgé de 59 ans a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de pratiquer toute activité chirurgicale. Fin juin, l’Ordre des médecins de la région Centre l’avait déjà interdit d’exercice – et ce jusqu’au 26 octobre.

C’est donc bien la justice qui devra établir la réalité et la chronologie des faits survenus le 14 janvier. D’ores et déjà le procureur de la République de Bourges, Vincent Bonnefoy, a qualifié le dossier de « complexe ». Il explique que le chirurgien  « estime ne pas être responsable » du décès. « Il a fourni des explications qui vont être soumises à un expert judiciaire par le juge d’instruction ». précise-t-il. Une seule certitude : le climat hospitalier était alors plus que détestable et l’établissement n’en a pas vu son image rehaussée.

« Etat mental second »

Tels qu’ils sont rapportés les faits sont proprement invraisemblables. Ils datent du 14 janvier mais l’enquête préliminaire pour « homicide involontaire » n’avait été ouverte que trois mois plus tard. Le patient, Henry Latour, était âgé de 60 ans et (selon sa fille) « en pleine forme ». Entré le 14 janvier au matin dans le bloc opératoire pour une résection transurétrale  sous anesthésie régionale il devait mourir quelques heures plus tard d’un arrêt cardiaque (après une importante hémorragie). Aucune autopsie médico-légale n’avait alors  été demandée et le corps fut incinéré.

« Le chirurgien était dans un état mental second », accusait publiquement lors d’une conférence de presse organisée en avril à Paris Me Philippe Courtois, conseil de la fille du malade décédé. « Il ne s’agit pas d’un aléa thérapeutique mais d’une erreur médicale provoquée par des gestes brutaux répétés » de l’urologue plaide l’avocat. Pour lui l’affaire est bouclée ; et la direction du centre hospitalier de Bourges  a commis une « faute » pour « ne pas avoir signalé ce décès sans explication » à la justice.

Au cœur de l’affaire : le contenu du rapport de l’anesthésiste. À son entrée au bloc, le chirurgien urologue présente un « caractère agressif vis-à-vis du personnel », selon ce document. « Il est agité, en colère, il parle fort et exprime son mécontentement vis-à-vis du matériel mis à sa disposition : « c’est à nouveau du matériel de merde » », lit-on dans le document. Sous rachianesthésie, le patient aurait tout entendu. L’équipe décide de l’endormir « en raison de l’ambiance tendue ». Toujours selon le rapport de l’anesthésiste, le praticien « excessif, agressif » pratique alors l’intervention en « enfonçant le résecteur à plusieurs reprises par les voies naturelles de façon brutale, réséquant l’intérieur de la prostate avec des mouvements d’aller et retour violents sans en faire l’hémostase ».

« Pertes sanguines effroyables »

À 15 h 25, l’équipe aurait prévenu le chirurgien « à plusieurs reprises » : « le patient n’est pas bien, […] il faut soit arrêter l’intervention, soit passer par voie haute ». À 15 h 41, le patient est en asystolie. Il décède à 16 h 09. Pendant l’intervention, l’anesthésiste constate des « pertes de sang effroyables ». « Cette intervention était une véritable « boucherie » indigne de n’importe quel bloc opératoire », écrit l’anesthésiste.  Dans son compte rendu opératoire, le chirurgien constate aussi que « la résection a été très hémorragique ». Mais, contrairement à l’anesthésiste, il évoque un « effort considérable d’hémostase ».

Le Quotidien du Médecin soulignait que sept médecins anesthésistes de l’établissement hospitalier avaient écrit une lettre à la direction pour dénoncer « les dérives professionnelles » du chirurgien « qui peuvent parfois exposer les patients à des risques graves ». « Nous avons collectivement décidé de ne plus prendre en charge, au bloc opératoire, les patients du Dr X pour des raisons de compétences et d’aptitude mentale », écrivent les sept anesthésistes .Pêle-mêle, ils regrettent « l’inexactitude des intitulés d’interventions avec rajout d’actes en cours de procédure en inadéquation avec le choix anesthésique, des durées opératoires en dehors des standards avec parfois poursuite des actes une fois l’anesthésie locorégionale levée […], des hémorragies peropératoires anormalement importantes. »

Pas d’alcool ou de stupéfiants

Me Amélie Chiffert, avocate parisienne de l’urologue berruyer répondit point par point à son confrère Courtois et aux sept anesthésistes accusateurs. Elle fit valoir qu’en trente ans de carrière (dont trois à Bourges) son client n’avait jamais eu de problème relationnel avec qui que ce soit et que sa tâche aurait été compliquée par un  « problème de matériel » au début de l’opération.  Me Chiffert estime également que « la responsabilité des anesthésistes dans la prise en charge de ce patient devra être discutée ». L’avocate réfute d’autre part toute prise de stupéfiants ou d’alcool précédant l’intervention. Selon elle  ce chirurgien est le « bouc émissaire » devant endosser une responsabilité qui le dépasse.

Le chirurgien encourt aujourd’hui une peine maximale de trois ans de prison et de 40.000 euros d’amende. Que dira la justice ? A quand la vidéosurveillance et les contrôles biologiques pré-intervention ? Le calme est-il aujourd’hui revenu dans les blocs berruyers ?

A demain

 

 

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