Médicaments anti-Alzheimer : dénonciation officielle de l’absence de surveillance

 

Bonjour

La Haute Autorité de Santé a (enfin) parlé. Elle le fait sous la forme d’un communiqué de presse intitulé : « Médicaments de la maladie d’Alzheimer : un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale ». C’est un très bon titre et il faut féliciter son auteur. Le chapô est de la même veine :

«  Une efficacité au mieux modeste des médicaments de la maladie d’Alzheimer associée à leur mauvaise tolérance, la nécessité d’une prise en charge globale des patients et des aidants intégrant des approches non médicamenteuses : la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé estime que l’intérêt médical de ces médicaments est insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale. La HAS publiera dans les prochains mois un guide relatif au parcours de soins des patients concernés. »

 Potentiellement toxique

Comment Marisol Touraine pourrait-elle ne pas suivre un tel avis ? Cèdera-t-elle aux pressions intéressées qui déjà se manifestent ? Quels arguments trouverait-elle pour continuer à faire que la « solidarité nationale » prenne en charge ce qui est inefficace mais aussi potentiellement toxique ? Il lui suffira, pour cela, de lire les conclusions de la Haute Autorité de Santé :

La Commission de la Transparence a réévalué cette année les quatre médicaments utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer: Ebixa® (Lundbeck), Aricept® (Eisai), Exelon® (Novartis Pharma) et Reminyl® (Janssen Cilag). Il s’agit là, faudrait-il le rappeler des médicaments à visée symptomatique qui ne modifient pas l’évolution de la maladie.

Maniement de l’ellipse

La HAS sait manier l’ellipse : « Les données nouvelles confirment que l’efficacité des médicaments du traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer est, au mieux, modeste ». En clair ? Cette efficacité « est établie uniquement à court terme, essentiellement sur les troubles cognitifs, dans des études cliniques versus placebo dont la pertinence clinique et la transposabilité en vie réelle ne sont pas assurées ». La technicité ne trompera personne. Où est l’astuce coupable ? Ici :

« Les patients de ces études sont en effet plus jeunes que ceux qui sont pris en charge en pratique réelle, et contrairement à ceux-ci ne présentent ni comorbidités, ni risques d’interactions médicamenteuses. De surcroît, les effets sur les troubles du comportement, la qualité de vie, le délai d’entrée en institution, la mortalité, la charge de la maladie pour les aidants ne sont toujours pas établis. »

Il y a pire :

« Il n’est pas possible de vérifier si les conditions d’utilisation des médicaments, telles que définies par la Commission de la Transparence en 2011 (réévaluation attentive de la prescription à six mois, décision en réunion de concertation pluridisciplinaire au-delà d’un an) ont été mises en œuvre. »

« Vieux gâtisme d’antan »

En clair depuis cinq ans nul ne s’est intéressé au fait de savoir si les recommandations de la HAS ont été suivies. Faut-il voir là une flèche empoisonnée décochées contre les gériatres « pro-médicaments » ? Contre l’Agence nationale de sécurité du médicament ? Ceci est d’autant plus grave que « les données accumulées depuis la commercialisation des médicaments confirment le risque de survenue d’effets indésirables (troubles digestifs, cardiovasculaires ou neuropsychiatriques pour les plus notables) potentiellement graves, pouvant altérer la qualité de vie ». D’autant plus grave, en outre, que « dans une population âgée, souvent polypathologique et polymédiquée, il existe un risque supplémentaire d’effets indésirables graves du fait d’interactions médicamenteuses ».

Pour autant l’arrêt du remboursement (ou mieux encore de la commercialisation) de ces quatre médicaments ne devrait pas conduire, « au bon vieux gâtisme d’antan » comme osait l’écrire le 19 septembre 2011 dans une tribune publiée par Le Monde, Christophe Trivalle, gériatre à l’Hôpital Paul-Brousse (Villejuif, AP-HP).

Accusation

Pourquoi taire que la prise en charge non médicamenteuse peut avoir lieu en ambulatoire ou en institution ? Qu’elle doit s’accompagner d’un soutien aux aidants familiaux ? Qu’elle doit dans tous les cas être mise en place par un personnel formé et s’inscrire dans le cadre d’un parcours de soins coordonné ? Et qu’elle peut prendre différentes formes (lire le communiqué de presse) ?

Dans l’attente des décisions de Marisol Touraine une question reste sans réponse : pourquoi les recommandations de la HAS de 2011 n’ont-elles pas été mises en œuvre ? Marisol Touraine, qui est ministre de la Santé depuis 2012, répondra-t-elle à cette accusation ?

A demain

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