Comment les hôpitaux, les médecins et les infirmières du Loir-et-Cher passeront-ils l’hiver ?

 

Bonjour

Longtemps le Loir-et-Cher fut le département idéal. On y marchait dans la boue en regardant passer les oies sauvages. On y voit encore, l’été, les luxueux attelages de nombreux artistes et, toute l’année, quelques établissements psychiatriques dont la célèbre clinique de La Borde 1.

Le Loir-et-Cher est écartelé entre la Beauce et les sous-bois solognots, entre le Perche et le Berry. On y lorgne sur Orléans et sur Tours. Sa préfecture est l’historique Blois. Et c’est de Blois que nous écrit  le Dr Isaac Gbadamassi, chef des urgences au Centre hospitalier de la ville. Une lettre d’une particulière gravité. Il y parle de santé publique et dénonce « l’inacceptable ».

Cette lettre fait aujourd’hui le tour des réseaux sociaux. Son auteur l’a envoyée aux élus du sud du département. Il y dénonce, une fois de plus, la désertification médicale et la situation de plus en plus critique aux urgences des hôpitaux dans le département. Voici  cette lettre, constat d’innombrables et croissantes défaillances médicales au centre même de la France :

« Chers amis,

« Au cas où vous ne le sauriez pas, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour une offensive médiatique contre l’inacceptable en matière de santé publique. Outre la désertification médicale de votre territoire (mes collègues de Chatillon et de Meusnes sont épuisés et vont devoir réduire leur activité de peur d’exploser), nos hôpitaux sont en très grande souffrance dans notre région même si la situation est nationale.

« Le centre hospitalier de Bourges en grande difficulté depuis au moins  trois ans, au vu et au su de tous les élus, nationaux, régionaux puis locaux, a dû faire appel à la réserve médicale opérationnelle nationale pour la continuité des soins durant la période estivale mais en vain. Il n’y a plus d’urgentiste dans leur établissement et deux  services de médecine ont fermé en juin faute de médecins.

Châteauroux à genoux

« Le centre hospitalier de Châteauroux est également à « genoux » y compris en médecine de ville car ils ont dû réduire leurs secteurs de garde ambulatoire obligeant les patients à parcourir 50 voire 70 km pour consulter un médecin généraliste. Vous comprenez que nos communes limitrophes du département « 36 » sont de facto en grande souffrance connaissant la situation de votre secteur et celle de Romorantin qui est catastrophique (un seul urgentiste titulaire en poste et d’un certain âge). Quant à Blois, il nous faut assurer une présence constante tous les jours, week-ends compris en travaillant dans l’illégalité administrative totale.

« Heureusement que nous disposons de belles et très coûteuses maisons de santé pluridisciplinaires éternellement vides. Quelle gabegie !! Certes, ce sont des deniers publics mais les payeurs, in fine, seront bien les contribuables et patients potentiels que nous sommes tous.

« Je vous laisse écouter ces propos que je n’ai pas hésité à prononcer en sortant de mon devoir de réserve car nos services publics sont entrain de mourir et je ne peux le concevoir du fait de ma responsabilité et du simple citoyen connaissant un peu le sujet.

Comment passer le cap de l’hiver ?

«  Sachez que la situation du CHU de Tours n’est pas mieux car nos jeunes confrères aspirent désormais à travailler autrement. J’en attendais deux pour nous rejoindre à Blois en novembre mais ils ont décliné au prétexte qu’ils n’étaient pas des « esclaves » à payer avec la monnaie de singe pour des heures interminables. Ces deux jeunes se destineraient finalement à une médecine non clinique, donc de laboratoire.

Parlons-en haut et fort car nos hôpitaux ne passeront pas le cap de l’hiver et je crains que les personnes âgées en pâtissent lourdement. Tous nos efforts se volatilisent, accentuant notre désarroi. Bonne soirée et bonne écoute de ce document, désormais public donc à diffuser à votre guise. »

Il ne serait peut-être pas inutile (pour l’avenir) que le Dr Isaac Gbadamassi adresse une copie de ce courrier à Marisol Touraine, ministre de la Santé qui entend redevenir, le cas échéant, député de l’Indre-et-Loire, département voisin.

A demain

1 Nous avons déjà évoqué, sur ce blog, le documentaire  « Le sous-bois des insensés : une traversée avec Jean Oury » qui redonne vie au visage, à la parole et à la pensée du Dr Jean Oury, fondateur de la clinique de La Borde (Cour-Cheverny) et personnalité hors du commun dans le champ de la pratique psychiatrique française.

Ce film sera projeté le dimanche 20 novembre 2016 au cinéma Saint-André des Arts (Paris) à 11 heures. Un débat suivra, animé par Jean-Claude Polack, psychiatre et psychanalyste.

Il faut aussi, en parallèle, analyser un autre passionnant documentaire traitant différemment des mêmes sous-bois, du même château, des mêmes approches, des mêmes écoutes, des mêmes mots, des mêmes espoirs. C’est un documentaire signé Anaëlle Godard : « Au jour le jour, à la nuit la nuit » (Abacaris Films, 2016). Sa qualité fait espérer qu’il sera prochainement commercialisé – et amplement diffusé.

 

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