Acceptez-vous, oui ou non, de participer à la réparation des vivants ? Lu et approuvé.

Bonjour

L’Agence de la biomédecine ne s’en lasse pas et délègue ses tâches. On la dirait presque faite pour cela : du 19 novembre au 4 décembre prochain elle lance une nouvelle « campagne ». Ce sera, cette fois, sur les « nouvelles dispositions législatives pour l’expression du refus sur le don d’organes ».

Depuis 1976 tout allait plus ou moins bien dans une relative hypocrisie générale. La France du prélèvement et de la greffe vivait sous le régime de la loi dite Caillavet : chaque Français était un donneur d’organes présumé – ce qui supposait que ce même Français pouvait, aussi, exprimer son refus. Mais la forme de cette expression restait dans un relatif brouillard. D’où les négociations-incompréhensions parfois douloureuses entre les équipes médico-chirurgicales et les proches d’une personne en état de mort cérébrale maintenue en vie artificielle.

Thérapeutique agissante

 Puis, avec le temps et les progrès de l’informatique, le législateur créa le « registre national des refus » moyen principal d’expression du refus de prélèvement. Mais, toujours, le bât blessait : ce mode d’expression n’était pas exclusif : la présence d’un nom dans le registre excluait, le cas échéant, le prélèvement sur le corps de la personne mais son absence ne le permettait pas ipso facto pour autant.

Les listes d’attente s’allongeaient, il fallait progresser. On se saisit de la loi de modernisation de notre système de santé. Des positions radicales s’exprimèrent, au nom de la thérapeutique agissante. Finalement ce fut un décret (décret du 11 août 2016) qui vint préciser les autres modalités d’expression du refus. Et loin de simplifier la situation se complique :

«  Chaque personne opposée au prélèvement de tout ou partie de ses organes peut faire un écrit, qui devra être confié à un proche. Ce dernier pourra ainsi le transmettre à l’équipe médicale en cas de décès rendant envisageable un prélèvement d’organes-tissus.

« Chacun peut aussi faire savoir son opposition de vive-voix à ses proches. Dans ce cas, il sera demandé de retranscrire par écrit les circonstances précises de l’expression de ce refus et au proche qui l’a fait connaître de signer cette retranscription. »

Carte Vitale®

Il faudra, en somme, s’engager un peu plus en avant : rédiger et signer une petite rédaction. Faute de quoi les prélèvements seront pratiqués. Est-ce progresser, ici, que de passer de l’oral à l’écrit ? Quel est le but recherché ?

Du 19 novembre au 4 décembre, donc, elle nouvelle « campagne » : « spot radio diffusé sur une sélection de stations nationales ; « vidéo virale à l’attention des 15-25 ans » ; « affiches visibles dans la presse écrite et les hôpitaux » etc. L’agence de presse privée travaillant pour l’Agence de biomédecine propose aux journalistes qui le souhaiteraient d’être « mis en relation avec un témoin ou un expert ».

Personne n’a encore songé d’offrir un exemplaire-poche de l’épatant « Réparer les vivants » (2014). Ou un bon d’entrée pour le film éponyme et son premier degré. Cela viendra. Puis, plus tard, on demandera à chacun de faire et dire son choix expressément et de son vivant. Il sera inscrit (et modifiable) sur sa Carte Vitale®.

A demain

1 Une exception dans ce mélo, un homme en blanc : Philippe « Bouli » Lanners (Dr Pierre Revol). A dire vrai la tâche était impossible. Comment imaginer pouvoir mettre en image des passages comme celui-ci :

«Le cœur de Simon migre maintenant, il est en fuite sur les orbes, sur les rails, sur les routes, déplacé dans ce caisson dont la paroi plastique, légèrement grumeleuse, brille dans les faisceaux de lumière électrique, convoyé avec une attention inouïe, comme on convoyait autrefois les cœurs des princes, comme on convoyait leurs entrailles et leur squelette, la dépouille divisée pour être répartie, inhumée en basilique, en cathédrale, en abbaye, afin de garantir un droit à son lignage, des prières à son salut, un avenir à sa mémoire – on percevait le bruit des sabots depuis le creux des chemins, sur la terre battue des villages et le pavé des cités, leur frappe lente et souveraine, puis on distinguait les flammes des torches (…) mais l’obscurité ne permettait jamais de voir cet homme, ni le reliquaire posé sur un coussin de taffetas noir, et encore moins le cœur à l’intérieur, le membrum principalissimum, le roi du corps, puisque placé au centre de la poitrine comme le souverain en son royaume, comme le soleil dans le cosmos, ce cœur niché dans une gaze brochée d’or, ce cœur que l’on pleurait.»

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