Sur les abattoirs : des journalistes devraient-ils montrer des images comme celles-là ?

Bonjour

Aujourd’hui 3 novembre, remise du Prix Goncourt 2016. La France va trembler devant chez Drouant, à deux pas de Slate.fr. On parle de Régis Jauffret, Cannibales (Seuil). Soit la passion dévorante de deux femmes, mère et amante, pour un seul homme 1.

Aujourd’hui 3 novembre. Les lecteurs du Monde vont-ils regarder la vidéo qu’on va leur proposer ? C’est la nouvelle saison d’une série centrée sur les abattoirs. On promet encore plus d’émotion, plus d’horreur,  plus de dégoût et de répulsion. Cette fois nous sommes dans la belle ville de Limoges. Et dans le plus grand abattoir municipal de France, avec 1 000 bovins et 1 500 ovins tués par semaine. Plus précisément dans la boyauderie (« Industrie ayant pour objet de transformer après préparation les boyaux de certains animaux en boyaux soufflés, baudruches et cordes à boyau; lieu où s’opère cette transformation »).

Caméra GoPro

Nouvelle saison. Nouvelles « vidéos choc auxquelles Le Monde a eu accès en exclusivité ». Nouvelle action militante de l’association de protection animale L214. Nouveauté : on montre « pour la première fois l’abattage de vaches gestantes ». Une fois de plus le travail n’est pas journalistique : les images ont été filmées par un employé. Mais, pour la première fois ce « lanceur d’alerte » montre son visage : Mauricio Garcia-Pereira,  47 ans, nationalité espagnole, a filmé avec une caméra GoPro pour L24 avant de parler au Monde. Et le quotidien de prévenir les âmes sensibles :

« Cette fois l’horreur est à son comble (…) On y voit des salariés trancher des utérus au couteau et en sortir, alors que le liquide amniotique se répand, des fœtus à des stades plus ou moins avancés. Certains veaux, longs de plus d’un mètre, ont les sabots formés et parfois même des poils. Les carcasses atterrissent ensuite dans de larges bacs, sur un lit d’utérus et de boyaux. » Etc.

Puis Le Monde cite Mauricio Garcia-Pereira :

« On jette le veau dans une poubelle pleine de merde. Parfois, il bouge, comme s’il était vivant. On fait ça tous les jours, au moins cinquante fois par semaine. Comment on peut les tuer, nom de Dieu ? Des vaches pleines et des veaux qui sont en train de sortir (…)  Je sais que je vais perdre mon travail. Je l’espère même. Je veux que le peuple français soit au courant. »

Consciences fœtales

Il se trouve que cette pratique est légale.  L214 (qui prône « la fin de l’exploitation animale ») lance une pétition demandant au ministre français de l’Agriculture de soumettre un projet de loi pour interdire la mise à mort de vaches pleines  – « au moins lors des trois derniers mois de leur gestation ». On attend la réaction de Stéphane Le Foll, par ailleurs porte-parole du gouvernement.

M. Le Foll nous dira peut-être que l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ont, en août 2015, demandé un avis scientifique à l’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments.  Comme s’il s’agissait de cela. Pour finir, Le Monde pose une question sans images : « Dans ces expertises, une question, cruciale, fait encore débat : le fœtus souffre-t-il lorsque sa mère est abattue ? Jusqu’à présent, aucune étude scientifique n’a pu prouver clairement à quelle phase de son développement le fœtus devient conscient. » Nous sommes chez les bovins.

A demain

1 « Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey…. »

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